03/01/2016

Tout le monde aimait Michel Delpech


On a tous en nous quelque chose de Michel Delpech. La formule est bateau, elle n’en est pas moins vraie. Depuis l’annonce de son décès - peu surprenant, on le savait hélas condamné – samedi soir, les hommages pleuvent par centaines. Vieux et jeunes, connus et anonymes, classes populaires et intellos bobos, tous se réclament de Delpech. Même ceux, peu nombreux, qui ne l’aimaient pas, pauvres zélateurs de ce bon goût qu’ils pensaient le leur. Kyrielle de tubes, refrains enchâssés dans les mémoires, faces B fécondes, extraits d’émissions des années 70 – Guy Lux, Danièle Gilbert, les Carpentier -, pseudo clips aux effets d’incrustations approximatifs (but who cares ?), souvenirs de routes départementales, boueuses si affinités, de brumes matinales, de départs vers l’inconnu (tel ce Jean-Pierre dans la chanson que j’ai choisie ci-dessus), de doubles consonnes féminines, Marianne ou Laurette, d’une France des seventies plus pop et plus marrante, peut-être parce que c’est celle qui accompagna, pour partie d’entre nous, nos adolescences. Qu’il soit heureux ou dépressif, au faîte du succès ou en train de s’éteindre (d’un cancer), Michel Delpech disait les choses. En chansons, dans des livres, en interviews. Il ne cachait rien, ni de son divorce éprouvant, ni de ses années d’excès – sexe, drogue et hit-parades -, ni de sa lutte contre le mal. Cette sincérité, c’est la clé de son œuvre. Le public, les gens, n’aiment pas qu’on leur mente. Delpech ne mentait pas. Il chantait Bombay, l’ile de Wight ou la France profonde, les rues ensoleillées ou les drames avec la même authenticité, la même ferveur, qu’on peut bien appeler populaire, tant le terme lui sied. Tout cela sur des mélodies que le temps n’a pas usées, même si les succès des premières années restent les plus forts, les plus persistants dans nos oreilles. Delpech, c’est un héritage de bonheur, de nostalgie – même s’il n’est nul besoin de la brandir – et de joies quotidiennes où parfois s’invitent quelques nuages plus sombres. Il en fut peu des chanteurs comme lui. Joe Dassin, certainement, pour n’en citer qu’un. Tout le monde aimait Michel Delpech. RIP.

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06/10/2015

Adieu à Chantal Akerman...

akerman.jpgCette femme qui s'éloigne de nous, silhouette filmée de dos, longiligne, une veste brune sur les épaules. Cette femme qui semble marquer un temps d'arrêt entre plusieurs directions suggérées par le panneau indicateur qu'on voit au centre. Gauche ou droite, on ne sait trop, dans un instant, cette silhouette sera happée dans un hors-champ inaccessible et laissera notre regard errer sur ce quai de gare désert. L'arrivée d'un train à l'arrière-plan - et je ne sais pourquoi, cette locomotive me rappelle ce film des origines, L'Arrivée d'un train en gare de La Ciotat des frères Lumière, qui effraya tant les premiers spectateurs de l'histoire - signale pourtant une activité qui ne stoppe jamais. Un flux continu, un va-et-vient incessant symptomatique de tous ces lieux où les voyageurs circulent et se croisent sans jamais s'arrêter. Sauf que là, tout est vide. La symétrie parfaite de l'image appelle l'infini, dans un trompe l'oeil élégant et épuré que rien ne semble vouloir perturber. C'est à l'infini que les lignes parallèles - à l'instar de celles formées par des rails de train - sont censées se rejoindre, du moins dans la géométrie non euclidienne. Mais le cinéma n'en a cure, et ici, les parallèles s'incurvent avant de se dérober à la vue. Arrivées, départ, apparitions, disparitions, les gares restent ces lieux de tous les possibles, réservoirs fictionnels qui inspirèrent si souvent les cinéastes. Revoyons la séquence de fin cruelle et désenchantée d'Un revenant de Christian-Jaque, les rencontres fortuites scellant deux destins dans Brève rencontre de David Lean ou dans Before Sunrise de Richard Linklater, le point culminant et mélodramatique de Station terminus de Vittorio De Sica, et je n'irai pas plus loin. Il y a toujours, lorsqu'on imagine ou qu'on filme une séquence dans une gare, l'idée sous-jacente mais obsessionnelle de séparation, d'adieux plus ou moins définitifs. Ce plan n'y fait pas exception. En quittant le champ, Anna, car c'est le nom de son héroïne, jouée par Aurore Clément, nous dit en somme adieu.

Cette image est tirée des Rendez-vous d'Anna, de Chantal Akerman. Ce lundi 5 octobre, la cinéaste a décidé de quitter ce monde. Elle avait 65 ans.

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31/08/2015

Wes Craven, l'horreur transgressive

craven.jpgLa violence était âpre et réaliste, brutale et dérangeante, au point de générer un certain malaise que le naturalisme de la mise en scène, fauchée, et le grain de la pellicule, non perceptible ici, ne cessaient d'amplifier. Réalisé en 1972, The Last House on the Left (La Dernière Maison sur la gauche) est le premier film réalisé par Wes Craven. Il fit date et école, et marque un jalon dans un cinéma d'horreur transgressif qui ne s'était pas encore tout à fait émancipé des zones du bis. Premiers pas d'un cinéaste qui, avec notamment Tobe Hooper et William Lustig, allait fortement imprimer un genre. De Wes Craven, on (c'est-à-dire le grand public) connaît davantage ces franchises que sont Scream et la série des Freddy, qu'il ne signa pas tous. Soit des déclinaisons d'une horreur plus standard, dans la norme de cette représentation de l'effroi qui s'assimile parfois, à tort, à un cinéma pour ados. A l'exception de son exploitation vidéo, The Last House on the Left, remaké par Dennis Iliadis en 2009, reste un film relativement peu vu et ses diffusions en salles peu fréquentes. Dans ce premier film, Craven avait mis son âme. Il nous a quittés dimanche, à l'âge de 76 ans.

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