20/04/2015

Richard Anthony, un train et mille adaptations

richard-anthony.jpgSur la pochette du premier 45 tours de Richard Anthony, ce Rock'n'Richard paru en 1958, ce qui fait du chanteur l'un des pionniers du rock à la française avant Johnny (avec Claude Piron, Danyel Gérard et Henri Salvador pour le versant parodique), on peut lire, au verso, qu'il est le premier à avoir eu l'envie d'adapter en français, pour les jeunes, des refrains que la jeunesse américaine fredonne en tapant dans ses mains. Ce sont ici Suzie Darling de Robin Luke, Stupid Cupid de Connie Francis (souvent occultée par la solide cover qu'en fera Wanda Jackson trois ans plus tard) qui devient Betty Baby, You Are my Destiny de Paul Anka (traduite littéralement par Tu m'étais destinée), et Peggy Sue de Buddy Holly, qui se retrouvent donc adaptés en français. Le public ne suit guère, le disque se vend moyennement - d'où sa rareté et sa cote aujourd'hui. Mais il fixe l'amour de son interprète pour l'adaptation française. Presque une profession de foi, en l'occurrence.

Ce n'est que quatre ans plus tard, même s'il adapte notamment dans l'intervalle Three Cool Cats des Coasters (Nouvelle vague), Dream Lover de Bobby Darin (idem), You Talk too much de Joe Jones (Tu parles trop), Let's Twist Again de Chubby Checker (idem), Hit the Road, Jack de Ray Charles (Fiche le camp, Jack), Unchain My Heart du même Ray Charles (Délivre-moi) et His Latest Flame d'Elvis Presley (Sa grande passion), qu'il accédera à la gloire grâce à J'entends siffler le train, reprise d'une balade country d'Hedy West, 500 Miles. Un énorme tube qui donnera à son interprète un statut un peu à part dans le phénomène yéyé, dont il est l'une des idoles au masculin avec entre autres Johnny, Dick, Eddy, Vic (Laurens) et Dany (Logan).

Par la suite, la carrière de Richard Anthony sera essentiellement marquée par les adaptations. Il y en a tellement que toutes les citer serait terriblement fastidieux, mais mentionnons Desafinado d'Antonio Carlos Jobim (non, Anthony ne puise pas que dans le répertoire américain), It's My Party de Lesley Gore (décédée en février), Blowin' in the Wind de Bob Dylan, I Only Want to Be with You de Dusty Springfield, Il Mio Mondo d'Umberto Bindi, sans omettre Le Concerto d'Aranjuez de Joaquin Rodrigo, composé à l'origine en 1939 et dont Anthony fera un énorme succès dans sa version française d'Aranjuez, mon amour. Les années 70 et 80 ne sont pas en reste. Lily the Pink du groupe The Scaffold devient Le Sirop typhon, In the Year 2525 de Zager & Evans L'An 2005, Lady d'Arbanville de Cat Stevens Señora la dueña, All by Myself (bien avant de devenir un hit pour Céline) d'Eric Carmen Je n'ai que toi, et Memory de Barbra Streisand (chanson tirée de la comédie musicale Cats) Minuit. Même l'énorme succès du groupe zurichois Die Minstrels, ce Gruezi wohl, Frau Stirnimaa! de 1969 que vous avez forcément entendu un jour ou l'autre, a droit à sa version française par Anthony sous le titre Bien l'bonjour.

Pour terminer, voici deux liens. Sa reprise en français du hit de Bobby Hebb, Sunny, dont il existe plusieurs centaines de covers.


Et, plus curieux, une chanson écrite pour Julio Iglesias en 1977 mais que ce dernier n'enregistrera que quatre ans plus tard, en 1981, sous le titre de Viens m'embrasser. Anthony en livre avant lui une très belle version, et à mon sens bien meilleure, même si moins connue que celle d'Iglesias, sous le titre Embrasse-moi.


Richard Anthony est décédé dans la nuit de dimanche à lundi à l'âge de 77 ans. RIP.

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08/03/2015

Albert Maysles nous a quittés

salesman.jpgCette photo montre le tournage de Salesman, édifiant et génial documentaire en noir et blanc sur le quotidien laborieux de représentants en bibles faisant du porte à porte pour vendre leurs livres. Sorti en 1969, cosigné par Charlotte Zwerin, il demeure sans doute l'un des films les plus célèbres des frères Maysles, Albert et David, qu'on peut à juste titre considérer comme les pères (avec quelques autres comme D.A. Pennebaker) de ce qu'on a appelé le cinéma direct il y a un peu plus de cinquante ans. Leur filmographie est très étendue. Ils filmèrent entre autres les Beatles, les Rolling Stones (dans le célèbre Gimme Shelter), Orson Welles et Marlon Brando.

Mais aussi Edith Ewing Bouvier Beale et sa fille, respectivement tante et cousine de Jacqueline Kennedy-Onassis, dans Grey Gardens en 1975. Titre qui renvoie à la demeure incroyable où vivaient ces deux femmes, au sein d'une végétation sauvage et entourées d'une dizaine de chats. Un film hallucinant qui fait partie des documentaires qu'il faut absolument avoir vu. Sur certaines éditions DVD, on peut même découvrir The Beales of Grey Gardens, montage d'autres rushes finalisé en 2006. David Maysles est décédé en 1987 à New York à l'âge de 55 ans. Son frère Abert Maysles l'a rejoint le 5 mars dernier. Il avait 88 ans.

maysles.jpg

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12/01/2015

Anita Ekberg en route pour l'éternité

dolce.jpgOn ne sait trop pourquoi, certaines séquences ou répliques marquent la mémoire collective d'une empreinte si indélébile qu'elles finissent par posséder leur existence propre, indépendamment de l'oeuvre dont elles sont tirées. La séquence du bain de minuit dans la fontaine de Trevi de La Dolce Vita en fait partie. Anita Ekberg et Marcello Mastroianni y font route pour l'éternité. Derrière la caméra, Federico Fellini les dirige. Ce dernier nous a quittés en 1993. Mastroianni en 1996. Quant à Anita Ekberg, elle les a rejoints ce week end, dimanche matin, à l'âge de 83 ans.

Sur cette image, on voit le cinéaste régler l'un des plans de la fameuse séquence, qu'on suppose compliquée à mettre en boîte. Interaction avec le réel, en plein coeur de Rome, tournage de nuit, problème de température. Des planches supportant un rail pour travellings ont été posées au-dessus de l'eau. Fellini s'y tient accroupi, les mains jointes, vêtu d'un manteau et coiffé d'un chapeau (signe qu'il devait faire plutôt froid) aux côtés de trois techniciens, alors qu'on devine le gros de l'équipe technique à quelques mètres derrière eux.

Au cinéma, les photos de plateau ont ceci de particulier qu'elles ne déflorent en rien la mythologie d'une oeuvre dont elles montrent pourtant l'envers du décor. D'autant plus chez Fellini où le cinéma et sa fabrication ne cessent jamais de s'inviter dans la fiction, tels des perturbateurs aux accents pirandelliens. Et d'autant plus dans ce plan de La Dolce Vita où absolument tout fait sens. L'eau de la fontaine, le monument lui-même, la robe noire d'Anita Ekberg et, bien sûr, la pose langoureuse de cette dernière, à jamais immortelle.

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