26/12/2014

Dans "The Great Dictator", toute ressemblance etc.

dictator.jpgUne forêt de micros, des officiers assis (ou debout?) en rang au fond de la salle, des drapeaux au mur et un homme, au centre de l'image, faisant un simulacre de salut militaire. Son costume n'a rien de très élégant. Pantalon bouffant, chemise mal rentrée, cravate trop courte, casquette légèrement de travers. Lorsque Charlie Chaplin réalise The Great Dictator (Le Dictateur) en 1940, l'Amérique n'est pas encore intervenue dans la Seconde Guerre mondiale. S'inspirant du régime nazi mis en place par Hitler, le film ne craint pas de présenter le nazisme comme un danger mortel, non seulement pour les Juifs européens, mais aussi pour l'humanité tout entière et la survie de la démocratie dans le monde. Tout cela n'est jamais nommé, évidemment, dans ce métrage comique conçu comme une satire. Dans le même ordre d'idées, la croix gammée n'apparaît jamais dans The Great Dictator, remplacée par la double croix qu'on voit ci-dessus, et qui en est un décalque. C'est le premier film dans lequel Chaplin n'apparaît pas en Charlot.

Son retentissement fut mondial, mais la censure intervint dans de nombreux pays comme l'Espagne, où The Great Dictator fut interdit jusqu'en... 1976. En Allemagne, censuré durant la guerre, il n'arriva finalement sur les écrans qu'en 1958. Plus surprenant, l'Irlande prononça également une interdiction à son égard afin de rester neutre durant le conflit en Europe. Tel est le risque lorsqu'on se moque des dictatures ou qu'on les critique. Les polémiques autour de The Interview, qui est à l'origine d'une crise politique entre les Etats-Unis et la Corée du Nord, le rappellent aujourd'hui. Mais n'alimentons surtout pas le buzz et revoyons plutôt Chaplin dans un double rôle qui semble toujours d'actualité.

The Great Dictator (Le Dictateur) est projeté ces jours aux Cinémas du Grütli, dans le cadre du cycle "Centenaire de Charlot".

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23/12/2014

Dans "The Kid", Charlot ne faisait plus seulement rire

the-kid.jpegCe repas est fruste. La pauvreté s'affiche dans chaque recoin de l'image. Charlot y découpe des pancakes avec un air extrêmement sérieux et concentré. Jackie Coogan le regarde faire avec une expression de crainte mêlée d'envie. Chaque geste compte dans ce qui semble être un dîner d'importance capitale. Le plan est par ailleurs aussi simple que parfaitement composé. Chaque élément y occupe une place précise et le champ de la caméra n'en laisse aucun hors de vue. Seul Charlot possède des services (couteau et fourchette) et aucun verre n'est visible. Une tasse, une boîte de conserve et une théière sont les uniques récipients visibles sur cette image.

Succès mondial de 1921, The Kid est une date charnière dans la carrière de Charlie Chaplin. Car le film nous apprenait qu'en plus de savoir faire rire, le clown pouvait aussi faire pleurer. Son intrigue demeure d'une pureté inégalable et en même temps d'une simplicité désarmante. Le vagabond Charlot, recueillant un enfant abandonné par sa mère, s'attache au gosse comme s'il s'agissait de son propre fils. Jusqu'au jour où sa vraie mère, devenue riche, désire le retrouver. Chronique sociale de l'Amérique des années 20, mélodrame bouleversant de tendresse, The Kid n'a jamais pris une seule ride. Il est le film le plus célèbre tourné par Jackie Coogan (1914 - 1984), qui avait sept ans au moment du tournage.

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The Kid est actuellement programmé aux Cinéma du Grütli, dans le cadre du cycle "Centenaire de Charlot".

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19/12/2014

Dans "The Big Sleep", la légende est en marche

Big-Sleep.jpgLauren Bacall face à Humphrey Bogart. Le couple est mythique. A la ville comme à l'écran. The Big Sleep (Le Grand Sommeil) de Howard Hawks, sorti en 1946, marque leur deuxième rencontre dans un film. "They're together again", dira même la bande-annonce. Deux ans plus tôt, Bacall débutait en effet dans To Have and Have Not (Le Port de l'angoisse), du même Hawks, alors que Bogart avait déjà près de cinquante films au compteur. Coup de foudre immédiat durant le tournage. Le couple deviendra l'un des plus célèbres d'Hollywood. Revenons à cette image. Bacall a le regard triste, désenchanté, presque indifférente à ce qui se joue dans le plan. En revanche, sa pose est très glamour. Bogart, enchaîné par une corde, un mégot au coin des lèvres, la fixe non sans une certaine tendresse dans le regard. Leur complicité ne fait aucun doute, même si leurs rôles respectifs suggèrent une autre impression. Quelque chose de fort transite par cette image, l'impression d'une profondeur que l'arrière-plan, dévoilant des marches d'escalier au fond de la pièce, conforte bizarrement.

Tiré d'un roman de Raymond Chandler, mais scénarisé (en partie) par William Faulkner, The Big Sleep passe pour un film retors, au classicisme moins fluide que d'autres standards du cinéma américain de l'époque. Son intrigue, subdivisée en deux parties, est complexe, pour ne pas dire compliquée. C'est l'histoire d'une enquête assortie d'une manipulation. Bogart et Bacall y sont royaux. C'est aussi la déclinaison de tous les codes du film noir, genre majeur de l'Hollywood des années 30 à 50. C'est enfin la deuxième incarnation du détective Philip Marlowe dans un long-métrage (après celle de Dick Powell dans Murder My Sweet d'Edward Dmytryk en 1944). Le graphisme stylisé d'une mise en scène aux normes de l'époque - visibles dans la plupart des polars de la Warner - inspire tout particulièrement un Hawks que la Nouvelle Vague sacrera plus tard dans sa politique des auteurs. Détail non négligeable, le grand Max Steiner, l'un des rares compositeurs à avoir été nominé 26 fois aux Oscars, signe la musique (superbe) du film.

The Big Sleep (Le Grand Sommeil) passe en ce moment aux cinémas du Grütli, dans le cadre d'un hommage à Lauren Bacall.

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