31/10/2014

"Leviathan", un hiératisme qui ne rassure pas

leviathan.jpgCette image est tirée de la bande-annonce de Leviathan. Elle s'adresse de toute évidence à un public spécialisé, voire cinéphile. "Après Le Retour", peut-on lire en lettres capitales. Le Retour était le premier film d'Andreï Zviaguintsev, celui qui avait fait connaître le cinéaste russe en 2003, et qui lui valut cette année-là le Lion d'or à la Mostra de Venise. Juste après dans la bande-annonce, on pourra lire "Et Elena". Qui est son troisième film, montré à Cannes en 2012. En revanche, pas de mention du Bannissement, son second long-métrage, et celui aussi qui a le moins marché. Malgré la cinéphilie assumée du trailer, la logique commerciale continue donc à prévaloir.

Mais hormis son texte, cette image présente un hiératisme à la fois imposant et épuré, du reste très symptomatique du cinéma de Zviaguintsev. Une statue y fait face à deux automobiles, dont une en train de se garer. Sur le bâtiment au centre, on voit une horloge. Il est environ midi moins dix. Plusieurs pylônes se détachent. Deux sur la droite et un à gauche. Ils ont l'air de respecter une certaine symétrie mais on ne sait pas trop leur utilité. Il fait beau, le ciel est bleu clair, dégagé et peu nuageux, et la nature n'est pas loin, comme le signalent les arbres qui se trouvent à l'arrière-plan. La présence de deux sapins, du côté de la statue, forme une manière de rime avec cet embryon de forêt. Mais ce qui frappe, c'est bien sûr l'absence de personnages, même si on devine quelqu'un dans la voiture qui se gare. Ce vide demeure très graphique, mais aussi, de par les surfaces qui se dégagent dans l'ensemble - hauteur et solennité du bâtiment comme de la statue, propreté du sol et dénuement général des lieux -, presque effrayant. On ignore ce qui va se jouer là, mais quelle que soit la réponse, elle ne rassure pas. La vision du film le confirme.

Leviathan est actuellement à l'affiche en salles.

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27/10/2014

Dans "Saint Laurent", un regard vide qui en dit long

stlaurent.jpgLoin des défilés et des ateliers de couture, Yves Saint Laurent a le regard vide. L'air las, entre dandysme et indifférence au monde, le comédien Gaspard Ulliel tient une cigarette dans sa main droite. Celle-ci est presque consumée. Pull à col roulé gris-blanc, veste brune nonchalamment posée par dessus, l'ensemble pourrait jurer. Sur n'importe qui d'autre, cela relèverait de la faute de goût. Pas ici. La barbe naissante, les cheveux longs, coiffés proprement, signalent une négligence savamment entretenue. A l'arrière-plan, un décor nu, presque froid, avec une pile de livres de luxe à droite et des rideaux à gauche. Cette image ne sent pas la reconstitution foisonnante, elle n'a rien de clinquant. Mais l'acteur donne la mesure du film. Imitation, mimétisme, ressemblance? Il y a forcément de ça dans l'interprétation d'Ulliel qui, on ne le répétera jamais assez, est Yves Saint Laurent plus qu'il ne le joue dans le film de Bonello. La tranquillité du plan, qui a presque l'air volé, comme si Ulliel se relaxait entre deux prises, est évidemment trompeuse. Sa composition est même stricte affaire de mise en scène. Mais sa neutralité est remarquable.

Saint Laurent est actuellement à l'affiche en salles

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25/10/2014

"Mommy", une affaire de cadrage

mommy2.jpgMère et fils dans le même plan. Mais la première masque partiellement le second. Soit une possible métaphore d'un film dans lequel la relation mère-fils transite par différentes phases - et l'étouffement en est une. Les deux personnages - une Anne Dorval radieuse derrière ses lunettes noires et un Antoine-Olivier Pilon visiblement plus neutre, offrant presque l'image d'un enfant sage - regardent un point situé hors-champ et se trouvent ici devant une grille derrière laquelle on découvre un cimetière. L'herbe y est très verte et les tombes se détachent nettement à l'arrière-plan. Comme s'il s'agissait aussi de souligner que les protagonistes de Mommy se trouvent bien dans la vie et, au fond, qu'ils défient la mort. Impression renforcée par la blancheur d'un ciel neutre mais pas écrasant. Du côté des accessoires, le fils paraît chargé avec ses deux sacs qui occupent un bon quart de l'image, alors que la mère, là aussi, voyage léger avec un petit sac blanc savamment placé autour de sa taille. Voilà qui renforce ce constat d'étouffement dont je parlais au début. On sait que dans le dernier Xavier Dolan, les cadrages ont une place très importante, le film changeant même plusieurs fois de format en cours de route. La composition des plans semble elle aussi répondre à une logique identique. L'apparente décontraction de ce plan, d'un naturalisme discret, mais sans doute très composé, l'atteste indéniablement.

Mommy est actuellement à l'affiche en salles.

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