26/11/2014

Dans "Mercuriales", même le temps a l'air suspendu

mercuriales.jpgDeux jeunes filles au centre de l'image. Perchées sur le toit d'un immeuble ou d'une tour. La ville (Paris et sa proche banlieue) s'étend à perte de vue. Le ciel, bleu gris, occupe la moitié du plan. Il écrase à son tour le paysage qui se trouve en dessous. Le plan a l'air du reste coupé en deux. De manière presque artificielle. La tour à droite, en amorce, et la ville à gauche. Soit deux blocs qui s'opposent et qui, réunis, s'opposent également au firmament neutre qui les enveloppe. Tout est duel ici. Y compris les personnages. Elles sont deux, portent des couleurs "féminines", du rose clair pour la première, de l'orange pour la seconde. De l'orange qui tranche au coeur de cette composition et vient lui donner une sorte d'impulsion hasardeuse. Enfin, rien ne permet ici de dater vraiment le temps de la fiction, ni de situer celle-ci géographiquement.

Pour le savoir, il faut visionner Mercuriales. On y comprend vite l'affection de son auteur, Virgil Vernier, pour deux immeubles de bureaux situés à Bagnolet et érigés en 1975. On les appelle les tours de Bagnolet (image ci-dessous des deux tours hors du film). Plus encore, on y découvre vite l'attrait du réalisateur pour la parole et pour des situations décalées. Il y a du Rivette dans son cinéma, quelque chose de Cassavetes également. Mais surtout quelque chose d'unique qui lui permet de se délester de toute référence pour imposer sa vision, singulière et parfois étrange. Mercuriales a reçu le Reflet d'or du meilleur long-métrage au dernier Festival tous Ecrans. De ce Virgil, nous reparlerons certainement.

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Mercuriales est actuellement à l'affiche au Cinéma Spoutnik.

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24/11/2014

Poésie et géométrie dans "Still the Water"

still.jpgL'eau est bleue, presque trop bleue pour être vraie. Des rais de lumière surgissent discrètement sur la gauche. Tout en bas, on aperçoit des algues et des rochers qui réfléchissent une lumière verte au niveau de la surface de la mer. Au centre de l'image, deux personnages. Un homme et une femme. Ils se tiennent par la main, et leurs corps suggèrent une inclinaison à peine inférieure à 90°. En fait, ils sont bien positionnés à angle droit, mais les jambes de la femme, peut-être aidées par quelque courant marin, semblent se soulever du reste du corps. Sans cela, les deux corps donneraient l'illusion de vouloir reproduire la lettre grecque gamma, en majuscule (image ci-contre).gamma3.jpg Enfin, l'intérieur des bras des deux personnages paraissent symboliser un coeur, qui occupe du reste l'exact centre de l'image.

Ce plan combine à merveille l'inspiration poétique et un certain sens de la géométrie. La Japonaise Naomi Kawase excelle dans ce type de compositions, et Still the Water n'en est pas avare. Les personnages y vivent en harmonie avec la nature, ce qui fonde même leurs croyances dans le film. On les voit ci-dessus et ci-dessous se fondre dans l'eau, devenir des éléments en propre de leur environnement aquatique. C'est à la fois beau et reposant, sans surcharges sémantiques ni digressions dramaturgiques. Un sens de l'image pur et simple.

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Still the Water est actuellement à l'affiche en salles.

21:08 Publié dans Cinéma, Festival de Cannes 2014 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

23/11/2014

Dans "Foolish Wives", la suggestion de la démesure

foolish-wives.jpgErich von Stroheim penché sur une femme. Maude George, vraisemblablement, actrice qui ne fit pas une carrière phénoménale, puisqu'elle disparut des écrans dès l'avènement du parlant. Vêtu en officier, comme presque toujours, Stroheim semble attentionné, veillant sur le sommeil de la jeune femme affalée, posant une couverture sur son corps nu (ou supposé tel). Mais les intentions de l'homme pourraient très bien être machiavéliques sans qu'on puisse le deviner. La jeune femme a en revanche une pose alanguie et son maquillage - lèvres et paupières - accentue la blancheur d'une peau cadavérique. Histoire de nous rappeler que la mort n'est jamais très loin dans les films de Stroheim. D'ailleurs, pour mieux nous l'indiquer, une croix se dessine nettement dans l'encadrement de la fenêtre, en haut à gauche. Le décor, lui, ne ressemble à rien. C'est-à-dire à rien d'aisément identifiable. Des couvertures, un mur de pierre comme surgi d'une grotte, une fenêtre et des habits qui paraissent pendre au-dessus de la jeune femme. La perspective elle-même a l'air biaisée, fausse, pas du tout réaliste.

Sans être symptomatique du cinéma de Stroheim - il manque ici l'idée de la démesure, même si les proportions la suggèrent -, ce plan de Foolish Wives, justement parce qu'il ne ressemble à rien (d'identifiable au premier coup d'oeil), définit malgré lui l'univers d'un cinéaste qui ne signa que des films hors du commun, baignant dans l'outrance et la folie, défiant ainsi cet Hollywood des années 20 qui se cherchait encore. Tourné en 1921, sorti en 1922, Foolish Wives (traduit par Folies de femmes lors de son exploitation française) aurait dû être un film de six heures. Les producteurs de la Universal le réduisirent à une version d'un peu moins de deux heures. Semblable destin attendrait toutes les autres réalisations de Stroheim.

Foolish Wives sera projeté le lundi 24 novembre à 20 heures à l'auditorium Arditi, dans le cadre du cycle "Du muet à Maddin" proposé par le Ciné-club universitaire.

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