30/01/2015

"Le Voyage fantastique", une exploration corporelle

voyage-fantastique10.jpegCes costumes font datés. Tout comme l'engin dans lequel ces astronautes embarquent (photo ci-dessous), le choix des couleurs, vaguement pop, et la façon de cadrer. Si ces visuels renvoient clairement aux années 60 - le film dont ils sont tirés date de 1966 -, ils sont en revanche trompeurs. Car contrairement à ce qu'on pourrait croire, et que le titre du film, Le Voyage fantastique, peut laisser entendre, il ne s'agit pas ici d'exploration spatiale, mais de son inverse. A savoir une expédition dans l'infiniment petit. "Infiniment" cependant très relatif, les explorateurs du film s'embarquant en réalité dans un voyage à travers le corps humain. Veines et artères servent donc de conduits, d'autoroutes, dans un récit reflétant une obsession récurrente chez l'humain, celle de concilier le macroscopique et le microscopique. Ou l'interstellaire et le quantique, qui sont souvent paradoxalement aussi invisibles l'un que l'autre.

voyage2.jpgEn 1966, Richard Fleischer s'amusait à conter cette odyssée d'un genre nouveau. Quelques années plus tôt, en 1957, un thème analogue avait inspiré Jack Arnold dans L'Homme qui rétrécit. Mais ce rapport entre l'homme et l'infiniment petit n'inspirera que rarement les scénaristes par la suite. Citons Chérie, j'ai rétréci les gosses (Honey, I Shrunk the Kids), de Joe Johnston en 1989. On doit pouvoir en trouver d'autres, mais dans tous les cas, c'est un peu maigre. Ces quelques considérations font du Voyage fantastique de Fleischer un film unique en son genre, dans tous les sens du terme, le cinéma fantastique et de science-fiction étant très avare du thème. Et même si l'ensemble fait daté, il conserve une saveur qui est celle de la naïveté et de l'enfance, cette époque où on pense encore que tout est possible. Y compris d'aller se promener dans le corps humain. Bon voyage.

Le Voyage fantastique sera projeté le 1er février aux Cinémas du Grütli, dans le cadre d'un week end autour de Richard Fleischer.

voyage-fantastique3.jpeg

17:39 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

29/01/2015

"L'Etrangleur de Boston", le split screen à son apogée

etrangleur-de-boston-5.jpgUne main s'emparant d'un couteau, une autre extirpant un marteau d'un tiroir, une femme regardant par l'entrebâillement d'une porte, un chien la gueule ouverte, juste devant une personne qui dort ou qui est morte. L'ensemble dégage un sentiment d'inquiétude, voire de terreur ou d'horreur. Composé de sept images différentes, ce plan est un exemple de split screen, procédé couramment utilisé au cinéma dans les années 70, et plus récemment relancé par la série 24 heures chrono. Implicitement, les actions des différents cadrages sont censées être simultanées et même synchronisées.Une règle qui semble pourtant mise à mal dans le morcèlement ci-dessus, lequel donne plutôt l'impression d'actes qui se suivent et qui n'ont pas tout à fait lieu en même temps.

Sorti en 1968, L'Etrangleur de Boston reste l'un des films où le procédé du split screen (littéralement, écran divisé) a été le mieux utilisé. Richard Fleischer y met en scène un fait divers célèbre avec un réalisme glacé, brisant en quelque sorte les sacro-saintes règles du suspens qui prévalaient jusqu'alors dans le polar ou plus généralement dans le film à suspens. La fragmentation de l'écran, qui non seulement résonne avec la personnalité schizophrène du tueur, crée une harmonie du malaise aussi troublante que remarquable. Le spectateur se trouve en alternance dans la peau du tueur et dans celle des témoins qui l'entourent. Malgré les années, L'Etrangleur de Boston n'a absolument pas pris une ride. Un chef d'oeuvre pas si connu que ça.

L'Etrangleur de Boston sera projeté le 31 janvier aux Cinémas du Grütli, dans le cadre d'un week end autour de Richard Fleischer.

19:03 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

28/01/2015

Redécouvrir Alan Turing grâce à "The Imitation Game"

imitation_game_photo.jpgUn homme et une machine. Ancêtre de l'ordinateur, la machine de Turing, du nom de son inventeur, est représentée ici par un enchevêtrement de fils et de branchements. C'est grâce à elle que ce génial mathématicien a pu casser le fameux code Enigma, du nom de machines électromécaniques allemandes utilisées par les nazis pour transmettre des messages secrets (codés) durant la guerre. The Imitation Game, biopic de Morten Tyldum, avec Benedict Cumberbatch dans le rôle d'Alan Turing, retrace la vie du célèbre mathématicien, qui semble-t-il mit fin à ses jours le 7 juin 1954 (ce qui n'est en réalité pas prouvé). Bonne nouvelle, la cryptographie occupe une position centrale dans cette fiction, même si la fin du film fait une large part à la vie privée de Turing et à son homosexualité.

Auteur d'un texte fondateur de la science informatique, Turing est également l'initiateur d'un test portant son nom et permettant de poser le problème de l'intelligence artificielle. Véritable pionnier dans son genre, il s'intéressa également de très près à l'analyse mathématique, et son apport dans le domaine, comme dans de nombreux autres, demeure essentiel. La machine de Turing est toujours largement utilisée aujourd'hui et a même un rôle ou lien direct avec l'un des problèmes du millénaire, à savoir le célébrissime problème P = NP (pour une mise en bouche, voici le lien wikipedia). Je lui consacrerai un billet cette année, dans la section mathématiques de mon blog. En attendant, on peut déjà remercier Imitation Game pour la stimulation intellectuelle qu'il suscite.

The Imitation Game est actuellement à l'affiche en salles.

17:24 Publié dans Cinéma, Sciences | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |