05/11/2014

Festival Tous Ecrans, des visuels pop et vintage qui interpellent

ecrans.jpgDepuis quelques jours ou semaines, ces affiches fleurissent un peu partout dans Genève. Leur graphisme est agréable, reposant, et a le mérite de nous interpeller. Il y en a plusieurs modèles, en deux ou trois morceaux, avec des fonds qui changent parfois aussi en fonction des personnages. Le texte est relativement succinct. Le nom du festival se détache en capitales au sommet. En plus petit, au-dessus, sa dénomination internationale, avec la mention en anglais de Genève. Et juste en dessous, trois éléments informatifs: son édition (la 20e), les dates de l'événement, du 6 au 13 novembre 2014, et enfin la mention de son site internet. Dans un cercle à droite, l'expression "20 ans déjà" rappelle que Cinéma Tous Ecrans, devenu le Festival Tous Ecrans, existe depuis deux décennies. Il est d'ailleurs l'un des plus anciens festivals de films à Genève qui subsiste.

Mais venons-en au visuel. Les personnages (ou personnes?) qui figurent sur ces affiches semblent tout droit sortis de publicités vintage, du moins de celles qu'on pouvait voir dans les années 70. Ils fixent l'objectif et ce sont donc des modèles. Deux ou trois clics nous révèlent même leurs prénoms, soit, dans l'ordre d'apparition ci-dessus, Trevor, Nigel et Sandy, et enfin Connie. Prénoms nettement anglophones - sans équivalents francophones, ce qui est assez rare - mais pas forcément datés. L'ensemble fait résolument rétro, passéiste, voire kitsch. Mais le kitsch assumé - comme ici - n'en est plus. Il devient relecture, il suppose le décalage et la distance. Les couleurs dominantes font très pop, et donnent un aspect post-moderne à ces visuels.

On remarque encore qu'un léger iris blanc apparaît autour de chaque silhouette, comme si une discrète lumière d'appoint venait souligner le dégradé du fond. Ce qui a pour effet d'éviter le fond uni, si prisé il y a quelques décennies. Les trois photos n'évoquent pas forcément le cinéma. Voire pas du tout, les modèles fixant l'objectif de manière trop délibérée, ce que les metteurs en scène évitent en général dans les films. Pourtant, par leurs vêtements, leurs attitudes, leurs mimiques et leur look, ces quatre personnages semblent renvoyer à des figures abstraites. Presque virtuelles, sans être pour autant la résultante d'images de synthèse. Et le virtuel, aujourd'hui, pèse de plus en plus lourd dans la création audiovisuelle. En d'autres termes, ces affiches peuvent fort bien synthétiser les différentes idées qu'on peut se faire du cinéma, sous quelque forme que ce soit, dans le monde évolutif de 2014.

Hypothèse que les formes géométriques occupant le tiers de chaque affiche, en bas, confortent. A première vue, il s'agit de quadrilatères inclus les uns dans les autres, pour reprendre un terme de l'algèbre booléenne. Il y a en tout sept rectangles et sans doute un carré (qu'il faudrait mesurer pour en être sûr, mais peu importe). L'emboîtement de ces figures, évoquant quelque part la représentation géométrique du nombre d'or (mais sans les proportions ni la notion d'infini), nous dit simplement que les écrans sont multiples. Par la taille, le format, la distance et l'utilisation. Du 1,85 au 4/3, pour ne citer que ces deux formats, jusqu'aux écrans actuels des smartphones. ecrans2.jpgSur d'autres modèles de l'affiche, ces formes géométriques surgissent en fond (exemple ci-contre). Elles résument en tout cas parfaitement le concept de la manifestation.

Le 20e Festival Tous Ecrans a lieu du 6 au 13 novembre.

