15/02/2017

Berlin 2017 : Deneuve vieillit décidément de mieux en mieux

sage-femme.jpgCes regards vers un hors-champ prometteur n'indiquent pas forcément la complicité mais ne la contredisent pas non plus. Catherine Deneuve et Catherine Frot, tandem inédit et paradoxalement désassorti dans Sage-femme, ce film de Martin Provost qui semble écrit pour les deux comédiennes. Rien de très transcendant: des dialogues ciselés, des situations passant du rire aux larmes, un récit solide, et une Deneuve qui vieillit de mieux en mieux. Rien de transcendant mais un exemple de bon film sachant éviter la qualité française à tout prix et possédant une justesse de ton permettant d'aborder les thèmes les plus graves avec cette légèreté désormais nécessaire. Et non, je ne vous ferai pas l'affront de résumer ce film qui sort très bientôt (en mars).


kaurismaki.jpgCe regard vers un autre hors-champ paraît plus inquiétant, et en tout cas plus morose. Cadrages et éclairages savants pour un personnage - peut-être un réfugié, et peut-être même un réfugié syrien - qui semble en partance ou en attente. Khaled (Sherwan Haji) est l'un des héros des deux histoires convergentes du dernier film d'Aki Kaurismäki, Toivon tuolla puolen, qui devrait être traduit par L'Autre Côté de l'espoir. Rien de surprenant de la part du plus célèbre des cinéastes finlandais: un regard décalé, un surréalisme en adéquation avec une thématique sociale actuelle, une mise en scène aussi soignée que minimaliste et un casting d'habitués (pour la plupart) des autres films de l'auteur. Il a été acheté en Suisse, donc vous le découvrirez au cours de l'année.

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14/02/2017

Berlin 2017 - Sabu, l'Asiatique qui attend son heure

sabu.jpgNe dirait-on pas un père et son fils? Impression déjouée par le sous-titre, qui indique que les deux ne se connaissent pas (vraiment). Pourtant, ce thème du rapprochement filial finit par l'emporter dans le séduisant Mr. Long de Sabu, qui débute comme un film d'action violent et sanglant avant de s'achever pratiquement sur un air de mélo tire-larmes. Les transitions sont habiles, les personnages identifiables, et l'ensemble possède une cohésion graphique qui s'ancre autant dans la tradition du cinéma asiatique que dans le classicisme hollywoodien. Davantage connu dans les festivals (et surtout à Berlin) qu'en dehors, Sabu pourrait enfin prendre un envol mérité grâce à ce Mr. Long qui pourtant payait peu de mine sur le papier.


nachte.jpgCette fois, on ne dirait pas forcément un père et son fils. Tel est pourtant le cas dans Helle Nächte, film centré sur leur rapprochement au cours d'un voyage en Norvège après un enterrement. L'aspect méditatif l'emporte dans des plans souvent silencieux, dont un très long plan-séquence sur une route, depuis une voiture traversant des contrées embrumées où les vestiges de civilisation se font rares. Le dépouillement, pour ne pas dire le dénuement, impose sa loi extrinsèque sans exclure l'émotion. Helle Nächte, de l'Allemand Thomas Arslan, ne révolutionnera pas le cinéma d'auteur européen, mais il instille sa grammaire intimiste sans se la jouer grand philosophe.


the-party.jpgEt puis voici quatre personnages, ou acteurs, en quête d'auteur. La pose est volontairement théâtrale dans ce vaudeville qui se termine mal, règlement de comptes au cours d'une party qui dégénère. Pas toujours inspirée, Sally Potter donne ici dans la facilité, convoquant les rires du public sous une esthétique noir et blanc gratuite. Bien ciselés par de brillants comédiens, les dialogues fusent et font ricochet. Tout cela a le mérite d'être très court (71 minutes) et de donner un coup de fouet salutaire entre deux productions plus cérébrales. En revanche, The Party - rien à voir avec le chef d'oeuvre de Blake Edwards - est loin d'être le métrage le plus essentiel de cette 67e Berlinale.

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12/02/2017

Berlin 2017 - Une actrice transgenre et la haine viscérale des chasseurs

una-mujer-fantástica.jpgLa voici, l'héroïne d'Una mujer fantastica, le nouveau film de Sebastian Lelio, acclamé ici en 2013 avec Gloria. Une actrice transgenre qui s'appelle Daniela Vega et va se retrouver au coeur d'un drame à plusieurs niveaux - tout commence par un malaise qui nous conduit directement à l'hôpital - multipliant les interrogations sur l'identité. C'est terriblement bien amené et raconté, sans aucune scène inutile, surprenant de bout en bout. Evitant tous les écueils, tous les pièges de son scénario, le cinéaste chilien assume une sûreté narrative qui s'affirme d'un film à l'autre. Ne pas le distinguer au palmarès de la Berlinale pourrait relever, à ce niveau-là, de la pure injure.

spoor.jpgChangement de décor. Nous sommes ici en pleine forêt, du moins les trois quarts du temps. Des morts mystérieuses, une femme retirée dans sa maison, un amour des animaux qui vire à l'obsession, une haine viscérale des chasseurs. Singulier décor pour un film aux allures de thriller qui marque aussi le retour d'Agnieszka Holland aux affaires, c'est-à-dire au cinéma, plus précisément au grand écran. Les ambitions sont là, mais le résultat demeure par instants foutraque, pas assez tenu. Tiré d'un roman, divisé en chapitres, Pokot (Spoor) se veut subversif, la peinture d'une réalité anarchique et volontiers étrange. Certes, mais...

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