12/02/2016

Berlinale 2016: Mohammed Ben Attia, Jeff Nichols, Denis Côté, le concours démarre mollement

hedi.jpgLa veille de son mariage, un homme, Hédi (photo ci-dessus), tombe amoureux d’une autre femme. Sujet en soi déjà vu. Un peu moins dans un contexte arabe. Mohammed Ben Attia, réalisateur d’Inhebbek Hedi s’étonnait même qu’il n’y ait pas eu de film arabe en compétition à Berlin depuis vingt ans. Le sien, qui est aussi son premier long-métrage après plusieurs courts remarqués, parvient à faire abstraction de toute orientation politique, de tout discours social. Simple histoire d’amour, celle-ci repose en grande partie sur son acteur, le plutôt convaincant Majd Mastoura, et sur une écriture privilégiant gros plans et plans rapprochés, signes extérieurs d’un intimisme que le film revendique pourtant assez peu – nous sommes la plupart du temps en extérieurs, ou à l’intérieur d’un complexe hôtelier. D’où une attention accrue à ce qui se passe, à ce qui se joue dans chaque scène. Certes, cela ne suffit pas à faire décoller le film vers un ailleurs qui restera hors-champ, mais dénote une écriture en devenir digne d’intérêt.

midnight.jpgDans Midnight Special, un enfant de huit ans au regard trop lumineux pour être humain (photo ci-dessus) est le centre de l’attention d’un peu trop de monde pour être tout à fait réaliste. Escorté par son père, pourchassé par des extrémistes, par la police et par le gouvernement américain, ce gamin aux pouvoirs extraordinaires suffit à définir le caractère fantastique de ce nouveau film de Jeff Nichols, révélé par Shotgun Stories et Take Shelter, puis ignoré à Cannes en concours en 2012 avec Mud. L’intérêt du sujet est ruiné par son approche. Nichols, emprunté pour raconter une histoire à la E.T. et pour conserver une vraisemblance qui fait d’ailleurs défaut au film, semble avoir peur de nommer ce qu’il montre. Pouvoirs paranormaux, dimensions parallèles, contacts avec des entités non-terrestres, forment le substrat d’un scénario résolument audacieux et heureusement pauvre en effets (hormis la représentation de champs électromagnétiques et la vision d’un monde extraterrestre parallèle) mais pas assez frontal pour convaincre. Inutilement ampoulé, le film paraît avoir peur du ridicule. Paradoxalement, et à force de prudence, il finit pourtant par le devenir. Fort dommage.

boris.jpgEncore plus gênant, le manque de charisme de tous les personnages de Boris sans Béatrice (photo ci-dessus), nouvel opus d’un Denis Côté qu’on connut plus inspiré, dessert une intrigue dans laquelle un homme se bat au sens propre avec sa conscience, qui interfère stricto sensu avec sa peu passionnante vie affective. Marivaudage maniéré, empreint d’un fantastique artificiel, le film demeure monolithique et ennuyeux du début à la fin. Trop faible pour une compétition berlinoise dont le démarrage est, on l’aura compris, très moyen dans son ensemble.

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11/02/2016

Berlinale 2016: "Hail, Caesar!" en ouverture, un choix judicieux

hail-caesar-hero.jpgNe pas se fier aux apparences. Jamais. La grimace de George Clooney déguisé en romain ne signifie pas que Hail, Caesar ! est un drame ni qu’il se rattache au peplum par le genre. Les frères Coen replongent ici dans le Hollywood des années 50, monde de studios et de personnages hauts en couleur, d’intrigues vicieuses et de caprices factices, de stars prisonnières de leurs costumes – de cowboys ou de sirènes, c’est selon – et de films qui se décident dans l’ombre et en coulisses. Tout s’articule autour d’un personnage de producteur, un certain Eddie Mannix que joue Josh Brolin, et se présente comme une succession de séquences dont l’enchaînement va à rebours de la continuité usuelle de ce type de productions. L’ensemble est drôle et pas toujours anecdotique, truffé de références sans qu’on ait forcément besoin de les (re)connaître, semé de fausses pistes dans lesquelles il est conseillé de se perdre. En cela, cette vision d’Hollywood n’est pas juste affaire de sujet ou de thématique. Elle est aussi purement formelle, nous rappelant le modèle labyrinthique que devient parfois cette Mecque du cinéma dominée par l’art du faux et du vraisemblable. Sélectionner Hail, Caesar ! en ouverture de cette 66e Berlinale n’était absolument pas risqué. Mais le choix était judicieux. Le film pétille intelligemment, dispense bonne humeur et réflexion sans contradiction, nous rappelant que Hollywood sait aussi sacrément inspirer les auteurs lorsqu’ils le désirent.

Hail, Caesar ! sera à l’affiche en salles dès le 17 février.

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