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04/11/2014

"Bande de filles", portrait de groupe en bleu nuit

bande-de-filles.jpgSur cette image, le bleu domine. Jusqu'à donner l'illusion que le film est monochrome. C'est faux, bien sûr. Les quatre comédiennes de Bande de filles occupent toute l'image. Elles se tiennent, s'agrippent même les unes aux autres, et rient, sans se regarder et sans fixer non plus de points hors-champ. On a même l'impression que leurs yeux sont clos et qu'elles regardent (peut-être) à l'intérieur d'elles-même. Dans tous les cas, l'harmonie du groupe est palpable. Les quatre actrices sont visiblement en tenues de soirée, prêtes à sortir, ou à peine rentrées de quelque part. Le mobilier est vétuste, mais il ne fait pas chiche. Quelque part, il est raccord avec les vêtements. Signe probable que les quatre filles ne se trouvent pas chez l'une d'entre elles sur cette image. D'où ce jaillissement de joie libératrice, cette bonne humeur qui éclate. Qui éclate mais ne semble pas vouloir sortir du cadre. Car l'image indique aussi le cloisonnement, l'envie de rester en groupe, de former un seul corps, dans un intérieur confiné qui ressemble à une chambre d'hôtel.

Ce plan situe le style à l'oeuvre dans Bande de filles. Nullement naturaliste, plus proche esthétiquement du clip (j'exagère à dessein) que du réalisme social. Et le propos de Céline Sciamma est effectivement ailleurs, plus abstrait que sociologique, plus composé qu'improvisé, plus éloigné du réel que ne le laisse supposer sa thématique sous-jacente. Même s'il est parfaitement en phase avec l'air du temps (d'où l'engouement qu'il suscite), son film n'est pas aisé à décrypter. Il ne se donne pas littéralement, frontalement. Il marque son territoire, celui d'un cinéma français du milieu qui parvient à exister envers et contre tout. Et ses actrices en sont les emblèmes. C'est à elles que Sciama donne la parole, et elles ne semblent pas près de la laisser.

Bande de filles est actuellement à l'affiche en salles.

22:16 Publié dans Cinéma, Festival de Cannes 2014 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

02/11/2014

"The Wind", le muet à son apogée

the-wind-8.jpgEn 1928, le muet agonise, menacé par l'arrivée imminente du parlant. Considéré comme le premier film parlant de l'histoire du cinéma, The Jazz Singer d'Alan Crosland, avec Al Jolson grimé en noir, est sorti l'année précédente. Les salles de cinéma tentent de s'adapter et la transition se fera parfois dans la douleur. Pourtant, l'art muet est alors à son apogée. Les réalisateurs atteignent une maîtrise de leur art, et surtout de leur écriture, maîtrise palpable dans la plupart des productions sorties à ce moment-là, et ceci dans le monde entier. C'est le cas de The Wind (Le Vent), l'un des ultimes films de Victor Sjöström (1879 - 1960), cinéaste suédois parti à Hollywood en 1924 sur la demande de Louis B. Mayer, grand patron de la MGM.

Sur l'image ci-dessus, on reconnaît bien sûr la grande Lillian Gish (1893 - 1993) dans un gros plan mettant en valeur sa richesse expressive. Le regard halluciné, les yeux exorbités, mais sans exagération, elle traduit un sentiment de peur et d'effroi. Effroi que le film ne cesse d'amplifier. La jeune héroïne doit y lutter à la fois contre les hommes et contre les éléments (en l'occurrence le vent qu'annonce le titre). Sa main agrippe son visage, dans un geste désespéré mais ferme. Autour d'elle, l'obscurité guette et envahit l'espace, créant un fond uni qui peut s'apparenter à du dénuement. Le hors-champ prend tout son sens, désignant clairement une menace que la jeune femme découvre avant le spectateur. Influencée aussi bien par l'expressionnisme allemand que par la gestuelle des divas du muet italien (les Lyda Borelli ou Francesca Bertini), Lillian Gish a parfaitement digéré les leçons de Griffith - comparable à The Wind, Way Down East (A travers l'orage) est sorti huit ans plus tôt - et sait tirer parti au maximum de la caméra comme de l'orientation de son regard.

The Wind, comme la plupart des dernières grosses productions muettes, sera un échec. Il est à juste titre considéré aujourd'hui comme l'un des plus grands films des années 20.

The Wind sera projeté le lundi 3 novembre à 20 heures à l'auditorium Arditi, dans le cadre du cycle "Du muet à Maddin" proposé par le Ciné-club universitaire.

18:41 Publié dans Cinéma, Cinéma muet | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |