23/11/2014

Dans "Foolish Wives", la suggestion de la démesure

foolish-wives.jpgErich von Stroheim penché sur une femme. Maude George, vraisemblablement, actrice qui ne fit pas une carrière phénoménale, puisqu'elle disparut des écrans dès l'avènement du parlant. Vêtu en officier, comme presque toujours, Stroheim semble attentionné, veillant sur le sommeil de la jeune femme affalée, posant une couverture sur son corps nu (ou supposé tel). Mais les intentions de l'homme pourraient très bien être machiavéliques sans qu'on puisse le deviner. La jeune femme a en revanche une pose alanguie et son maquillage - lèvres et paupières - accentue la blancheur d'une peau cadavérique. Histoire de nous rappeler que la mort n'est jamais très loin dans les films de Stroheim. D'ailleurs, pour mieux nous l'indiquer, une croix se dessine nettement dans l'encadrement de la fenêtre, en haut à gauche. Le décor, lui, ne ressemble à rien. C'est-à-dire à rien d'aisément identifiable. Des couvertures, un mur de pierre comme surgi d'une grotte, une fenêtre et des habits qui paraissent pendre au-dessus de la jeune femme. La perspective elle-même a l'air biaisée, fausse, pas du tout réaliste.

Sans être symptomatique du cinéma de Stroheim - il manque ici l'idée de la démesure, même si les proportions la suggèrent -, ce plan de Foolish Wives, justement parce qu'il ne ressemble à rien (d'identifiable au premier coup d'oeil), définit malgré lui l'univers d'un cinéaste qui ne signa que des films hors du commun, baignant dans l'outrance et la folie, défiant ainsi cet Hollywood des années 20 qui se cherchait encore. Tourné en 1921, sorti en 1922, Foolish Wives (traduit par Folies de femmes lors de son exploitation française) aurait dû être un film de six heures. Les producteurs de la Universal le réduisirent à une version d'un peu moins de deux heures. Semblable destin attendrait toutes les autres réalisations de Stroheim.

Foolish Wives sera projeté le lundi 24 novembre à 20 heures à l'auditorium Arditi, dans le cadre du cycle "Du muet à Maddin" proposé par le Ciné-club universitaire.

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02/11/2014

"The Wind", le muet à son apogée

the-wind-8.jpgEn 1928, le muet agonise, menacé par l'arrivée imminente du parlant. Considéré comme le premier film parlant de l'histoire du cinéma, The Jazz Singer d'Alan Crosland, avec Al Jolson grimé en noir, est sorti l'année précédente. Les salles de cinéma tentent de s'adapter et la transition se fera parfois dans la douleur. Pourtant, l'art muet est alors à son apogée. Les réalisateurs atteignent une maîtrise de leur art, et surtout de leur écriture, maîtrise palpable dans la plupart des productions sorties à ce moment-là, et ceci dans le monde entier. C'est le cas de The Wind (Le Vent), l'un des ultimes films de Victor Sjöström (1879 - 1960), cinéaste suédois parti à Hollywood en 1924 sur la demande de Louis B. Mayer, grand patron de la MGM.

Sur l'image ci-dessus, on reconnaît bien sûr la grande Lillian Gish (1893 - 1993) dans un gros plan mettant en valeur sa richesse expressive. Le regard halluciné, les yeux exorbités, mais sans exagération, elle traduit un sentiment de peur et d'effroi. Effroi que le film ne cesse d'amplifier. La jeune héroïne doit y lutter à la fois contre les hommes et contre les éléments (en l'occurrence le vent qu'annonce le titre). Sa main agrippe son visage, dans un geste désespéré mais ferme. Autour d'elle, l'obscurité guette et envahit l'espace, créant un fond uni qui peut s'apparenter à du dénuement. Le hors-champ prend tout son sens, désignant clairement une menace que la jeune femme découvre avant le spectateur. Influencée aussi bien par l'expressionnisme allemand que par la gestuelle des divas du muet italien (les Lyda Borelli ou Francesca Bertini), Lillian Gish a parfaitement digéré les leçons de Griffith - comparable à The Wind, Way Down East (A travers l'orage) est sorti huit ans plus tôt - et sait tirer parti au maximum de la caméra comme de l'orientation de son regard.

The Wind, comme la plupart des dernières grosses productions muettes, sera un échec. Il est à juste titre considéré aujourd'hui comme l'un des plus grands films des années 20.

The Wind sera projeté le lundi 3 novembre à 20 heures à l'auditorium Arditi, dans le cadre du cycle "Du muet à Maddin" proposé par le Ciné-club universitaire.

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