11/03/2015

"Sauve qui peut (la vie)", retour vers le futur (passé/présent)

sauve-qui-peut-la-vie.jpgAction inaction. Un homme qui lit, Jacques Dutronc cigare au bec. Au tableau noir, tracés à la craie, deux couples de mots. Caïn et Abel renvoient à la Bible et au premier meurtre de l'histoire de l'humanité. Cinéma et vidéo à cette opposition, alors balbutiante (nous sommes en 1980), entre deux vecteurs d'images. Difficile de dire quel élément de ce plan nous interpelle en premier. Si cette hiérarchie (concept non absolument nécessaire) demeure indécise, c'est aussi parce que l'association à l'oeuvre ici ne suggère pas d'interprétation immédiate (et je récuse la métaphore facile qu'on peut en déduire). D'associations, il est fréquemment question dans l'oeuvre de Godard. Et même constamment.

Sauve qui peut (la vie), sorti en 1980, marquait le retour du cinéaste à une forme de cinéma plus narratif, du moins par comparaison avec tout ce qu'il avait réalisé durant les dix années précédentes, des Cinétract de 1968 à cette commande détournée en 1979 pour Antenne 2, France tour détour deux enfants. Sélectionné en compétition à Cannes, le film divise aussitôt. Certains crient au génie, d'autres à la supercherie, tendance qui ne s'inversera presque plus par la suite. Le film est structuré comme une partition musicale en quatre mouvements, et cela autour de trois personnages joués par Isabelle Huppert, Nathalie Baye et Jacques Dutronc. D'ailleurs, le générique indique un film composé par (et non de) Jean-Luc Godard. En voici la bande-annonce:


Sauve qui peut (la vie) sera projeté samedi 14 mars à 14 heures aux Cinémas du Grütli, dans le cadre de la Semaine des nominés (des Quartz du cinéma suisse).

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08/03/2015

Albert Maysles nous a quittés

salesman.jpgCette photo montre le tournage de Salesman, édifiant et génial documentaire en noir et blanc sur le quotidien laborieux de représentants en bibles faisant du porte à porte pour vendre leurs livres. Sorti en 1969, cosigné par Charlotte Zwerin, il demeure sans doute l'un des films les plus célèbres des frères Maysles, Albert et David, qu'on peut à juste titre considérer comme les pères (avec quelques autres comme D.A. Pennebaker) de ce qu'on a appelé le cinéma direct il y a un peu plus de cinquante ans. Leur filmographie est très étendue. Ils filmèrent entre autres les Beatles, les Rolling Stones (dans le célèbre Gimme Shelter), Orson Welles et Marlon Brando.

Mais aussi Edith Ewing Bouvier Beale et sa fille, respectivement tante et cousine de Jacqueline Kennedy-Onassis, dans Grey Gardens en 1975. Titre qui renvoie à la demeure incroyable où vivaient ces deux femmes, au sein d'une végétation sauvage et entourées d'une dizaine de chats. Un film hallucinant qui fait partie des documentaires qu'il faut absolument avoir vu. Sur certaines éditions DVD, on peut même découvrir The Beales of Grey Gardens, montage d'autres rushes finalisé en 2006. David Maysles est décédé en 1987 à New York à l'âge de 55 ans. Son frère Abert Maysles l'a rejoint le 5 mars dernier. Il avait 88 ans.

maysles.jpg

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05/03/2015

Regards croisés dans "American Sniper"

american-sniper.jpgDifficile de trouver un photogramme d'American Sniper n'évoquant pas (ou peu) la guerre. Sur cette image, Bradley Cooper retrouve son épouse, mais le cadre est tout sauf intime. En amorce, on voit l'épaule d'un soldat et à l'arrière-plan la tête d'un homme qui semble surgir dans la perspective pour les séparer. Nous sommes à l'extérieur, et l'insigne américain - renvoyant aussi au titre du film - bien visible cousu sur l'uniforme de Cooper ne fait pas mystère de sa nationalité. Les regards des deux personnages se rejoignent à droite du centre de l'image, ce que souligne du reste (volontairement ou non, peu importe) une ligne derrière eux, vestige du décor usité pour cette séquence. Le plan est relativement serré, même si de larges bandes d'espace blanc subsistent à gauche et à droite du couple.

Trente-quatrième film de Clint Eastwood, American Sniper est centré sur un personnage unique qui se fond avec le travail (ou la vocation) qu'il a choisi de faire. La morale reste donc ici logiquement hors-champ, hors-fiction, et le regard d'Eastwood ne se situe clairement pas à ce niveau-là. Ni héros ni salaud, son protagoniste demeure cet homme plutôt ordinaire qu'il n'a cessé d'être depuis une enfance qui l'a façonné et sans doute convaincu de devenir ce tueur professionnel, froid et efficace qu'on découvre dans le film. Abordant ce récit (tiré de l'autobiographie du tireur d'élite Chris Kyle, parfois surnommé "La Légende") de front et sans la distance qui lui aurait sans doute évité une polémique aussi stérile qu'inutile, Eastwood ne prétend pas non plus relire l'histoire américaine récente. La juxtaposition d'un regard direct et d'un travail de mise en scène convenable (à défaut d'être génial comme dans d'autres de ses films) génère un résultat parfois hybride mais toujours cohérent. A cette image, Bradley Cooper est bon mais jamais transcendant.

American Sniper est actuellement à l'affiche en salles.

 

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