19/12/2014

Dans "The Big Sleep", la légende est en marche

Big-Sleep.jpgLauren Bacall face à Humphrey Bogart. Le couple est mythique. A la ville comme à l'écran. The Big Sleep (Le Grand Sommeil) de Howard Hawks, sorti en 1946, marque leur deuxième rencontre dans un film. "They're together again", dira même la bande-annonce. Deux ans plus tôt, Bacall débutait en effet dans To Have and Have Not (Le Port de l'angoisse), du même Hawks, alors que Bogart avait déjà près de cinquante films au compteur. Coup de foudre immédiat durant le tournage. Le couple deviendra l'un des plus célèbres d'Hollywood. Revenons à cette image. Bacall a le regard triste, désenchanté, presque indifférente à ce qui se joue dans le plan. En revanche, sa pose est très glamour. Bogart, enchaîné par une corde, un mégot au coin des lèvres, la fixe non sans une certaine tendresse dans le regard. Leur complicité ne fait aucun doute, même si leurs rôles respectifs suggèrent une autre impression. Quelque chose de fort transite par cette image, l'impression d'une profondeur que l'arrière-plan, dévoilant des marches d'escalier au fond de la pièce, conforte bizarrement.

Tiré d'un roman de Raymond Chandler, mais scénarisé (en partie) par William Faulkner, The Big Sleep passe pour un film retors, au classicisme moins fluide que d'autres standards du cinéma américain de l'époque. Son intrigue, subdivisée en deux parties, est complexe, pour ne pas dire compliquée. C'est l'histoire d'une enquête assortie d'une manipulation. Bogart et Bacall y sont royaux. C'est aussi la déclinaison de tous les codes du film noir, genre majeur de l'Hollywood des années 30 à 50. C'est enfin la deuxième incarnation du détective Philip Marlowe dans un long-métrage (après celle de Dick Powell dans Murder My Sweet d'Edward Dmytryk en 1944). Le graphisme stylisé d'une mise en scène aux normes de l'époque - visibles dans la plupart des polars de la Warner - inspire tout particulièrement un Hawks que la Nouvelle Vague sacrera plus tard dans sa politique des auteurs. Détail non négligeable, le grand Max Steiner, l'un des rares compositeurs à avoir été nominé 26 fois aux Oscars, signe la musique (superbe) du film.

The Big Sleep (Le Grand Sommeil) passe en ce moment aux cinémas du Grütli, dans le cadre d'un hommage à Lauren Bacall.

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17/12/2014

"Coming Home", partition à deux regards

coming-home.jpgCet homme, on le voit à peine. Le visage en partie caché par un objet non identifiable, le crâne recouvert par un bonnet, et les yeux embusqués derrière de grosses lunettes. De la saleté (un maquillage?) macule également ses joues. On a même l'impression qu'il se cache, qu'il cherche à se dérober, qu'il n'a pas envie d'être reconnu. Mais il a aussi l'air d'épier, d'observer à la dérobée, et on peut déceler une pointe d'anxiété dans son regard. Cet homme, c'est le comédien chinois Chen Daoming.

Cette image situe assez bien la problématique posée dans Coming Home, dernier film à ce jour de Zhang Yimou. Prisonnier politique lors de la Révolution culturelle chinoise, cet homme vient d'être libéré. Et compte retrouver son épouse et sa fille. Mais sa femme, devenue amnésique, ne le reconnaît pas. Pour elle, il est un étranger. Presque un intrus. D'où le drame qui va se jouer, à plusieurs niveaux. Dans le rôle de l'épouse, on retrouve Gong Li, l'une des actrices fétiche de Yimou. La voici dans un autre plan du film:

cominghome2.jpg

Coming Home est une partition à deux regards, un drame intimiste dont l'issue incertaine rappelle certains titres majeurs d'Ozu, toutes proportions gardées. C'est également une oeuvre historique au contexte fort bien reconstitué. Depuis 2004 et Le Secret des poignards volants, les derniers films de Yimou n'étaient plus arrivés sur nos écrans.

Coming Home est actuellement à l'affiche en salles.

17:11 Publié dans Cinéma, Festival de Cannes 2014 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

16/12/2014

Dans "Timbuktu", les hommes face à leurs semblables

Timbuktu.jpgPlan large, vers le milieu d'un fleuve. Devant une pirogue, deux hommes semblent se disputer. Le premier est vêtu comme un touareg, l'autre uniquement d'un short et d'un tee shirt. Le second pousse le premier. Ou - si l'on ajoute une syllabe - le repousse, c'est selon. Tout autour, le soleil tape, le paysage a l'air serein, l'eau ne bouge pas, elle a même une certaine pureté, le vert et le blanc (un peu de jaune, aussi) sont les couleurs dominantes, et aucune autre présence n'est détectable. Le point, comme l'indique le flou léger baignant la berge opposée dans la profondeur de champ, est fait sur les deux hommes. Ils sont presque au centre de l'image, légèrement à droite, pourtant, du côté de la pirogue.

Cette image résume assez bien le terrible et formidable Timbuktu d'Abderrahmane Sissako. Qui, de manière abstraite, pourrait se voir comme une histoire dans laquelle des hommes repoussent d'autres hommes. Les soumettent, les rejettent, les briment, les torturent, les nient, les abandonnent, les répriment. Et parfois les tuent. Parce que les lois des uns ne tolèrent pas celles des autres et que la volonté de domination est finalement ce qui fout en l'air le monde. On peut aisément relier ce film à bon nombre de faits de l'actualité récente. Je m'en garderai bien et vous conseillerai uniquement d'aller le découvrir.

Timbuktu est actuellement à l'affiche en salles.

22:09 Publié dans Cinéma, Festival de Cannes 2014 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |