02/02/2015

"Broken Land", ce monde coupé en deux

broken.jpgCette barrière qui s'étend à perte de vue. Elle marque une frontière entre les Etats-Unis et le Mexique. Terre d'accueil, terre d'exil. Mais laquelle des deux est la bonne? D'un côté la lumière, de l'autre l'ombre. Une symétrie presque parfaite et une nature sèche dans laquelle aucun humain n'apparaît. Pourtant, les signes humains sont partout. Dans la construction de la barrière, dans le tracé de la route, dans les piquets qui apparaissent sur la gauche, symboles désuets de la propriété privée (mais de quoi?). Au loin, une montagne et un ciel nuageux qui semble tout écraser.

C'est dans ces régions que Stéphanie Barbey et Luc Peter ont posé leur caméra et sont partis à la rencontre de ceux et celles qui vivent tout près de la frontière, côté américain. Un voyage singulier où se côtoient les témoignages les plus incroyables, les plus fous. Leur travail s'apparente à de la maïeutique. Le montage cisèle un ensemble qui conserve pourtant des dehors bruts et parfois terriblement inquiétants. Le film s'appelle Broken Land et il est magnifique. Après sa découverte à Locarno, il est parti à la conquête des salles.

Mais Broken Land, c'était aussi le titre d'un western inconnu dont voici l'affiche. Aucun rapport? Allez savoir.

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Broken Land est actuellement à l'affiche en salles.

23:20 Publié dans Cinéma, Festival de Locarno 2014 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

31/01/2015

"Qu'est-il arrivé à Baby Jane?", l'art de la cruauté

babyjane.jpgUne vieille femme et une poupée. Les similitudes ne sont pas le fruit du hasard. Même coupe de cheveux, chemise identique, maquillage analogue. Les rictus, quant à eux, diffèrent. Bette Davis, qu'on aura immédiatement reconnu sous le maquillage, grimace sans qu'on sache si son visage exprime joie ou effroi. Quant à sa poupée, elle ne bronche pas. Ne vieillit pas. Et semble afficher ce sourire éternel qu'arborent parfois les mannequins de cire. Le fond, lui, est uniforme, presque abstrait. Ces deux personnages sont en réalité le même. Baby Jane, star enfant, vedette du muet, actrice et chanteuse déchue, oubliée de tous, et surtout de ce public qui l'avait placée sur un piédestal. Qu'est-il arrivé à Baby Jane? (What Ever Happened to Baby Jane?) est un film d'une grande cruauté, au point que certains le rattachent même au genre du cinéma d'horreur. Robert Aldrich y dirige deux monstres sacrés, Bette Davis et Joan Crawford, jouant de leur supposée rivalité - il semble que les deux comédiennes se haïssaient réellement, mais certaines interviews tardives de Crawford nuancent quand même cette assertion - et de leurs statuts de stars du passé, finalement comparable aux personnages qu'elles incarnent dans ce film.

Mais Qu'est-il arrivé à Baby Jane? est aussi une oeuvre d'une rare modernité, par la richesse des thèmes qu'elle aborde. Le vieillissement et la mort, la schizophrénie, le complexe d'Oedipe, l'aveuglement lié à la gloire et l'oubli, la manipulation de l'autre, la précarité et les modes, le cinéma et le spectacle, la représentation et le contrôle de l'image. Certains de ces thèmes, de par leur universalité, résonnent curieusement avec des phénomènes actuels, telle la téléréalité. Sauf qu'ici, il y a une mise en scène au millimètre et un immense cinéaste capable d'aborder à peu près n'importe quel sujet et d'en tirer un grand film. Sorti en 1962, Qu'est-il arrivé à Baby Jane? a longtemps été un film difficile à voir (faute de diffusion). Il s'agit bien sûr d'un chef d'oeuvre.

Qu'est-il arrivé à Baby Jane? (What Ever Happened to Baby Jane?) sera projeté lundi 2 février à 20 heures à l'auditorium Arditi, dans le cadre du cycle Visions d'Hollywood du Ciné-club universitaire.

21:11 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

30/01/2015

"Le Voyage fantastique", une exploration corporelle

voyage-fantastique10.jpegCes costumes font datés. Tout comme l'engin dans lequel ces astronautes embarquent (photo ci-dessous), le choix des couleurs, vaguement pop, et la façon de cadrer. Si ces visuels renvoient clairement aux années 60 - le film dont ils sont tirés date de 1966 -, ils sont en revanche trompeurs. Car contrairement à ce qu'on pourrait croire, et que le titre du film, Le Voyage fantastique, peut laisser entendre, il ne s'agit pas ici d'exploration spatiale, mais de son inverse. A savoir une expédition dans l'infiniment petit. "Infiniment" cependant très relatif, les explorateurs du film s'embarquant en réalité dans un voyage à travers le corps humain. Veines et artères servent donc de conduits, d'autoroutes, dans un récit reflétant une obsession récurrente chez l'humain, celle de concilier le macroscopique et le microscopique. Ou l'interstellaire et le quantique, qui sont souvent paradoxalement aussi invisibles l'un que l'autre.

voyage2.jpgEn 1966, Richard Fleischer s'amusait à conter cette odyssée d'un genre nouveau. Quelques années plus tôt, en 1957, un thème analogue avait inspiré Jack Arnold dans L'Homme qui rétrécit. Mais ce rapport entre l'homme et l'infiniment petit n'inspirera que rarement les scénaristes par la suite. Citons Chérie, j'ai rétréci les gosses (Honey, I Shrunk the Kids), de Joe Johnston en 1989. On doit pouvoir en trouver d'autres, mais dans tous les cas, c'est un peu maigre. Ces quelques considérations font du Voyage fantastique de Fleischer un film unique en son genre, dans tous les sens du terme, le cinéma fantastique et de science-fiction étant très avare du thème. Et même si l'ensemble fait daté, il conserve une saveur qui est celle de la naïveté et de l'enfance, cette époque où on pense encore que tout est possible. Y compris d'aller se promener dans le corps humain. Bon voyage.

Le Voyage fantastique sera projeté le 1er février aux Cinémas du Grütli, dans le cadre d'un week end autour de Richard Fleischer.

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17:39 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |