03/03/2015

Alba et Alice au pays des "Meraviglie"

meraviglie.jpgQuatre femmes en quête de hors-champ. Les regards des personnages convergent ici tous vers un point unique. Les mains des trois femmes - deux fillettes, une adulte - qui se trouvent le plus près de nous sont toutes occupées, on ne sait trop par quoi, réponse que la vision du film procure. A notre gauche, donc à leur droite, des motifs en forme de demi-cercles (en regardant plus attentivement, on verra qu'il s'agit en fait de demi-ovales) se combinent sur le mur, mais ils sont partiellement effacés. Il y en a quatre, comme s'il s'agissait de suggérer une symétrie avec le quatuor central. Le pas de porte où se déroule cette scène n'appartient pas à une maison moderne, et la rusticité domine l'ensemble, ce qu'accentuent encore les vêtements portés par les femmes, qui font plutôt pauvres (encore que ce genre d'impressions soient souvent mises à mal au cinéma). Néanmoins, le rouge et le jaune qu'elles revêtent sont plutôt éclatants et attirent l'oeil.

On reconnaît la comédienne Alba Rohrwacher, en quatrième position, sur ce plan tiré des Meraviglie (Les Merveilles). Réalisé par sa soeur, Alice Rohrwacher, ce film surprise de la compétition cannoise 2014, coproduit par la Suisse, parle aussi bien des oppositions entre deux mondes que tout sépare, celui de la vie rurale d'une famille d'apiculteurs, et l'univers plus pailleté mais tout aussi fragile de la téléréalité. Des contrastes qui ne fournissent pas la matière à une critique, mais au contraire à une possible jonction entre les extrêmes. La pertinence du trait, la justesse du portrait, au-delà de certaines maladresses scénaristiques, et la fermeté de la signature, qui compose avec le réalisme sans se laisser déborder par la rugosité, augurent d'une écriture singulière dont attestait déjà en 2011 un premier film passé quasi inaperçu, Corpo celeste. On suivra donc attentivement cette jeune cinéaste de 33 ans.

Le Meraviglie est actuellement à l'affiche en salles.

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01/03/2015

"Charlie's Country", un monde sauvage et serein

charlie_gulpilil.jpgLa vie dans le bush ne ressemble pas forcément à un dépliant touristique. Pourtant, rien de particulièrement frappant dans cette image, sinon qu'elle suggère un certain exotisme avec une sorte d'évidence naturelle et sereine. Au centre de la photo, le comédien David Gulpilil, acteur australien d'origine aborigène connu pour avoir joué dans plusieurs grosses productions, américaines ou autres, comme The Last Wave, L'Etoffe des héros ou Crocodile Dundee. On remarque un lézard, peut-être un varan, accroché à son épaule gauche. Derrière lui, un jeune enfant torse nu qui semble l'imiter, ne serait-ce que parce qu'il tient lui aussi dans ses mains un bâton qui ressemble in fine à une lance. Les herbes de la savane sont hautes, mais pas sauvages, et le ciel est dégagé.

Dans Charlie's Country, Rolf de Heer, cinéaste australien d'origine néerlandaise connu pour plusieurs films remarqués à Cannes, tels La Chambre tranquille ou Dance Me to My Song, oppose deux modes de vie, deux civilisations, deux formes de culture. Il raconte aussi l'histoire d'un homme qui ne trouve pas ses repères dans le monde et finit par retourner dans la nature pour retrouver la liberté. Ce n'est pas la première fois que de Heer travaille avec Gulpilil, qui a coécrit le scénario de ce film. Il l'avait déjà dirigé en 2002 dans l'inédit The Tracker avant de lui confier en 2006 la narration off de Ten Canoes (sorti sous le titre 10 canoës, 150 lances et 3 épouses), oeuvre déroutante qui mêle le conte au reportage. Sous certains aspects, Charlie's Country se rapproche ainsi pour son acteur d'un autoportrait. Un film subtil et discret qui s'abstient de nous faire la leçon.

Charlie's Country passe en ce moment aux cinémas du Grütli dans le cadre du FIFDH.

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03/02/2015

"Turist": on vous avait pourtant bien dit d'éviter les sports d'hiver

turist4.jpgL'hiver, les vacanciers sont horribles. Affublés de doudounes aux couleurs criardes et de lunettes ridicules, harnachés comme des esclaves, feignant la joie de vivre, regroupés en troupeaux créant l'illusion d'une cellule familiale, ils n'ont strictement rien pour eux, parents comme enfants. Regardez les sourire bêtement sur cette image, pour bien montrer leur bonheur d'être au ski et de savourer cette montagne qu'ils ne sont même pas fichus de regarder en face.

Tourist1.jpgOu alors si, mais depuis la terrasse d'un restaurant. Terrasse, extérieur, grand air. Là aussi, il y a une certaine idée des sports d'hivers, idée réduite à un cliché, voire à une imitation. Oui, des éboulements de neige surviennent de l'autre côté de leur barrière. Mais eux ne risquent rien. Ils peuvent continuer à contempler le paysage, tranquillement assis devant leurs bières et leur plat du jour, et pour certains à photographier ce que de toute façon ils ne voient pas.

Turist2.jpgMais la nature, comme la montagne, n'aime pas les touristes. Et elle entend bien le leur prouver. L'avalanche surgit et cette fois, les sourires font place à de la peur. Les personnages crient et prennent la fuite pendant que la neige gagne du terrain et risque de les ensevelir à jamais. Tout cela se passe au début de Turist, le film de Ruben Östlund (flanqué d'un titre "français" imbécile, Snow Therapy). Le calme puis la destruction. L'unité familiale puis son explosion. L'amour puis sa négation. Voilà ce que filme ce cinéaste suédois, à l'origine réalisateur de films sur le ski (nul n'est parfait). Intense, déchirant, lucide, un peu méchant (pas assez), parfois drôle mais au final fort réussi.

Turist est actuellement à l'affiche en salles.

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