08/11/2014

Quand Denis Côté tournait "Vic + Flo ont vu un ours"

vic+flo.jpgCette photo n'est pas tirée de Vic + Flo ont vu un ours, de Denis Côté, mais de son tournage. On y voit le cinéaste québecois, qui a du reste donné une master class ce samedi au Festival Tous Ecrans, en train de régler un plan. On reconnaît Romane Bohringer, à gauche sur un véhicule, et elle a davantage l'air d'attendre ce qui se passe plutôt que d'écouter. On remarque d'ailleurs qu'elle a les yeux fermés ou mi-clos. Le réalisateur pointe son bras en direction de la route, sans doute pour finaliser un détail technique, peu importe. Mais la beauté de la lumière qui se diffuse au-dessus du petit groupe est tout à fait étonnante. Le ciel n'est pas pur, mais les rayons du soleil le perforent avec une netteté qui rappelle un peu le cinéma de Terrence Malick. Le champ est très vert, et au vu de l'habillement des personnages, il devait faire très beau ce jour-là.

Cette netteté, qui surgit là par hasard (ou pas), est symptomatique du cinéma de Denis Côté. Chez lui, la tenue du cadre, la rigueur dans la composition des plans, sont des constantes nécessaires aux récits qu'il met en place. Un drame lesbien ici (même si le film est résolument plus complexe que cela), des portraits d'autres laissés-pour-compte dans ses précédents films. Malgré ses apparences hétéroclites - plusieurs thèmes traités, des saillies absurdes, de brefs changements de cap - Vic + Flo ont vu un ours est sans doute l'un de ses films les plus aboutis. A l'instar de ce qu'on découvre dans l'image ci-dessus, tout y est juste et parfaitement à sa place. Il serait temps que les films de ce cinéaste soient plus largement diffusés.

Vic + Flo ont vu un ours sera projeté dimanche 9 novembre à 18 heures 30 à la salle Pitoëff dans le cadre du Festival Tous Ecrans.

23:59 Publié dans Cinéma, Festival de Berlin 2013 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

07/11/2014

"My Winnipeg", introduction à la poétique de Guy Maddin

mywinnipeg.jpgVoici douze têtes de chevaux surgissant d'un sol enneigé. Les animaux sont morts, et paraissent avoir été saisis en pleine course, figés par le froid, tous ensemble. Au premier plan, l'oeil encore ouvert, comme s'il nous regardait, la mâchoire entrouverte, l'un des chevaux affiche un rictus peu naturel. Signe qu'il s'agit peut-être (et même sans doute) d'une fausse carcasse qui a servi pour le film. Au milieu de ces têtes, coupant l'image presque comme une diagonale, un sentier dans la neige révèle la présence de pas, ou plus exactement de foulées. On a clairement dégagé le sol sur une longueur choisie, comme pour mieux circuler au milieu des animaux. Le noir et blanc domine, correspondant à une volonté purement esthétique, celle de filmer en noir/blanc.

Cette image saisissante de My Winnipeg de Guy Maddin renvoie à toutes sortes d'interprétations possibles. Sa logique semble être celle d'un rêve, voire d'un cauchemar. Il fait également référence au surréalisme. Comment ne pas voir ici un clin d'oeil aux carcasses d'ânes chargées dans un piano du Chien andalou de Bunuel et Dali? L'influence de Cocteau, celui du Testament d'Orphée, se fait elle aussi sentir. Mais la charge de l'ensemble demeure très poétique et il y a quelque chose de pictural, donc d'extrêmement mis en scène, dans cette composition dominée par l'idée de la mort et pourtant relativement douce au regard. Le cinéma de Guy Maddin s'y reflète entièrement, y compris dans son caractère insaisissable. My Winnipeg est le portrait d'une ville, le croquis de souvenirs d'enfance et la résurrection de fantasmes enterrés profondément dans l'inconscient.

My Winnipeg sera projeté dimanche 9 novembre à 20 heures 45 aux Cinémas du Grütli, dans le cadre du Festival Tous Ecrans.

21:57 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

06/11/2014

Quand la physique des particules s'invite au cinéma

lhc.jpgLa symétrie est presque parfaite. Cet enchevêtrement de tubes, de métal et de passerelles, filmé ainsi en perspective, suggère à la fois une impression d'infini et de technologie futuriste. Le décor paraît trop sophistiqué pour être celui d'une usine. En réalité, il s'agit là d'une image du LHC (Large Hadron Collider) du CERN, le plus grand accélérateur de particules du monde. C'est grâce à lui, et surtout à ceux qui l'ont conçu, que la science a fait un pas de géant en découvrant (en identifiant serait plus juste) le boson de Higgs en juillet 2012. C'est-à-dire une particule élémentaire de la physique subatomique qui pourrait, selon sa masse, expliquer aussi bien l'équilibre à l'oeuvre dans l'univers que l'existence d'autres univers reliés entre eux par le temps.

Ces deux notions, les supersymétries et les multivers, sont abordées dans La Fièvre des particules (Particle Fever) de Mark Levinson, documentariste américain qui a planté ses caméras au CERN depuis 2008 pour y suivre les travaux d'une poignée de physiciens. Dont une femme, Fabiola Gianotti, qu'on distingue en train de discuter sur la photo ci-contre (photo toujours tirée du même film) devant une autre partie du LHC. particules.jpgElle vient d'être nommée directrice du CERN et prendra ses fonctions le 1er janvier 2016.

Mais revenons à l'image du haut. On y remarque un homme coiffé d'un casque jaune, en bas, fixant l'objectif. Il permet de se faire une idée de l'échelle du LHC, dont on ne voit qu'une partie ici, puisqu'il s'étend sur 27 kilomètres. L'homme paraît minuscule, mais pas plus qu'un ouvrier juché sur l'échafaudage d'une cathédrale. Une comparaison qui fait sens. Le LHC est à sa manière aussi une cathédrale et une passerelle entre le monde de la mécanique quantique et la modélisation de notre univers. Vertigineux mais à hauteur d'homme, en somme. Microscopique et macroscopique tout à la fois.

La Fièvre des particules est actuellement à l'affiche en salles, au Cinélux. Vendredi 7 novembre, la séance sera précédée d'une présentation par Pascal Pralavorio, chercheur au CERN.

23:36 Publié dans Cinéma, Physique des particules, Sciences | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |