24/01/2015

"Singin' in the Rain" est aussi un hommage aux oubliés du muet

singin-in-the-rain-1.jpgIl y a des images et des séquences tellement connues qu'elles peuvent finalement se passer de tout commentaire. Gene Kelly chantant et dansant sous la pluie dans Singin' in the Rain, de lui-même et Stanley Donen (1952), en est une. Elle illustre l'illusion du cinéma. Au mépris de l'averse, Kelly est juché sur un lampadaire et chante comme s'il faisait plein soleil. "Détail" ironique, il tient un parapluie dans sa main gauche, objet qui va d'ailleurs lui servir dans la chorégraphie de la séquence. Mais sans la joie visiblement libératrice du comédien, ce coin de rue serait bien sinistre. Peu éclairée, sinon par le lampadaire, grise et masquée par des trombes d'eau, la rue se résume là à une façade, même si on sait pertinemment que le hors-champ en dévoilera un tout petit peu plus. Et surtout que tout cela est une reconstitution de studio et que tout y est faux, en réalité, les murs comme la pluie.

Ce qu'on sait moins, parfois, c'est le sujet de Singin' in the Rain: il s'agit en effet d'une des rares comédies musicales de la MGM à parler du cinéma, et surtout de ce moment crucial où celui-ci devient parlant. De cette période charnière durant laquelle l'arrivée des micros supplante l'art poétique du muet, pourtant à son sommet à la fin des années 20. Avec comme corollaire la destruction de certaines carrières. De nombreux comédiens sombrèrent alors dans l'oubli et ne passèrent pas le cap du parlant, le plus souvent à cause de leur voix. Accent trop prononcé ou intonations de crécelle seront ainsi fatals à de nombreuses stars. Vilma Banky, John Gilbert ou Ivan Mosjoukine, pour ne citer que ces trois-là, en feront les frais avec un effet quasi immédiat. C'est aussi pour ces carrières brisées, en leur hommage, que Singin' in the Rain a été conçu.

Singin' in the Rain sera projeté lundi 26 janvier à 20 heures à l'Auditorium Arditi, dans le cadre du cycle "Visions d'Hollywood" du Ciné-club universitaire.

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23/01/2015

Ombres et lumière dans le "Faust" de Murnau

faust.jpgLe personnage qui se tient au centre de cette image occupe presque toute la pièce où il se trouve. Est-il trop grand ou ladite pièce trop basse de plafond, trop petite? Ou s'agit-il simplement d'un effet de perspective? Il tient une petite boîte entre ses mains et observe de côté avec un air méfiant et dur. Lui, c'est Faust, incarné par cet immense comédien que fut Emil Jannings. Adossé à lui, une statue se trouve nichée dans le mur. Et en face de lui, au-dessus d'un meuble du style commode, un reflet de lumière découpe un rectangle imparfait. La même source de lumière éclaire le meuble obliquement. Ce jeu d'ombres et de lumière est essentiel dans ce plan, comme dans tout le film de Murnau. Il crée même un espace propre au film, une sorte de dimension parallèle aux influences picturales - Rembrandt, Georges de La Tour, pour ne citer qu'eux - constantes.

Il suggère également une dualité basique, entre bien et mal, tout comme une relecture des codes esthétiques de l'époque, y compris ceux de l'expressionnisme allemand. Nous sommes en 1926, presque à la fin du muet, et celui-ci parvient enfin à s'imposer comme art à part entière, dépassant le strict cadre illustratif qu'il proposait dans sa préhistoire pour devenir un langage en soi et traduire en signes palpables les obsessions poétiques de ses auteurs. Murnau au sommet? Oui. Mais cela dit, Murnau n'est jamais ailleurs qu'au sommet, dans toutes ses réalisations. Sur Faust, une légende allemande, on relira avec intérêt l'essai d'Eric Rohmer, L'organisation de l'espace dans le Faust de Murnau, éditions Cahiers du Cinéma.

Faust de F.W. Murnau sera projeté dimanche 25 janvier à 17 heures au Victoria-Hall, avec improvisations à l'orgue de Wolfgang Seifen, dans le cadre des Concerts du dimanche de la Ville de Genève. Pour les billets, cliquer ici.

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21/01/2015

Dans "Il Capitale umano", les apparences ne sont jamais sauves

il-capitale-umano1.jpgScène de banquet, soirée mondaine, réunion huppée. Voici plusieurs images, disséminées dans ce billet, de la même séquence de Il Capitale umano, rebaptisé Les Opportunistes en français. Autour d'une table, des gens s'observent et plaisantent, jouant le jeu des apparences et des convenances sociales en champ-contrechamp. On y reconnaît certains comédiens, d'autres pas. Il s'agit d'une des séquences clé du film. D'abord parce qu'elle réunit tous les personnages de cette histoire, à une exception près. Et ensuite parce qu'on la retrouve disséminée à son tour dans chacune des parties du récit, lesquelles reflètent tour à tour le point de vue des différents personnages.

n-il-capitale-umano3.jpgLa mondanité en question est en réalité une remise de prix. Elle se déroule juste avant un accident qui causera la mort d'un inconnu et qui mettra en cause la plupart des personnes qu'on découvre sur ces images. Ce type de narration fragmentée, assez rarement utilisée, est souvent casse-gueule au cinéma. Dans ce film de Paolo Virzi, elle fonctionne parfaitement. Et cette apparente harmonie, ces sourires forcés, cette bonne humeur de circonstance, ne vont pas tarder à se fissurer et à voler en éclats.

il-capitale-umano4.jpgIl Capitale umano (Les Opportunistes) est actuellement à l'affiche en salles.

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