27/03/2015

"Discipline", concentré de moutarde et de talent(s)

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C’est un film où il y a du monde dans le cadre. De plus en plus de monde, comme on peut peut-être le voir sur ces différentes images de Discipline. Un père et sa petite fille, les employés de l’épicerie (ou petit supermarché) où l’action se déroule, une bourgeoise pétrie de préjugés, son époux alémanique et pète-sec, un jeune homme et sa compagne, et quelques autres. Mixité, mélanges et différences. Impressions illusoires. Tout démarre bêtement. Un homme (Frank Semelet) houspille sa gamine, un pot de moutarde chute et s’écrase. Puis tout le monde s’en mêle. S’emmêle et se mêle. De tout. Engueulades et reproches, cris et énervements. C’est un condensé d’humanité que propose Christophe M. Saber dans Discipline, son film de diplôme de l’ECAL, lauréat le 13 mars dernier du Quartz du meilleur court-métrage suisse.

discipline3.jpgFilm choral par essence, Discipline se profile comme l’antithèse d’un film à sujet, et c’est tant mieux. Unité de temps, d’action - douze minutes de métrage, sans doute un peu plus de fiction  - et de lieu pour un exercice dynamique et fluide dans lequel la patte d’un metteur en scène (direction d’acteurs incluse, ce qui n’est pas rien dans la création romande) se fait sentir totalement. Il y a ici quelque chose du Prova d’orchestra de Fellini, de certains Altman (A Wedding, par exemple). Je ne sais pas si Christophe M. Saber les a vus et là n’est pas le problème. Car il y a d’abord dans son film cette qualité rare : l’art d’alterner les émotions et les registres, de passer de la tendresse à la gravité, de la loufoquerie à l’excès, de la raison à la folie, dans un mouvement unique et exponentiel duquel jaillissent quelques vérités cruelles et lucides que son auteur ne cherche heureusement jamais à imposer. On attend désormais le premier long.

discipline2.jpgDiscipline passera dimanche 29 mars à 11 heures 15 aux Cinémas du Grütli, dans le programme "Orient-Express 8" et dans le cadre du FIFOG (Festival International du Film Oriental de Genève).

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25/03/2015

"Electroboy" doesn't cry

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electro3.jpgElectroboy hier, Florian Burkhardt aujourd'hui. Une quinzaine d'années environ séparent ces deux images. Presque une vie. Top model, il rêvait d'être une star. Reconverti dans l'électro, il s'est fait un pseudo. L'artiste est polyvalent, l'homme multi-angoissé. Des crises d'angoisse l'ont même conduit durant plusieurs mois dans un institut psychiatrique de Zurich. Aujourd'hui, tout cela est derrière. Florian Burkhardt, loin du bruit et du tumulte, vit à Berlin, reclus dans un appartement qu'il ne quitte guère, sinon pour aller promener son chien. C'est là que Marcel Gisler l'a retrouvé, pour une série d'entretiens qui forment la sève d'Electroboy, tout premier documentaire du cinéaste, d'ailleurs récompensé par un Quartz il y a une quinzaine de jours.

Cinéma et psychothérapie, portrait en creux et analyse d'un anti-héros narcissique. Film de montage, de dialogues et d'écoute. Des paroles, des situations, des retrouvailles familiales imprévues, un homme qui se regarde, se dérobe de temps à autre, sourit et se confie. De l'ambiguïté et de la confusion, un peu de grande Histoire, beaucoup d'histoires personnelles. Un face à face dont on ne se lasse guère, un métrage qui parvient à surprendre, un personnage attachant et culte, un metteur en scène attentif. Un film qui tombe juste au bon moment.

Electroboy est actuellement à l'affiche en salles.

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24/03/2015

"Phoenix", des yeux sans visage

phoenix.jpgAucun visage n'apparaît en entier sur ce plan large. Face à l'objectif, une femme (Nina Hoss), à moitié masquée par l'homme devant elle. Autour d'eux, des figurants (ou des acteurs de second plan) floutés par la profondeur de champ, mais qui semblent regarder en direction du couple. Le lieu ressemble à un quai de gare, supposition suggérée par le décor qu'on entrevoit à gauche et à droite. Le regard de la femme exprime une colère rentrée, et elle a l'air de toiser son partenaire. Voici une image qui fait sens par rapport à ce que raconte Phoenix, de l'Allemand Christian Petzold. Soit une histoire d'emprisonnement et de séquelles (il y est aussi question de chirurgie faciale), de quête d'une identité perdue et de substitution de personnalité. Un scénario complexe qui prend place dans l'Allemagne d'après-guerre, en 1945.

Né en 1960, considéré comme un chef de file de ce qu'on nomme sans doute abusivement la "nouvelle nouvelle vague" allemande, Christian Petzold est surtout connu pour Barbara. Sorti en 2012, ce film contait le destin d'une femme chirurgien-pédiatre (Nina Hoss, déjà) persécutée par la STASI, une dizaine d'années avant la chute du Mur. Obsédé par les thèmes de l'identité (son premier long-métrage était même sorti en France en 2000 sous le titre Contrôle d'identité) et de l'injustice, Petzold est également l'auteur d'un film (demeuré inédit en Suisse), Jerichow, centré cette fois autour du destin d'un jeune homme cherchant à démarrer une autre vie après le décès de sa mère. Nina Hoss était également du voyage, comme dans la plupart des autres films et téléfilms de Petzold.

Phoenix est actuellement à l'affiche en salles.

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