Cinéma muet - Page 3

  • Ombres et lumière dans le "Faust" de Murnau

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    faust.jpgLe personnage qui se tient au centre de cette image occupe presque toute la pièce où il se trouve. Est-il trop grand ou ladite pièce trop basse de plafond, trop petite? Ou s'agit-il simplement d'un effet de perspective? Il tient une petite boîte entre ses mains et observe de côté avec un air méfiant et dur. Lui, c'est Faust, incarné par cet immense comédien que fut Emil Jannings. Adossé à lui, une statue se trouve nichée dans le mur. Et en face de lui, au-dessus d'un meuble du style commode, un reflet de lumière découpe un rectangle imparfait. La même source de lumière éclaire le meuble obliquement. Ce jeu d'ombres et de lumière est essentiel dans ce plan, comme dans tout le film de Murnau. Il crée même un espace propre au film, une sorte de dimension parallèle aux influences picturales - Rembrandt, Georges de La Tour, pour ne citer qu'eux - constantes.

    Il suggère également une dualité basique, entre bien et mal, tout comme une relecture des codes esthétiques de l'époque, y compris ceux de l'expressionnisme allemand. Nous sommes en 1926, presque à la fin du muet, et celui-ci parvient enfin à s'imposer comme art à part entière, dépassant le strict cadre illustratif qu'il proposait dans sa préhistoire pour devenir un langage en soi et traduire en signes palpables les obsessions poétiques de ses auteurs. Murnau au sommet? Oui. Mais cela dit, Murnau n'est jamais ailleurs qu'au sommet, dans toutes ses réalisations. Sur Faust, une légende allemande, on relira avec intérêt l'essai d'Eric Rohmer, L'organisation de l'espace dans le Faust de Murnau, éditions Cahiers du Cinéma.

    Faust de F.W. Murnau sera projeté dimanche 25 janvier à 17 heures au Victoria-Hall, avec improvisations à l'orgue de Wolfgang Seifen, dans le cadre des Concerts du dimanche de la Ville de Genève. Pour les billets, cliquer ici.

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  • Dans "Les Temps modernes", la manducation se perd

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    modernes.jpgLorsqu'un repas ressemble à une séquence de torture. La nuque et les bras de Charlot enserrés dans une sorte de machine en forme de carcan, un épi de maïs embroché par un ustensile d'apparence barbare, et une structure métallique, à droite, sur laquelle est fixée un objet ressemblant à une demi-lune. Bizarrement, l'assiette de soupe et le dessert à la crème posés sur la table sont les seuls objets à peu près normaux sur cette image. Mais ils ne vont pas tarder à être eux aussi sacrifiés par la modernité annoncée par le titre.

    Les Temps modernes (Modern Times) est sorti en 1936 et demeure aujourd'hui l'un des films les plus célèbres de Charlie Chaplin. Il est encore en partie muet mais contient plusieurs scènes parlantes, dont la fameuse et inénarrable séquence de la chanson charabia, durant laquelle Charlot improvise un sabir incompréhensible sur l'air de Je cherche après Titine (écrite par Léo Daniderff en 1917). Le fait que Les Temps modernes soit tourné en partie comme un film muet alors que nous sommes en 1936 et que le parlant a déjà conquis les écrans du monde entier aurait pu être un sérieux handicap à sa commercialisation. Il n'en fut rien, et la popularité du film fut aussi instantanée que durable.

    Les Temps modernes (Modern Times) passe en ce moment aux Cinémas du Grütli, dans le cadre du cycle "Centenaire de Charlot".

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  • "A Dog's Life": quand Charlot recueillait un chiot

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    dog'slife.jpgAvec Lassie, Beethoven, les 101 dalmatiens et quelques autres, ce chien est l'un des plus célèbres de l'histoire du cinéma. Il a un nom. Scraps. Ce qui peut signifier "restes". Et c'est ainsi qu'on peut l'identifier sur cette image où tout appelle la pauvreté et la saleté. Comme une chose abandonnée, parmi d'autres "restes", des chaussures usées jusqu'à la semelle, des boîtes de conserve, des bris de vase et de la poussière, il dort, tel un roi. Jusqu'au moment où Charlot passera par là et le recueillera. Notons sur ce photogramme l'ouverture ou fermeture à l'iris caractéristique des muets et visibles aux quatre coins de l'image.

    A Dog's Life (Une vie de chien) a été tourné début 1918 et c'est le premier film de Charlie Chaplin en tant que producteur. Après avoir débuté aux studios Keystone en 1913, il rejoint la Essanay l'année suivante, puis la Mutual en 1916, avant de finalement signer à la First National. Par contrat, il doit réaliser huit films contre un million de dollars (pour une estimation actuelle, multiplier ce montant par 34). C'est donc avec A Dog's Life qu'il y débute. Le film sort le 14 avril 1918, dure environ 33 minutes (il s'agit d'un "three reels", trois bobines, l'un des formats standard de l'époque) et rapporta un million de dollars.

    En 1959, la United Artists réunit trois des courts-métrages de Chaplin sous le titre The Chaplin Revue (La Revue de Charlot): A Dog's Life, Shoulder Arms (Charlot soldat) et The Pilgrim (Le Pèlerin), qui dure environ une heure.

    dog's2.jpg

    The Chaplin Revue est actuellement programmé aux Cinémas du Grütli, dans le cadre du cycle "Centenaire de Charlot".

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