27/10/2014

Dans "Saint Laurent", un regard vide qui en dit long

stlaurent.jpgLoin des défilés et des ateliers de couture, Yves Saint Laurent a le regard vide. L'air las, entre dandysme et indifférence au monde, le comédien Gaspard Ulliel tient une cigarette dans sa main droite. Celle-ci est presque consumée. Pull à col roulé gris-blanc, veste brune nonchalamment posée par dessus, l'ensemble pourrait jurer. Sur n'importe qui d'autre, cela relèverait de la faute de goût. Pas ici. La barbe naissante, les cheveux longs, coiffés proprement, signalent une négligence savamment entretenue. A l'arrière-plan, un décor nu, presque froid, avec une pile de livres de luxe à droite et des rideaux à gauche. Cette image ne sent pas la reconstitution foisonnante, elle n'a rien de clinquant. Mais l'acteur donne la mesure du film. Imitation, mimétisme, ressemblance? Il y a forcément de ça dans l'interprétation d'Ulliel qui, on ne le répétera jamais assez, est Yves Saint Laurent plus qu'il ne le joue dans le film de Bonello. La tranquillité du plan, qui a presque l'air volé, comme si Ulliel se relaxait entre deux prises, est évidemment trompeuse. Sa composition est même stricte affaire de mise en scène. Mais sa neutralité est remarquable.

Saint Laurent est actuellement à l'affiche en salles

17:06 Publié dans Cinéma, Festival de Cannes 2014 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

26/10/2014

"Fury", l'affiche qui ne dit pas tout

FURY.jpgVoici l'une des affiches préventives de Fury de David Ayer, film de guerre relativement classique mais plutôt solide, à la mise en scène graphique et coulante alternant gros plans et séquences de combat avec une certaine habileté, comme l'exige en général le genre. Les cinq personnages principaux posent sur leur tank, en fonction de l'objectif, dans la tradition des photos de plateaux. Très symétrique, l'ensemble fait peu réaliste, et le ciel a l'air d'écraser les soldats. Trois mots se détachent. Honor, Glory et War. Honneur, gloire et guerre. Même sans pratiquer l'anglais, tout le monde est à même de comprendre. D'autant plus que ces trois thèmes sont tellement récurrents dans le film de guerre que les reproduire ici relève du lieu commun. Sauf que là, ces trois mots semblent avoir été attribués respectivement à trois personnages, quitte à agir comme spoilers. Une interprétation que la vision du film ne confirme cependant pas tout à fait.

Plus bas sur l'affiche, le titre du film est répété trois fois, assorti du mois de sa sortie. Mois erroné, Fury étant sorti le 22 octobre et non en novembre (du moins sur certains territoires, dont le nôtre). Enfin, plus discrètement, le nom du réalisateur, David Ayer, figure en petit, au milieu de l'affiche, au niveau des bottes de Brad Pitt. Quant aux acteurs, rien. Leurs noms sont les grands absents de ce visuel. Même si la pratique est courante, elle demeure étonnante. Avec Brad Pitt ou Shia LaBeouf en têtes d'affiche (pour ne mentionner qu'eux), le marketing tenait là un argument de vente légitime. Que révèle alors cette omission volontaire? Tout simplement que le personnage de Fury, c'est le groupe (de soldats) et non tel ou tel individu - ou acteur - en particulier, et cela même si Brad Pitt semble prendre le dessus sur les autres. Un point que le film confirme, chaque acteur y tenant un rôle à peu près égal.

Fury est actuellement à l'affiche en salles.

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25/10/2014

"Mommy", une affaire de cadrage

mommy2.jpgMère et fils dans le même plan. Mais la première masque partiellement le second. Soit une possible métaphore d'un film dans lequel la relation mère-fils transite par différentes phases - et l'étouffement en est une. Les deux personnages - une Anne Dorval radieuse derrière ses lunettes noires et un Antoine-Olivier Pilon visiblement plus neutre, offrant presque l'image d'un enfant sage - regardent un point situé hors-champ et se trouvent ici devant une grille derrière laquelle on découvre un cimetière. L'herbe y est très verte et les tombes se détachent nettement à l'arrière-plan. Comme s'il s'agissait aussi de souligner que les protagonistes de Mommy se trouvent bien dans la vie et, au fond, qu'ils défient la mort. Impression renforcée par la blancheur d'un ciel neutre mais pas écrasant. Du côté des accessoires, le fils paraît chargé avec ses deux sacs qui occupent un bon quart de l'image, alors que la mère, là aussi, voyage léger avec un petit sac blanc savamment placé autour de sa taille. Voilà qui renforce ce constat d'étouffement dont je parlais au début. On sait que dans le dernier Xavier Dolan, les cadrages ont une place très importante, le film changeant même plusieurs fois de format en cours de route. La composition des plans semble elle aussi répondre à une logique identique. L'apparente décontraction de ce plan, d'un naturalisme discret, mais sans doute très composé, l'atteste indéniablement.

Mommy est actuellement à l'affiche en salles.

16:22 Publié dans Cinéma, Festival de Cannes 2014 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |