06/02/2015

Berlinale 2015, Kidman vs. Rampling, 0 à 1

Berlinale 2015 - deuxième jour - 6 février

Taxi, de Jafar Panahi (Iran, 2015) - Compétition

taxi.jpgVoici Jafar Panahi avec deux des "comédiennes" de son nouveau film, Taxi. Le lieu, l'intérieur d'un taxi, est unique. Dans une démarche qui fait parfois penser à celle d'un Kiarostami (Le Goût de la cerise, Et la vie continue), Panahi raconte le monde depuis son véhicule. Le chauffeur de taxi, c'est lui, et les différents passagers qu'il va prendre (un homme blessé avec son épouse, sa propre nièce, deux femmes et leurs poissons rouges, un cinéphile qui lui demande des conseils) font état chacun à leur manière de la société iranienne d'aujourd'hui. Le procédé est simple, usant sans en abuser de la mise en abyme, et il permet surtout au cinéaste de s'exprimer. On sait en effet les ennuis de Panahi avec le gouvernement iranien. Accusé de propagande contre le système, il a été condamné à vingt ans d'assignation à résidence. Il lui est impossible de quitter son pays, et même de faire des films. Ce qui ne l'empêche pas de continuer à en réaliser, contre vents et marées. Par solidarité, les festivals les sélectionnent. This Is Not a Film à Cannes en 2011, Closed Curtain à Berlin en 2013, et aujourd'hui Taxi, à nouveau à la Berlinale. Un minimalisme qu'on verrait bien au palmarès.

Queen of the Desert, de Werner Herzog (USA, 2015) - Compétition

queen.jpgL'affiche annonce la couleur. Celle d'une fresque plus romantique qu'historique, avec quelques stars à son générique - Nicole Kidman et Robert Pattinson, curieusement plus gros qu'elle, alors qu'il n'a qu'un rôle secondaire dans le film - et un peu de sable pour suggérer le désert. Même s'il s'agit là d'une affiche productionnelle, elle ressemble de près au film d'Herzog tel qu'il a été montré aujourd'hui à Berlin. Fresque romanesque au romantisme éculé plus que portrait historique, Queen of the Desert est centré sur la vie de Gertrude Bell, historienne et romancière, membre des services secrets britanniques et médiatrice pour la politique au Moyen-Orient au début du XXe siècle. Figure de légende dans les pays arabes, elle est parfois dépeinte comme une Lawrence d’Arabie au féminin. Mais Nicole Kidman a ses limites, et le film aussi. Quelques tempêtes de sable, les apparitions cocasses de Robert Pattinson en Lawrence d'Arabie, une course de dromadaires, et c'est à peu près tout. Le reste n'est que léthargie et clichés. Un Herzog académique, désuet et sans grand intérêt.

45 Years, d'Andrew Haigh (Grande-Bretagne, 2015) - Compétition

45years.jpgTom Courtenay et Charlotte Rampling forment un couple tout à fait probable. Alors que tous deux s'apprêtent à fêter leurs 45 ans de mariage, la découverte d'un corps congelé dans les Alpes suisses, celui de la première fiancée du mari, disparue il y a près de cinq décennies, va venir fissurer ce bonheur apparent. Le film est structuré en plusieurs journées, montrant comment le doute s'immisce petit à petit dans le cerveau d'une épouse qui découvre que même morte depuis longtemps, sa rivale a probablement conditionné l'existence et les choix de son époux. Andrew Haigh opte pour une mise en scène sobre et classique, faisant confiance, à raison, à ses deux formidables comédiens, et la force de 45 Years réside avant tout dans le détail. Lucide plus que cruel, le film lorgne par instants vers le Haneke d'Amour, certes sans la rigueur ni la sécheresse de sa mise en scène. Un écrin pour deux grands acteurs.

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05/02/2015

Berlinale 2015, ouverture mollassonne

Berlinale 2015 - premier jour - 5 février

Nadie quiere la noche, d'Isabel Coixet (Espagne/France/Bulgarie, 2014) - Film d'ouverture - Compétition

NOBODY.jpgJuliette Binoche dans le Grand Nord et dans la peau de Josephine Peary, épouse d'un célèbre explorateur parti à la découverte du Pole Nord au début du XXe siècle. En ouverture de la 65e Berlinale, on ne peut pas dire que Nadie quiere la noche (Nobody Wants the Night) d'Isabel Coixet soit le film le plus exaltant du monde. Même si Binoche sait par moment surprendre et donner à ce personnage plutôt ingrat un certain relief, le film ne trouve pas tout à fait son rythme. Récit d'aventures composant avec une nature hostile et meurtrière, mais aussi par instants quête intérieure peinant à crever la surface uniforme d'une narration par trop linéaire, ce portrait d'une femme d'un autre temps n'évite pas non plus l'académisme un brin corseté qu'on aimerait bien voir disparaître dans les eaux glacées du pays inuit où il se déroule.

Pour cela, il aurait sans doute fallu que l'Espagnole Isabel Coixet s'inspire un peu du travail d'une cinéaste comme Andrea Arnold, qui récupère la matière brute et viscérale de la nature qu'elle met en scène pour mieux la recracher en images convulsives, tripales et poétiques, exemple dans son adaptation impossible du Wuthering Heights d'Emily Brontë. Rien de tel dans Nadie quiere la noche, représentation honorable et jamais subversive d'un scénario centré sur le dépassement de soi et dans lequel la vision de l'espace souffre aussi d'une impossibilité à filmer la nature de plein fouet (le film est en partie tourné en studio). Reste à savoir si ce film d'ouverture, qui plus est en compétition, donnera le ton de cette Berlinale, nous faisant déjà regretter l'époque où Benoît Jacquot (Les Adieux à la Reine) ou les frères Coen (True Grit) eurent les honneurs d'ouvrir les feux du festival.

Date de sortie du film en Suisse romande: automne 2015.

PS: Durant le Festival de Berlin, ce blog traitera essentiellement des films montrés en compétition ou en sélection officielle. Les embargos - à savoir ne rien écrire sur un film avant sa première projection officielle - seront respectés.

23:00 Publié dans Cinéma, Festival de Berlin 2015 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |