28/02/2015

Jerry Lewis, un clown à Hollywood

errandboy1a.jpgDémesure et maladresse. Deux composantes symptomatiques de l'humour et de l'univers de Jerry Lewis et qu'on retrouve sur cette image de The Errand Boy, plus connu sous son titre français, Le Zinzin d'Hollywood. Chargé de dizaines de paquets qui lui débordent des bras, le héros se met ici tout seul en fâcheuse posture. D'où la grimace qui traverse son visage, preuve qu'il se trouve dans une situation inextricable. Les mains occupées, il ne peut sans doute ni ouvrir la porte qui se trouve devant lui, ni actionner une sonnette. Derrière lui, son vélo, du moins peut-on le déduire grâce à l'inscription "mail" - courrier - qui se détache sur le cadre du deux roues. L'ombre (artificielle) que projette la bicyclette sur le sol est par ailleurs provoquée par un projecteur à lentille fixé au plafond, signe que le film est tourné en studio, comme la plupart des comédies américaines de l'époque.

The Errand Boy fait partie des films que Jerry Lewis a lui-même réalisé, affirmant son désir de contrôler l'ensemble d'un système dans ses moindres détails. Il y joue un employé de studio hollywoodien - la Paramutual, firme inexistante mais qui fait visiblement allusion à la Paramount -, employé qui se fait passer pour un préposé au courrier et pour un garçon de courses afin d'espionner, pour le compte du studio, des possibles magouilles internes aboutissant à des détournements de fond louches. Tirant profit de la maladresse innée et récurrente de son personnage, l'acteur réalise un film qui est d'abord un véhicule lui permettant d'exploiter sa dynamique comique. Il a parfois tendance à additionner des numéros qui s'enchaînent les uns à la suite des autres pendant que le milieu du cinéma (curieusement froid et détaché) sert uniquement de toile de fond. Jerry Lewis est également le producteur du film.

The Errand Boy (Le Zinzin d'Hollywood) sera projeté le lundi 2 mars à 20 heures à l'auditorium Arditi, dans le cadre du cycle "Visions d'Hollywood" du ciné-club unversitaire.

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24/02/2015

L'appel du vide, leitmotiv obsédant dans "Frantic"

frantic.jpgEmmanuelle Seigner et Harrison Ford en fâcheuse posture. Sur un toit en pente, à Paris. Elle en veston de cuir noir, lui en costume classique. Elle tente d'agripper un objet, il la retient. L'objet, c'est une Statue de la Liberté en miniature quasiment posée sur la gouttière du toit. La situation a l'air incongrue, presque paradoxale. Elle n'indique pourtant nullement le registre de la comédie, mais bien plutôt celui du cinéma d'action. Le plan est tiré de Frantic, qui reste aujourd'hui l'un des films les plus méconnus de Polanski. Une affaire d'enlèvement durant laquelle un homme d'affaires sera obligé de mener l'enquête seul de son côté, sans l'aide de la police, en l'occurrence française, pour retrouver son épouse disparue. Une enquête pavée de chausse-trappes, un chemin de croix qui le mènera de fausses pistes en rencontres improbables.

L'appel du vide, plus que suggéré sur cette image, sert de leitmotiv à un métrage qui s'interroge, de manière presque abstraite, et cela malgré le caractère concret des situations, sur le sentiment de la perte. Perte des proches, de soi, d'un objet, de ses propres repères, de la mémoire, autant d'occurrences thématiques qui ne cessent de ponctuer une oeuvre du reste jonchée de références diverses. Objectivement, il s'agit aussi de l'un des meilleurs rôles d'Harrison Ford. Sorti en 1988, Frantic ne jouit pas de la même notoriété que d'autres Polanski. Il faudrait réparer cela.

Frantic passe en ce moment aux cinémas du Grütli dans le cadre du cycle Roman Polanski.

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23/02/2015

"Carnage", la violence du calme

 

carnage.jpgDeux couples (ou supposés tel) assis sur canapé et fauteuils, les uns en face des autres. Livres d’art, tasses à café, tulipes jaunes dans un vase, bibliothèque chargée (mais pas trop), tableaux indiscernables au mur. Les teintes, tapisseries comme accoudoirs, sont beiges et uniformes. L’intérieur bobo dans toute sa splendeur, ou toute son horreur, en somme. Figés dans leurs poses, de gauche à droite, Jodie Foster, Christoph Waltz, Kate Winslet - ces deux derniers vêtus de manière plus classe, plus rigide également - et John C. Reilly, quatuor sous tension, ici en attente de direction d’acteurs. Ne pas trop se fier à cette quiétude apparente. Carnage n’est pas un film tranquille. Tiré d’une pièce de Yasmina Reza, tourné en huis-clos (à deux ou trois plans près), il raconte un règlement de comptes entre deux couples de parents dont les enfants respectifs se sont bagarrés.

Mais ce qui devrait rapidement déboucher sur un arrangement à l’amiable devient une dispute plus ample et carnassière, un carnage comme l’annonce un titre à ne pas confondre avec un petit slasher de 1981 (The Burning de Tony Maylam, titré Carnage lors de sa sortie française à l’époque). Ce Polanski de 2011, avant-dernier long-métrage  à ce jour de sa filmographie, n’a bizarrement pas eu un succès fracassant. Le réalisateur y démontre pourtant une belle maîtrise dans sa direction d’acteurs comme dans sa gestion de l’espace – tout est tourné en studio, à Bry-sur-Marne, alors que l’histoire se déroule à New York . Et délivre un film à la cruauté raffinée, partition pour quatre comédiens qui semblent prendre un réel plaisir à se faire les griffes sur leurs partenaires respectifs.

Carnage passe en ce moment aux Cinémas du Grütli, dans le cadre du cycle Roman Polanski.

19:21 Publié dans Cinéma, Mostra de Venise 2011 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |