09/08/2015

Locarno 2015: un instantané sur le "Cosmos" de Zulawski

cosmos.jpgComme il a l'air calme, sur cette photo de plateau, Andrzej Zulawski, ici avec trois des comédiens de son film, dont Jonathan Genet, le premier sur la gauche, personnage principal de Cosmos. Sérieux, concentré, presque austère. Contraste saisissant avec le film lui-même. Bouillonnant, traversé par la folie, l'outrance, la démesure et le surréalisme. Mais sans cette hystérie prompte à donner la migraine qui était à l'oeuvre dans L'Amour braque ou dans Mes nuits sont plus belles que vos jours. Cosmos, conte surréel en forme de thriller métaphysique, polar absurde en forme de fantasmagorie, film du retour, aussi, Zulawski n'ayant rien tourné depuis quinze ans, depuis La Fidélité (2000). Une oeuvre composant avec l'irrespect et l'irrévérence, opus de tous les possibles, avec une Sabine Azéma au bord de la démence, un Jean-François Balmer d'une drôlerie sans limites, un Johan Libéreau parfaitement ambigu. Les meilleurs films sont ceux qui échappent à toute définition, à toute tentative de classification, ceux qui défient l'analyse et la raison, sans chercher à plaire à tout prix. Il y a de tout cela dans ce Cosmos où l'on a aimé se perdre, parce que, comme son titre l'indique, il englobe la totalité de l'univers. Le film est en compétition au festival de Locarno, je le rappelle.

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07/08/2015

Locarno 2015: la Piazza s'ouvre à l'histoire allemande et à la boxe

staat.jpgEternel retour de l'histoire allemande contemporaine. Telle la traque des criminels du Troisième Reich. Dans Der Staat gegen Fritz Bauer, un procureur localise Adolf Eichmann à Buenos Aires et n'a de cesse d'exiger son extradition. Le film raconte son combat. Les deux comédiens principaux du film, Burghat Klaussner et Ronald Zehrfeld (sur cette image), incarnent respectivement Bauer et Karl Angermann, un autre procureur qui l'aide dans sa mission. Le classicisme du cadre et de la reconstitution qu'on y décèle traduisent bien celui du film. Signé Lars Kraume, Der Staat gegen Fritz Bauer conjugue cette rigueur à un formatage usuel servant d'assise à un récit aussi plaisant qu'instructif. Travail soigné, relecture de faits historiques majeurs, le film jure pourtant un peu avec le cadre d'une Piazza Grande pas toujours réceptive à ce type de productions. Je persiste pourtant à croire qu'il s'agit là d'un excellent choix.

southpaw.jpgEn seconde partie de soirée vendredi, Southpaw d'Antoine Fuqua (La Rage au ventre en français) est un film de boxe tout à fait classique dans son genre. Gloire, déchéance et résurrection d'un champion incarné avec une belle conviction par l'un des meilleurs acteurs américains actuels, Jake Gyllenhaal (sur cette image). Rien de transcendant à l'arrivée, mais un spectacle solide et musclé qui ne dépare pas dans le paysage locarnais.

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"James White", "La Belle Saison", coups de coeur locarnais

JAMES-WHITE-facebook.jpgUne mère et son fils. La progression de la maladie et l'angoisse causée par ses ravages. Le jeune homme, vingt ans, s'appelle James White et donne son titre au film. Il est un peu borderline, fragile, perturbé, se cherche et erre sans trop savoir ce qu'il peut attendre de la vie. En parallèle, sa mère lutte contre un cancer qui la consume à petit feu. L'histoire s'étend sur environ cinq mois, en grande partie à New York. Josh Mond filme ses personnages en plan rapproché, presque toujours. L'intimisme s'impose, le style rappelle celui de Hal Hartley, autre peintre d'un naturalisme déjà hérité de Cassavetes. Ces personnages, on s'attache curieusement à eux. Le film respire avec eux, près d'eux, dans une sorte de mouvement des corps et de l'âme qu'on voudrait retenir avant que la vie ne s'en évade. Un très bon film indépendant révélé cette année à Sundance. James White, premier titre du concours locarnais, et métrage qu'on aimerait retrouver au palmarès.

bellesaison.jpgUne mère et la copine de sa fille. L'improbable rencontre entre deux réalités censées s'ignorer. Conservatisme contre liberté? Oui, mais ce n'est pas si simple, pas si schématique. Dans La Belle Saison, projeté sur la Piazza Grande, Catherine Corsini dépeint une histoire d'amour entre deux femmes dans cette France de 1971 dans laquelle les femmes se réveillent et manifestent pour leurs droits. MLF, passion, protestations, vie paysanne, traditions, frénésie parisienne et rituels provinciaux. Les images glorifient les corps, la nature et les sentiments. Tout semble fluide et naturel, presque trop beau pour être vrai. Perfection de la direction d'acteurs - Cécile de France, Izïa Higelin, Noémie Lvovsky, Ken Azaïs -, justesse du regard, pudeur du traitement. Corsini n'est jamais aussi convaincante que lorsqu'elle raconte une histoire proche d'elle. Sortie en salles le 19 août.

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