30/12/2014

"A Dog's Life": quand Charlot recueillait un chiot

dog'slife.jpgAvec Lassie, Beethoven, les 101 dalmatiens et quelques autres, ce chien est l'un des plus célèbres de l'histoire du cinéma. Il a un nom. Scraps. Ce qui peut signifier "restes". Et c'est ainsi qu'on peut l'identifier sur cette image où tout appelle la pauvreté et la saleté. Comme une chose abandonnée, parmi d'autres "restes", des chaussures usées jusqu'à la semelle, des boîtes de conserve, des bris de vase et de la poussière, il dort, tel un roi. Jusqu'au moment où Charlot passera par là et le recueillera. Notons sur ce photogramme l'ouverture ou fermeture à l'iris caractéristique des muets et visibles aux quatre coins de l'image.

A Dog's Life (Une vie de chien) a été tourné début 1918 et c'est le premier film de Charlie Chaplin en tant que producteur. Après avoir débuté aux studios Keystone en 1913, il rejoint la Essanay l'année suivante, puis la Mutual en 1916, avant de finalement signer à la First National. Par contrat, il doit réaliser huit films contre un million de dollars (pour une estimation actuelle, multiplier ce montant par 34). C'est donc avec A Dog's Life qu'il y débute. Le film sort le 14 avril 1918, dure environ 33 minutes (il s'agit d'un "three reels", trois bobines, l'un des formats standard de l'époque) et rapporta un million de dollars.

En 1959, la United Artists réunit trois des courts-métrages de Chaplin sous le titre The Chaplin Revue (La Revue de Charlot): A Dog's Life, Shoulder Arms (Charlot soldat) et The Pilgrim (Le Pèlerin), qui dure environ une heure.

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The Chaplin Revue est actuellement programmé aux Cinémas du Grütli, dans le cadre du cycle "Centenaire de Charlot".

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23/12/2014

Dans "The Kid", Charlot ne faisait plus seulement rire

the-kid.jpegCe repas est fruste. La pauvreté s'affiche dans chaque recoin de l'image. Charlot y découpe des pancakes avec un air extrêmement sérieux et concentré. Jackie Coogan le regarde faire avec une expression de crainte mêlée d'envie. Chaque geste compte dans ce qui semble être un dîner d'importance capitale. Le plan est par ailleurs aussi simple que parfaitement composé. Chaque élément y occupe une place précise et le champ de la caméra n'en laisse aucun hors de vue. Seul Charlot possède des services (couteau et fourchette) et aucun verre n'est visible. Une tasse, une boîte de conserve et une théière sont les uniques récipients visibles sur cette image.

Succès mondial de 1921, The Kid est une date charnière dans la carrière de Charlie Chaplin. Car le film nous apprenait qu'en plus de savoir faire rire, le clown pouvait aussi faire pleurer. Son intrigue demeure d'une pureté inégalable et en même temps d'une simplicité désarmante. Le vagabond Charlot, recueillant un enfant abandonné par sa mère, s'attache au gosse comme s'il s'agissait de son propre fils. Jusqu'au jour où sa vraie mère, devenue riche, désire le retrouver. Chronique sociale de l'Amérique des années 20, mélodrame bouleversant de tendresse, The Kid n'a jamais pris une seule ride. Il est le film le plus célèbre tourné par Jackie Coogan (1914 - 1984), qui avait sept ans au moment du tournage.

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The Kid est actuellement programmé aux Cinéma du Grütli, dans le cadre du cycle "Centenaire de Charlot".

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23/11/2014

Dans "Foolish Wives", la suggestion de la démesure

foolish-wives.jpgErich von Stroheim penché sur une femme. Maude George, vraisemblablement, actrice qui ne fit pas une carrière phénoménale, puisqu'elle disparut des écrans dès l'avènement du parlant. Vêtu en officier, comme presque toujours, Stroheim semble attentionné, veillant sur le sommeil de la jeune femme affalée, posant une couverture sur son corps nu (ou supposé tel). Mais les intentions de l'homme pourraient très bien être machiavéliques sans qu'on puisse le deviner. La jeune femme a en revanche une pose alanguie et son maquillage - lèvres et paupières - accentue la blancheur d'une peau cadavérique. Histoire de nous rappeler que la mort n'est jamais très loin dans les films de Stroheim. D'ailleurs, pour mieux nous l'indiquer, une croix se dessine nettement dans l'encadrement de la fenêtre, en haut à gauche. Le décor, lui, ne ressemble à rien. C'est-à-dire à rien d'aisément identifiable. Des couvertures, un mur de pierre comme surgi d'une grotte, une fenêtre et des habits qui paraissent pendre au-dessus de la jeune femme. La perspective elle-même a l'air biaisée, fausse, pas du tout réaliste.

Sans être symptomatique du cinéma de Stroheim - il manque ici l'idée de la démesure, même si les proportions la suggèrent -, ce plan de Foolish Wives, justement parce qu'il ne ressemble à rien (d'identifiable au premier coup d'oeil), définit malgré lui l'univers d'un cinéaste qui ne signa que des films hors du commun, baignant dans l'outrance et la folie, défiant ainsi cet Hollywood des années 20 qui se cherchait encore. Tourné en 1921, sorti en 1922, Foolish Wives (traduit par Folies de femmes lors de son exploitation française) aurait dû être un film de six heures. Les producteurs de la Universal le réduisirent à une version d'un peu moins de deux heures. Semblable destin attendrait toutes les autres réalisations de Stroheim.

Foolish Wives sera projeté le lundi 24 novembre à 20 heures à l'auditorium Arditi, dans le cadre du cycle "Du muet à Maddin" proposé par le Ciné-club universitaire.

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