13/05/2016

Cannes, Jour 3: fantaisie en "Loute" majeur

maloute.jpgCe chaste baiser entre un matelot et une jeune femme plus richement vêtue a l’air d’intriguer les deux personnages en noir et chapeau melon qui observent nos amoureux. Il devrait en être de même pour le spectateur découvrant Ma Loute, dernier opus de Bruno Dumont et film à peu près inracontable en l’état. Nous sommes en 1910, dans le nord, des personnes disparaissent mystérieusement, des pêcheurs aux mœurs particulières voisinent avec une famille de grands bourgeois décadents, et deux flics mènent ce qui ressemble de loin à une enquête. Depuis P’tit Quinquin, sa minisérie découverte à la Quinzaine des Réalisateurs il y a deux ans, Dumont a dit adieu au naturalisme mystique qui traversait ses premiers films. Place au burlesque et à la loufoquerie dans un opus traversé par la folie et habité par quelques comédiens connus qu’on découvre ci-contre en train de grimacer : Juliette Binoche, Fabrice Luchini et Valeria Bruni Tedeschi. maloute3.jpgEntre cannibalisme et lévitation, Ma Loute convoque quelques tropes fantastiques, déjoue la plupart de nos réflexes et nous emballe par son absurdité renouvelée. Courez-y !

Ma Loute est actuellement à l’affiche en salles.

 

 

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Et voici les personnages principaux de I, Daniel Blake, qui marque le retour de Ken Loach après l’annonce de sa retraite il y a deux ans. Dénonçant la rigidité absurde d’un système britannique aussi injuste qu’archaïque, le cinéaste préside à la rencontre d’un menuisier obligé de demander des aides sociales suite à des soucis cardiaques avec une mère célibataire forcée de déménager à plus de 450 km. de sa ville natale. Laissés pour compte et victimes s’entraident dans un récit fondé sur la solidarité et l’humanisme, renouant avec la vague intimiste sociale qui était celle de Loach à ses débuts. Cette simplicité s’avère payante et le film séduit à la fois par son minimalisme sensible, tactile, que par les qualités d’interprètes de comédiens inconnus, ici Dave Johns et Hayley Squires.

Et allez hop, encore une image de Ma Loute, histoire de saliver:

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12/05/2016

Cannes, Jour 2: Guiraudie ou le goût de la désobéissance

vertical.jpgQu'est-ce qui relie ces trois personnages de Rester vertical d’Alain Guiraudie, inclassable nouvel opus d’un cinéaste aux marges de la francité usuelle ? Une certaine inertie au monde, des attitudes de rébellion transitant par d’autres chemins que ceux de la psychologie, et une présence qu’aucune altérité ne semble pouvoir mettre à mal. Entre conte et drame social, le film se fraie un chemin dans un no man’s land où l’imaginaire s’invite dans le réalisme. Désarçonnant dans le bon sens du terme, étrange jusque dans ses détails, Rester vertical est un film qui n’aime pas obéir, ni aux régles ni aux réflexes. Tant mieux, c’est ce qu’on cherche à Cannes.

sieranevada.jpgQu’est-ce qui relie ces trois personnages de Sieranevada de Cristi Puiu ? Un repas et des discussions. Sauf qu’on ne mange presque jamais dans ce film de près de trois heures, et qu’on y parle en effet énormément. Plus précisément, on s’engueule, on règle ses comptes et on lave son linge sale en famille, dans un mouvement constant qui définit ce style en plans séquences et cette manière d’embrasser l’espace dont le cinéaste roumain procède. Naturaliste et artificiel à la fois. Une comédie humaine qui a ses limites et qui lorgne du côté de Festen de Vinterberg sans tenter de hiérarchiser une galerie de portraits plus saisissants qu’attendrissants.

money.jpgQu’est-ce qui relie Julia Roberts aux deux techniciens qui officient à ses côtés en cabine dans Money Monster de Jodie Foster, le seul des trois films de ce billet à figurer hors compétition ? Un contexte analogue, celui des coulisses d’une émission de télévision, et un sentiment d’inquiétude réelle lorsqu’ils assistent à la prise d’otage en direct de l’animateur vedette du show. Moins efficace que la série 24 heures chrono, plus moralisateur que Network de Sidney Lumet, ce thriller manque d’âme et d’assurance. Et George Clooney, dans le rôle de l’animateur pris en otage, est au service minimum. Le film permettait une belle montée des marches – Foster, Roberts, Clooney -, et c’est la seule raison valable expliquant sa sélection cannoise.

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11/05/2016

Cannes, Jour 1: la prévisible petite musique de Woody Allen

cafe-society.jpgQuatorzième sélection cannoise hors compétition. Troisième ouverture officielle. Woody Allen fait partie des meubles. D’un film à l’autre, il ne bronche guère. Café Society, c’est la tranquillité, le classicisme, la nostalgie et cette petite musique, si possible du jazz, que le cinéaste new yorkais injecte invariablement dans chaque métrage. Le voici avec deux de ses comédiens, Jesse Eisenberg et Kristen Stewart. Regards croisés, verres de vin à la main, ambiance printanière. La photo de tournage, sans doute posée, ne raconte pas le film. Soit l’histoire d’un coursier oeuvrant dans cet Hollywood des années 30 correspondant à un certain âge d’or. Ou l’histoire d’un jeune homme rencontrant l’amour. Ou encore l’histoire d’un monde contenant bien d’autres histoires. D’une digression l’autre, Café Society compose, comme son titre l’indique, une microsociété. Le regard est bienveillant, attendri, doux et bon à la fois. On l’aurait préféré corrosif, décapant ou tout simplement plus critique. Mais le film reste paresseux dans ce qu’il démontre. Retranché derrière son impeccable maîtrise formelle et sa propre voix off, Allen délivre sa copie sans prendre aucun risque. Depuis une vingtaine d’années, il fait à près toujours le même film. C’est le principe d’un auteur, me direz-vous. A raison. Sauf que lui en devient trop prévisible. Presque lisse. Conforme et sans mystère. Est-ce cela, vieillir ? Non. C’est même l’inverse. Regardez John Huston ou Manoel de Oliveira, qui ont tourné jusqu’à leur dernier souffle en continuant à surprendre. Woody Allen, lui, se tasse. Même si son prochain film risque une fois de plus de se retrouver à Cannes, hors compétition, en 2017 ou 2018.

Café Society est actuellement à l’affiche en salles.

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