29/01/2015

"L'Etrangleur de Boston", le split screen à son apogée

etrangleur-de-boston-5.jpgUne main s'emparant d'un couteau, une autre extirpant un marteau d'un tiroir, une femme regardant par l'entrebâillement d'une porte, un chien la gueule ouverte, juste devant une personne qui dort ou qui est morte. L'ensemble dégage un sentiment d'inquiétude, voire de terreur ou d'horreur. Composé de sept images différentes, ce plan est un exemple de split screen, procédé couramment utilisé au cinéma dans les années 70, et plus récemment relancé par la série 24 heures chrono. Implicitement, les actions des différents cadrages sont censées être simultanées et même synchronisées.Une règle qui semble pourtant mise à mal dans le morcèlement ci-dessus, lequel donne plutôt l'impression d'actes qui se suivent et qui n'ont pas tout à fait lieu en même temps.

Sorti en 1968, L'Etrangleur de Boston reste l'un des films où le procédé du split screen (littéralement, écran divisé) a été le mieux utilisé. Richard Fleischer y met en scène un fait divers célèbre avec un réalisme glacé, brisant en quelque sorte les sacro-saintes règles du suspens qui prévalaient jusqu'alors dans le polar ou plus généralement dans le film à suspens. La fragmentation de l'écran, qui non seulement résonne avec la personnalité schizophrène du tueur, crée une harmonie du malaise aussi troublante que remarquable. Le spectateur se trouve en alternance dans la peau du tueur et dans celle des témoins qui l'entourent. Malgré les années, L'Etrangleur de Boston n'a absolument pas pris une ride. Un chef d'oeuvre pas si connu que ça.

L'Etrangleur de Boston sera projeté le 31 janvier aux Cinémas du Grütli, dans le cadre d'un week end autour de Richard Fleischer.

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28/01/2015

Redécouvrir Alan Turing grâce à "The Imitation Game"

imitation_game_photo.jpgUn homme et une machine. Ancêtre de l'ordinateur, la machine de Turing, du nom de son inventeur, est représentée ici par un enchevêtrement de fils et de branchements. C'est grâce à elle que ce génial mathématicien a pu casser le fameux code Enigma, du nom de machines électromécaniques allemandes utilisées par les nazis pour transmettre des messages secrets (codés) durant la guerre. The Imitation Game, biopic de Morten Tyldum, avec Benedict Cumberbatch dans le rôle d'Alan Turing, retrace la vie du célèbre mathématicien, qui semble-t-il mit fin à ses jours le 7 juin 1954 (ce qui n'est en réalité pas prouvé). Bonne nouvelle, la cryptographie occupe une position centrale dans cette fiction, même si la fin du film fait une large part à la vie privée de Turing et à son homosexualité.

Auteur d'un texte fondateur de la science informatique, Turing est également l'initiateur d'un test portant son nom et permettant de poser le problème de l'intelligence artificielle. Véritable pionnier dans son genre, il s'intéressa également de très près à l'analyse mathématique, et son apport dans le domaine, comme dans de nombreux autres, demeure essentiel. La machine de Turing est toujours largement utilisée aujourd'hui et a même un rôle ou lien direct avec l'un des problèmes du millénaire, à savoir le célébrissime problème P = NP (pour une mise en bouche, voici le lien wikipedia). Je lui consacrerai un billet cette année, dans la section mathématiques de mon blog. En attendant, on peut déjà remercier Imitation Game pour la stimulation intellectuelle qu'il suscite.

The Imitation Game est actuellement à l'affiche en salles.

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27/01/2015

"Foxcatcher", une mise en scène exemplaire

foxcatcher-zoom.jpgSalle de gymnastique, local d'entraînement sportif. Cette photo ne fait pas mystère du lieu où se déroule la scène. Hormis les deux personnages au centre, on aperçoit en arrière-plan d'autres hommes en train de s'entraîner. Plus rare, le titre du film (Foxcatcher) apparaît à l'image, sur le maillot du second homme, au-dessus du mot "wrestling", qui signifie lutte, ce qui évidemment permet de situer encore davantage la fonctionnalité du lieu. L'éclairage est entièrement artificiel et provient du plafond, comme on peut le voir distinctement. A certains endroits, cet éclairage paraît même aveuglant. Il souligne en tout cas l'aspect jaunâtre de l'ensemble, couleur du reste répétée sur le tapis qui est au sol. De par leur attitude, les personnages suggèrent leur rôle. Celui de coach, d'entraîneur, et d'entraîné. Même si le second homme est plus grand que le premier, on saisit immédiatement qui domine ici. La direction des regards - surtout chez le second - indique une attitude qui s'apparente à de la soumission. Pourtant, ce plan n'a rien de clinquant. Ni même d'extrêmement séduisant, il faut bien le dire. Et c'est on ne peut plus logique.

A l'instar de cette image, Foxcatcher n'est pas un film aimable. Pas aimable dans le sens où il n'est pas facile de l'aimer, de l'apprécier, et pour certains de le comprendre. Histoire de manipulation et de folie dans laquelle l'obsession paranoïaque d'un homme, proche du délire, va détruire plusieurs vies, Foxcatcher, par son refus subtil de la psychologie, est tout le contraire d'une oeuvre analytique. L'action y précède la raison, voire la domine, et c'est précisément pour cela qu'il est si malaisé de s'y accrocher, et éventuellement de s'y projeter (si tant est qu'on en ait besoin). C'est par sa seule mise en scène que Bennett Miller impose cette distanciation, cette mise à plat dramaturgique évacuant aussi bien l'affect que le pathos. Le même récit (tiré de faits réels, mais peu importe), chez un autre réalisateur, aurait probablement débouché sur un film aux effets dramatiques soulignés, à la narration emphatique, voire démagogique, histoire d'attirer le spectateur dans ses rets. Il n'y a aucune de ces concessions dans Foxcatcher. J'ai parfois lu que le Prix de la mise en scène que le film a reçu à Cannes n'était pas mérité. Il était au contraire le plus justifié de tout le palmarès. 

Foxcatcher est actuellement à l'affiche en salles.

20:33 Publié dans Cinéma, Festival de Cannes 2014 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |