09/02/2015

Berlinale 2015, un second souffle allemand avec Andreas Dresen

Berlinale 2015 - cinquième jour - 9 février

El Club, de Pablo Larrain (Chili, 2015) - Compétition

club.jpgImage trompeuse, à l'esthétisme en désaccord avec celle d'un film à la photographie souvent laide, sombre et peu travaillée. On y reconnaît, en silhouettes, un chien et un homme. Ce sont deux des personnages d'El Club. Après plusieurs films diversement réussis - Tony Manero en 2007, Post Mortem en 2010 et No en 2011 -, le Chilien Pablo Larrain parle ici de religion, d'homosexualité, de suicide et de secrets bien enfouis. La dramaturgie repose en grande partie sur plusieurs séquences d'interrogatoires invariablement filmées de la même manière, c'est-à-dire dans des champs contrechamps monotones et grisâtres. Misant davantage sur la direction d'acteurs que sur la mise en scène, le film s'efforce de traquer une vérité impossible à dire et à entendre. Mais ces maigres parti-pris formels rendent malaisée toute tentative d'entrer dans cette fiction. D'un intérêt mineur.

Als wir träumten, d'Andreas Dresen (Allemagne/France, 2015) - Compétition

alswir.jpgCôté allemand, c'était l'événement du jour. Tiré d'un best-seller de Clemens Meyer paru en 2006, Als wir träumten raconte la destinée d'un groupe de jeunes dans les faubourgs de Leipzig, peu de temps après l'effondrement du bloc de l'Allemagne de l'Est. La photo ci-dessus donne la couleur. On y voit trois jeunes dans une voiture, hurlant et faisant la fête. Nous sommes de nuit, et l'atmosphère flaire la liberté, le bruit et la fureur. Ce sont les leitmotivs d'un film dans lequel les personnages s'inventent de nouvelles règles et se retrouvent entraînés dans une spirale aussi dangereuse qu'enivrante. Alcool, clopes, drogue, fêtes glauques et surtout violence (avec plusieurs séquences de baston réalistes) pimentent un quotidien dont l'issue paraît bien improbable. Le tout est filmé à cent à l'heure, avec une maîtrise de la caméra et une excellente gestion des scènes de groupe. Quelques flash-back sur l'adolescence des héros font office de pauses explicatives (et guère utiles) dans une fiction d'un pessimisme assumé. L'Allemand Andreas Dresen affronte pour la troisième fois la compétition berlinoise avec ce film. Son énergie est salutaire et son souffle indéniable. A noter la présence du talentueux comédien suisse Joel Basman (vu notamment en 2008 dans Luftbusiness de Dominique de Rivaz) dans l'un des rôles.

Body, de Malgorzata Szumowska (Pologne, 2015) - Compétition

body.jpgVoici une séquence de psychothérapie de groupe pour des jeunes filles anorexiques. Il y en a plusieurs dans Body. Elles ne sont pas longues mais paraissent interminables. Comme la plupart des scènes de ce drame construit autour des névroses de différents personnages (dont un père médecin-légiste et sa fille anorexique qui rejette la société en bloc). Tout est laid et plombé dans ce nouveau long-métrage d'une cinéaste polonaise déjà sélectionnée en compétition en 2013 (avec In the Name of...) et précédemment dans la section Panorama avec Stranger (2004) et Elles (2011). Tout sauf la chanson du générique fin, You'll Never Walk Alone, standard 60's de Gerry & the Pacemakers. C'est extrêmement mince.

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08/02/2015

Berlinale 2015, Malick au-dessus de la mêlée

Berlinale 2015 - quatrième jour - 8 février

Mr. Holmes, de Bill Condon (Grande-Bretagne, 2014) - Compétition

holmes.jpgIan McKellen. Une légende du cinéma anglais dans la peau d'une autre figure de légende, purement fictionnelle celle-là, à savoir Sherlock Holmes. Nous sommes en 1947, en Grande-Bretagne, et le détective créé par Conan Doyle est aujourd'hui vieillissant. 93 ans. Il se passionne pour les abeilles, vit dans le Sussex, dans une petite maison où on s'occupe de lui, et découvre qu'il a même inspiré des réalisateurs qui ont tourné des films d'après ses exploits. Réflexion sur l'âge et la mémoire, le Mr. Holmes de Bill Condon ne décolle jamais tout à fait. Souvenirs et flash-back tronqués se télescopent ici avec un présent peu mouvementé, mais malgré tout assez dense sur le plan émotionnel. La relation que Holmes entretient avec un jeune enfant offre les meilleures scènes du film. L'ensemble demeure pourtant léger pour la compétition berlinoise.

Knight of Cups, de Terrence Malick (Etats-Unis, 2014) - Compétition

knight.2.pngPour "raconter" le septième film de Malick, j'ai choisi cette image. Celle d'un bébé rampant sur la terrasse d'un appartement, comme s'il voulait fuir son intérieur pour partir à la conquête du monde extérieur. Entre méditation et philosophie, quête de soi et d'idéal, bilan de vie et souvenirs enfouis, Knight of Cups se centre sur un homme (Christian Bale) confronté au magma composite formant les différentes strates de sa conscience et de sa vie. La beauté du film est certes sidérante, et le montage surprenant à plus d'un titre, Malick coupant la plupart de ses plans "in medias res", comme s'il s'agissait de couper court à toute tentative d'interprétation, d'inclusion psychologique, de tentation métaphorique ou d'analogie parabolique. Le film réinvente ainsi perpétuellement l'espace qu'il décrit et les caractères qu'il met en scène. La volonté d'abstraction est palpable, plus encore que dans les précédents Tree of Life et To the Wonder. Mais sous cette séduisante surface esthétique, et cela malgré un parti-pris narratif à contre-courant de tout ce qui se fait et se défait à Hollywood, Malick n'évite pas totalement le procédé ainsi que certains tics. Ses comédiens (on citera encore Natalie Portman et Cate Blanchett) y sont des éléments comme les autres, plongés dans un monde qui ne ressemble qu'à lui-même et qui offre en miroir un autoportrait probable du cinéaste. Quant à la probabilité que le film figure au palmarès de la 65e Berlinale, elle est très forte, tant le film affirme une suprématie formelle bien au-dessus de la plupart de ses concurrents. Mais attendons un peu avant d'émettre quelques pronostics.

