13/08/2015

Locarno 2015: "O Futebol", regard décalé sur le Mondial 2014

futebol.jpgDans ce fast-food de São Paulo, employés et clients sautent de joie. L'équipe du Brésil vient de marquer, nous sommes au début du Mondial 2014, et la Seleção n'a pas encore subi la déculottée historique que l'Allemagne lui infligera quelques jours plus tard en demi-finale. Le plan est large, puisqu'il cadre aussi bien le fast-food que l'entrée du parking juste à côté. Dans le restaurant, deux écrans de télévision laissent deviner le butteur (probablement Neymar, même si j'ai un doute) exprimant son bonheur devant la caméra. O Futebol, de Sergio Oksman, est un projet documentaire née d'une idée singulière. Un père et son fils (le réalisateur), qui ne se sont pas revus depuis vingt ans, décident de passer près d'un mois ensemble à São Paulo et de regarder les matchs du Mondial tous les deux, comme ils l'ont toujours fait.

Le rythme du film, comme son montage, suivent ainsi le calendrier des rencontres, selon un principe très libre de journal intime. Il n'est pas toujours question de football dans ce film, et d'ailleurs le réel va s'inviter dans l'histoire de manière inattendue, mais on y décèle malgré tout une vision historique que corroborent la présence d'images d'archives (des films 8 mm sortis de leurs boîtes) et d'objets liés au passé (tel ce catalogue d'images autocollantes de 1974 qu'on feuillette vers le début). Carnet de notes à la première personne, O Futebol nous fait revivre des souvenirs footballistiques récents selon un point de vue curieux et décalé. Forcément intéressant. D'une durée de 68 minutes, ce long-métrage est en compétition à Locarno.

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12/08/2015

Locarno 2015: "Tikkun", l'émergence d'un auteur

tikkun.jpgRigueur du cadrage, géométrie du plan. Incongruité des éléments en présence - un rabbin, un cheval -, dosage des lumières. Séquence nocturne, noir et blanc éclatant, surréalisme de façade, report des ombres et des perspectives. La beauté plastique de Tikkun, de l'Israélien Avishai Sivan, n'est pas la seule de ses qualités. D'un portrait serré d'un jeune intellectuel ultraorthodoxe, le cinéaste tire une méditation sur la foi, la croyance et la mort. L'ascétisme des plans suffit à poser/imposer l'ambiance du film. Le parti-pris, radical dans sa durée - les coupes sont millimétrées à la seconde près -, ne rime jamais avec ennui. Tikkun est l'une des grosses surprises de la compétition locarnaise 2015. Peut-on parler de l'émergence d'un auteur, d'un sens du cinéma qui puise ses racines aussi bien chez Amos Gitaï que chez Samuel Fuller? Je l'ignore, mais j'ose la comparaison. Il y a dans Tikkun une maîtrise formelle qui finit par se traduire en terme d'émotions. Un tracé rectiligne qui tend vers l'épure sans que cette stylisation ne se transforme en aridité. Il serait fort étonnant que le jury ne prime pas un objet aussi hypnotique et fascinant. Mais avec les jurés des festivals, on ne sait jamais.

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10/08/2015

Locarno 2015: "Te quiero anarquia", des corps et du sang

anarquia.jpgUne fille, deux garçons, quelques possibilités. Les deux garçons sont amants, et le premier couche également avec la fille, mais la sexualité n'est pourtant pas le thème de Te prometo anarquia, du Mexicain Julio Hernandez Cordon. Sur cette image très stylisée - cadrage en contre plongée, position des corps étudiée, tendance à la provocation assumée -, c'est le rouge qui domine. Ce n'est pas forcément un hasard. Le film traite d'un trafic coutumier au Mexique, celui du sang et, par extension, du trafic des donneurs de sang. Une réalité effroyable, violente, que le film ne raconte pas, mais dont il montre les retombées sur les destins de nos deux héros. La stylisation à l'oeuvre dans le plan ci-dessus - la séquence se situe au tout début du film - ne reflète pas vraiment l'ensemble, au-delà d'une dominance de couleur dont l'évocation métaphorique est évidente. Âpre, naturaliste, dur, mais aussi tendre et poétique, Te prometo anarquia cerne deux personnages dans leurs trajectoires rompues, deux destins qui bifurquent sans en avoir conscience. C'est aussi un film qui ne juge pas ses héros, et c'est précisément pour cela qu'on s'y attache. Te prometo anarquia est en compétition au festival de Locarno.

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