19/05/2016

Cannes, Jour 9: Xavier Dolan orchestre une symphonie

dolan.jpegUn cinéaste et ses acteurs, ici Gaspard Ulliel et Marion Cotillard autour de Xavier Dolan durant le tournage de son film. Icone d’un cinéma d’auteur moderne et trendy, pop et souvent gonflé, le jeune Québecois prend visiblement goût au bain cannois, puisque c’est la cinquième fois qu’il y vient, et la deuxième en compétition. Adaptant une pièce de Jean-Luc Lagarce, Juste la fin du monde, quasi huis-clos crépusculaire constitué presque uniquement de gros plans, Dolan ne cache ni ses ambitions ni un penchant pour les audaces formelles. Comme Resnais avec Mélo, qui était tiré d’une pièce de Bernstein, il assume la théâtralité de l’exercice en la soulignant, en la surlignant. Formellement, son film a le profil d’une symphonie traversée par quelques fulgurances qui viennent trouer une fiction basée sur les tensions, les révélations et la mort. L’intrigue ? Un jeune homme qui retourne dans son village natal pour annoncer à sa famille qu’il va devoir les quitter (mourir). L’intimisme vire à l’universalité, le drame se pare de fractures multiples. C’est beau et complexe à la fois, tendu et généreux. On en parle pour la Palme. Mais on parle beaucoup à Cannes. Alors on verra bien…

baccalaureat.jpegLa Palme, le Roumain Cristian Mungiu l’a quant à lui déjà remportée en 2007 pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours. Le revoici en quête du doublé dans un Bacalauréat qui a fait à nouveau sensation. Reconnaissons à l’auteur le goût des grands sujets, forts et profus, et des scénarios bien écrits. Remettant en question le thème de la transmission des valeurs, le cinéaste signe l’incroyable portrait d’un père face à sa fille. On la voit de dos ci-dessus lors d’un tapissage dans un commissariat. Mensonges et doutes, trahisons et compromissions constellent une intrigue parfaitement cimentée. Là aussi, on en parle pour la Palme. Mais (lire la fin du paragraphe précédent)…

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18/05/2016

Cannes, Jour 8: "Ma' Rosa" dans l'enfer de Manille

ma-rosa.jpgSeule dans Manille. Seule pour se sortir des griffes de policiers corrompus. Seule dans le bruit, la violence, le grouillement, l’étouffement véhiculaire et (in)humain. Seule avec sa famille, ses enfants, qui vont se saigner aux quatre veines pour l’en sortir et payer cette rançon absurde qu’on exige d’elle. En vendant leur corps, leur télévision, leur téléphone portable. Brillante Ma Mendoza dépeint comme toujours son pays de l’intérieur. Entre la violence insoutenable de Kinatay et le combat rural absurde de Lola, voici Ma’ Rosa, autre facette d’un monde gangrené par l’excès et le vice. Peinture saisissante, prenant souvent à la gorge, de la part d’un cinéaste qui a déjà participé plusieurs fois à la compétition cannoise. Et c'est formidable, on l'aura compris.

filledardenne.jpgLes Dardenne aussi, sont venus souvent à Cannes, y remportant même deux fois la Palme, pour Rosetta en 1999 et pour L’Enfant en 2005. Dans La Fille inconnue, ils dirigent pour la première fois Adèle Haenel (ci-dessus), dans le rôle d’une médecin généraliste prénommée Jenny. Scènes de consultations, quotidien d’un métier pas toujours facile. Et par-dessus tout ça, l’irruption d’une étrange affaire, la mort d’une jeune femme sans papiers tout près du cabinet de consultation. La victime ayant sonné à sa porte quelques heures avant de périr, Jenny mène son enquête pour tenter de l’identifier et de percer le mystère de sa mort. Le hic, c’est qu’on s’en fout un peu, que l’intrigue criminelle, tirée par les cheveux et caricaturale, finit par desservir le film dans son entier et qu’on se retrouve in fine face à un Dardenne en tous points mineur qui ne leur permettra pas, sauf erreur impardonnable du jury, de décrocher une troisième palme.

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Cannes, Jour 7: "Personal Shopper", une abstraction qui se mue en vertige

personal.jpgKristen Stewart chez Assayas. L’équation paraissait déjà improbable il y a deux ans avec Sils Maria. Elle apparaît pourtant comme une évidence aujourd’hui dans Personal Shopper. La comédienne révélée par Twilight est pour ainsi dire de chaque plan, supportant un récit retors où il est question de spiritisme, de grand luxe, de Victor Hugo, de crime guidé par textos et de mystères. Le film ne dévoile jamais tout et c’est tant mieux. Une mise en scène tenue et cadrée comme un suspense hitchcockien, une abstraction qui se mue en vertige pour une œuvre sifflée à Cannes, sans doute trop ambitieuse pour des esprits façonnés par le mainstream. L’un des meilleurs films d’Assayas. Je suis malheureusement l'un des seuls à le penser, visiblement.

julieta.jpgA contrario, Julieta est l’un des Almodovar les moins intéressants. Même si la plupart des thèmes obsédant l’auteur madrilène (ci-dessus avec deux de ses actrices) sont présents. Le rapport à la mère, les grandes figures de femmes, des intrications ambiguës entre passé et présent, des secrets mal digérés qui ressurgissent. Le tout parfaitement filmé, regroupant quelques comédiennes qui ne se contentent pas de réciter, et mis en images avec ces couleurs chatoyantes qui font plaisir à l’œil. Plus problématique, le film s’oublie rapidement et manque d’ambition comme de singularité. Formellement soigné mais trop passe-partout.

aquarius.jpegVoici enfin Sonia Braga, star brésilienne et héroïne d’Aquarius, film brésilien signé Kleber Mendonça Filho, probablement le cinéaste le moins connu de la compétition cannoise 2016. C’est l’histoire d’une sexagénaire, ancienne critique musicale, prise dans une guerre de voisinage et se lançant dans une croisade, seule ou presque, contre des promoteurs immobiliers sans scrupule. C’est le récit d’un combat qui sait tenir chaque instant en haleine, malgré les défauts d’un personnage souvent trop égoïste dans ses traits. C’est encore un film dont on parle aussi pour le palmarès final. De toute façon, à ce rythme, et si tous les longs-métrages cannois continuent à afficher une telle santé, il n’y aura jamais assez de place pour tout le monde.

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