El Boton de nacar, de Patricio Guzman (France/Chili/Espagne, 2015) - Compétition

boton-de-nacar-de-Patricio-Guzman.jpgUnique documentaire de la compétition berlinoise, El Boton de nacar, au-delà d'images splendides paraissant surgir de livres de photos (voir ci-dessus), prolonge en quelque sorte le magnifique Nostalgie de la lumière que Guzman avait réalisé en 2010. Le propos est large, englobant aussi bien l'astrophysique que la politique. Cette largeur est le défaut du film. On passe en effet de considérations gratuites sur les comètes (l'hypothèse que l'eau terrestre proviennent d'elles devient ici une pure affirmation) aux injustices subies par les peuples de Patagonie. Ces raccourcis ne font pas sens, et le film échoue à donner une vision unitaire de ce qu'il raconte, s'égarant le plus souvent sur des chemins de traverse. Du coup, ses enjeux peinent à se dessiner, et les occurrences de plusieurs témoignages face caméra (platement filmés) détournent même son propos initial. Décevant.

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Berlinale 2015, un peu de violence, de l'exotisme et Léa Seydoux

 

Berlinale 2015 – troisième jour – 7 février

Ixcanul, de Jayro Bustamante (Guatemala/France, 2015) – Compétition

ixcanul1.jpgUne jeune fille et un volcan. L’esthétisme de ce plan ne traduit pas tout à fait l’atmosphère d’un film aussi attachant qu’intelligent. Soit l’histoire d’une jeune femme, Maria, 17 ans, destinée à épouser un fermier et surtout désireuse de savoir ce qu’il y a au-delà de son territoire, de l’autre côté de cette montagne qui lui fait face depuis toujours. Ixcanul pose le problème du rapport entre l’homme et son environnement et des conditionnements culturels qui en découlent. Le monde paysan guatémaltèque y est filmé de manière généreuse et bigarrée, et sans ce naturalisme souvent de mise dans le cinéma du Sud. Rien de fracassant à l’arrivée, mais le plaisir de découvrir un cinéaste dont on ignore tout des précédents travaux.

Journal d’une femme de chambre, de Benoît Jacquot (France/Belgique, 2015) – Compétition

journal-d-une-femme-de-chambre.jpgQue regarde ainsi Léa Seydoux, sinon le monde qui l'entoure? Après un rôle clé dans Les Adieux à la Reine en 2012, la comédienne retrouve Benoît Jacquot pour cette nouvelle adaptation du célèbre roman d'Octave Mirbeau, précédemment mis en images par Jean Renoir et Luis Bunuel. Un film sur les rapports de classe et les clivages sociaux dans une France d'il y a à peine un siècle encore très archaïque. Le film épouse le point de vue de son héroïne dans une succession de plans dans lesquels Célestine s'affirme en prenant possession de l'espace et en investissant la société d'une forme d'insolence extrêmement moderne. On y retrouve cette fluidité des mouvements dans la manière si particulière dont Jacquot filme ses personnages dans des couloirs et autres lieux clos. Il y a quelque chose de La Fille seule (et ses couloirs d'hôtel de luxe) et des Adieux à la Reine (le microcosme versaillais si codifié) dans ce Journal d'une femme de chambre clairement dominé par son actrice, qui paraît se bonifier d'un film à l'autre. Léa Seydoux se fond à merveille dans le rôle et dans un film où les moeurs n'occupent pas le devant de l'écran et c'est tant mieux. Comme s'il s'agissait aussi de rompre avec cette thématique de la perversion souvent centrale dans les rapports entre maîtres et domestiques. Une lecture très juste.

Victoria, de Sebastian Schipper (Allemagne, 2015) - Compétition

victoria.jpgCe jeune homme portant une cagoule sur le visage et un pistolet dans la main, visant un point hors-champ au sol, renvoie à une réalité anxiogène et n'a rien de rassurant. Victoria est justement un film qui ne se veut à aucun instant rassurant. Il se déroule durant une nuit et une matinée, et démarre dans une boîte glauque où une jeune femme rencontre quatre potes bourrés qui l'entraînent avec eux. Que va-t-il se passer? A quel moment les choses vont-elles commencer à déraper, puisque tout nous indique qu'un dérapage va survenir? Formellement très réaliste, le film de l'Allemand Sebastian Schipper ne quitte pas ses personnages d'une semelle, les suivant dans leur dérive nocturne sans fin, avec une sorte d'incandescence bouillonnante et une liberté paradoxalement étouffante. Déviant sensiblement vers le fait-divers tragique, le film prend corps avec ses personnages, bruts et inquiétants, dans une sorte de fuite dont l'issue ne parvient à se dessiner qu'aux ultimes instants de ce très long-métrage (2 heures 20). Le naturalisme formel tend parfois à l'exercice de style, et même à la vaine démonstration, mais le climat de tension et de folie présent dès les premiers plans ne se relâche jamais. Et cela grâce à une mise en scène tendue et concentrée, qui ne s'autorise ni digression ni même de respirations. Un film qui prend parfois à l'estomac et force in fine l'admiration.

00:20 Publié dans Cinéma, Festival de Berlin 2015 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |