05/02/2015

Berlinale 2015, ouverture mollassonne

Berlinale 2015 - premier jour - 5 février

Nadie quiere la noche, d'Isabel Coixet (Espagne/France/Bulgarie, 2014) - Film d'ouverture - Compétition

NOBODY.jpgJuliette Binoche dans le Grand Nord et dans la peau de Josephine Peary, épouse d'un célèbre explorateur parti à la découverte du Pole Nord au début du XXe siècle. En ouverture de la 65e Berlinale, on ne peut pas dire que Nadie quiere la noche (Nobody Wants the Night) d'Isabel Coixet soit le film le plus exaltant du monde. Même si Binoche sait par moment surprendre et donner à ce personnage plutôt ingrat un certain relief, le film ne trouve pas tout à fait son rythme. Récit d'aventures composant avec une nature hostile et meurtrière, mais aussi par instants quête intérieure peinant à crever la surface uniforme d'une narration par trop linéaire, ce portrait d'une femme d'un autre temps n'évite pas non plus l'académisme un brin corseté qu'on aimerait bien voir disparaître dans les eaux glacées du pays inuit où il se déroule.

Pour cela, il aurait sans doute fallu que l'Espagnole Isabel Coixet s'inspire un peu du travail d'une cinéaste comme Andrea Arnold, qui récupère la matière brute et viscérale de la nature qu'elle met en scène pour mieux la recracher en images convulsives, tripales et poétiques, exemple dans son adaptation impossible du Wuthering Heights d'Emily Brontë. Rien de tel dans Nadie quiere la noche, représentation honorable et jamais subversive d'un scénario centré sur le dépassement de soi et dans lequel la vision de l'espace souffre aussi d'une impossibilité à filmer la nature de plein fouet (le film est en partie tourné en studio). Reste à savoir si ce film d'ouverture, qui plus est en compétition, donnera le ton de cette Berlinale, nous faisant déjà regretter l'époque où Benoît Jacquot (Les Adieux à la Reine) ou les frères Coen (True Grit) eurent les honneurs d'ouvrir les feux du festival.

Date de sortie du film en Suisse romande: automne 2015.

PS: Durant le Festival de Berlin, ce blog traitera essentiellement des films montrés en compétition ou en sélection officielle. Les embargos - à savoir ne rien écrire sur un film avant sa première projection officielle - seront respectés.

23:00 Publié dans Cinéma, Festival de Berlin 2015 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

04/02/2015

"Tout feu, tout flamme" mérite aussi votre attention

toutfeu.jpgUn homme en mouvement, comme l'indique le flouté de l'image au second plan, et au travail. Il porte les jambes d'un mannequin. L'endroit ressemble à un atelier d'usine. En réalité, ce n'est pas tout à fait ça. Nous sommes ici dans la fonderie d'art de Saint-Gall, laquelle jouit d'une réputation internationale. Iwan Schumacher a décidé de lui consacrer un film. Tout feu, tout flamme (Feuer & Flamme) est un documentaire qui parle d'art et d'artisanat, d'une manière modeste et classique. Les images sont magnifiques et les portraits qui en ressortent attachants.

Mais la semaine où le Jupiter Ascending des Wachowski, et dans une moindre mesure La Nuit au musée: le secret des pharaons de Shawn Levy, vont monopoliser l'attention de tous les médias, et sans doute par prétérition celle du public, un film comme Tout feu, tout flamme risque de passer à la trappe. Ce qui serait dommage. D'où ce court billet pour rappeler que derrières les blockbusters et les pseudo-films événements, de petites productions méritent elles aussi un peu d'attention. Elles ne vous décevront jamais, elles.

Tout feu, tout flamme est actuellement à l'affiche en salles.

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03/02/2015

"Turist": on vous avait pourtant bien dit d'éviter les sports d'hiver

turist4.jpgL'hiver, les vacanciers sont horribles. Affublés de doudounes aux couleurs criardes et de lunettes ridicules, harnachés comme des esclaves, feignant la joie de vivre, regroupés en troupeaux créant l'illusion d'une cellule familiale, ils n'ont strictement rien pour eux, parents comme enfants. Regardez les sourire bêtement sur cette image, pour bien montrer leur bonheur d'être au ski et de savourer cette montagne qu'ils ne sont même pas fichus de regarder en face.

Tourist1.jpgOu alors si, mais depuis la terrasse d'un restaurant. Terrasse, extérieur, grand air. Là aussi, il y a une certaine idée des sports d'hivers, idée réduite à un cliché, voire à une imitation. Oui, des éboulements de neige surviennent de l'autre côté de leur barrière. Mais eux ne risquent rien. Ils peuvent continuer à contempler le paysage, tranquillement assis devant leurs bières et leur plat du jour, et pour certains à photographier ce que de toute façon ils ne voient pas.

Turist2.jpgMais la nature, comme la montagne, n'aime pas les touristes. Et elle entend bien le leur prouver. L'avalanche surgit et cette fois, les sourires font place à de la peur. Les personnages crient et prennent la fuite pendant que la neige gagne du terrain et risque de les ensevelir à jamais. Tout cela se passe au début de Turist, le film de Ruben Östlund (flanqué d'un titre "français" imbécile, Snow Therapy). Le calme puis la destruction. L'unité familiale puis son explosion. L'amour puis sa négation. Voilà ce que filme ce cinéaste suédois, à l'origine réalisateur de films sur le ski (nul n'est parfait). Intense, déchirant, lucide, un peu méchant (pas assez), parfois drôle mais au final fort réussi.

Turist est actuellement à l'affiche en salles.

21:57 Publié dans Cinéma, Festival de Cannes 2014 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |