11/01/2016

Bowie, ce corps qui venait d'ailleurs

bowie.jpgUne photogénie impeccable. Sans doute le plus bel extraterrestre que le cinéma ait jamais enfanté. Filmer quelqu’un, homme ou femme, l’éclairer, le mettre en scène, c’est d’abord faire le choix d’un corps, d’une enveloppe, d’une présence, voire d’une âme lorsque c’est possible. Dans The Man Who Fell to Earth (L’Homme qui venait d’ailleurs, 1976, de Nicolas Roeg), Bowie était ce corps. Cette présence au-delà du réel que son statut de rock star semblait contredire. Cette enveloppe qui allait s’incarner le temps d’un rôle qui serait boudé par son public. Le cinéma, il y reviendrait pourtant périodiquement. Officier prussien dans le maudit Just a Gigolo de David Hemmings. Vampire immortel dans le glacial Les Prédateurs de Tony Scott. Officier détenu dans un camp japonais en 1942 dans le radical Furyo d’Oshima. Roi des Gobelins dans le décoratif Labyrinthe de Jim Henson. Ponce Pilate dans le décrié La Dernière Tentation du Christ de Scorsese. Andy Warhol himself dans le respectueux Basquiat de Julian Schnabel. Aucun de ces choix n’a l’air innocent. Parmi la petite vingtaine de films qu’il ait accepté, David Bowie semblait toujours privilégier les rôles lui permettant d’investir d’autres identités, d’autres corps, d’autres ego. Au cinéma, il n’était surtout pas lui-même. Et en même temps, cette accumulation, ce travestissement, c’était lui aussi. Irréductible et paradoxal. Bowie apparaît pour la dernière fois dans un film en 2008. Dans Bandslam de Todd Graff, fiction musicale dont je n’ai aucun souvenir (et pour cause, ne l’ayant jamais vue). La bande-son inclut un standard du Velvet, Femme fatale, et l’un de ses tubes de 1974, Rebel Rebel. Dans ce film, il tient son propre rôle (probablement durant quelques minutes). Et sans le savoir encore, dit adieu au cinéma.

Pour tout le reste, je laisse la parole aux spécialistes musicaux.

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07/01/2016

Le sourire d'Yves Vincent s'est effacé

vincent.jpgLes dépêches parues ce jour ne retiennent, semble-t-il, que ses apparitions dans plusieurs volets des Gendarme, où il incarnait le colonel, supérieur hiérarchique de de Funès et Galabru. Mais Yves Vincent fut pourtant un des comédiens les plus prometteurs du cinéma français des années 40. Il fait ses débuts à la fin de la guerre et apparaît dans bon nombre de films, dont La Foire aux chimères de Pierre Chenal, pour ne citer que l'un des plus renommés. Des artisans diversement inspirés le dirigent successivement. Parmi ceux-ci, André Berthomieu, André Hunebelle, Henri Diamant-Berger ou Richard Pottier, autant de noms évocateurs de souvenirs divers et variés dans nos mémoires cinéphiles. La carrière d'Yves Vincent s'oriente ensuite vers la comédie - il donne plusieurs fois la réplique à Louis de Funès, et notamment, en plus de quelques Gendarme (photo ci-dessous), dans Hibernatus - puis se diversifie au théâtre et à la télévision, où il retrouve un second souffle. En 2013, il avait publié ses mémoires sous le titre Voulez-vous en sourire avec moi?, y évoquant la cinquantaine de films dans lesquels il s'était illustré et des partenaires aussi célèbres que Brigitte Bardot, Edwige Feuillère ou encore Ingrid Bergman. Il eut comme épouses successives la speakerine Jacqueline Huet et la comédienne (genevoise) Nelly Borgeaud, que j'ai récemment mise à l'honneur dans un de mes "Né(e) un" qui paraissent sur Facebook et Twitter pour ceux qui m'y suivent (#autopromo). Yves Vincent était né en Haute-Savoie, à Thônes, le 5 août 1921. Il est décédé mercredi 6 janvier à l'âge de 94 ans.

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06/01/2016

Silvana Pampanini, la "Belle de Rome", n'est plus

pampanini.jpgDans l'immédiat après-guerre, elle fut l'une des étoiles du cinéma italien. Juste avant que Sophia ou Gina ne s'imposent et envahissent à leur tour les écrans. Silvana Pampanini, Miss Italie en 1946, avait fait ses débuts sur pellicule dans la foulée, dans des films dont on ne sait quasiment rien, comédies musicales ou comédies tout court tombées dans l'oubli. Sa filmographie fut prolifique mais modeste en titres importants. On la vit dans un Zampa (Les Coupables en 1952), un Comencini (La Belle de Rome en 1955), chez Carmine Gallone, Giuseppe De Santis, Mario Mattoli, Carlo Ludovico Bragaglia, Steno, Pietro Francisci, Mario Soldati, Pietro Germi, Giorgio Simonelli, et autres artisans d'un cinéma transalpin qui vaut souvent mieux que les rivages populaires dans lesquelles l'histoire l'a ensuite confiné. Vedette importante des années 50, surnommée Nini Pampan (sic) en France, Silvana Pampanini eut aussi les photographes, qu'on n'appelait pas encore paparazzi, aux trousses. Ses idylles avec le prince Ahmad Shah Zaher, puis avec le roi Farouk, occupèrent quelques unes des hebdomadaires de l'époque. Jean Gabin, Marcello Mastroianni, Buster Keaton et Totò furent aussi ses partenaires, mais uniquement à l'écran. Puis un jour, tout s'arrêta. A la fin des années 50, Silvana Pampanini décide d'arrêter le cinéma. Pour faire autre chose. Un peu de radio, un peu de télévision, beaucoup de mondanités. Dès 1966, elle ne s'occupe plus que de ses parents. Et cela jusqu'à leur mort. Nommée grand officier de l'Ordre du Mérite de la république italienne en 2003, Silvana Pampanini est décédée le 6 janvier à Rome, dans le quartier où elle était née. Elle avait 90 ans.

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