01/02/2016

Ils nous ont quittés en janvier 2016

Leïla.jpgC’est l’une des nouveautés de mon blog pour cette année. Un rappel mensuel de la plupart des décès qui ont touché la culture, et en particulier le cinéma. On le sait, ce mois de janvier fut particulièrement meurtrier. J’espère n’avoir omis personne mais il y a sans doute des oublis. Si vous en voyez d’importants, merci de me le signaler. Le cas échéant, vous pouvez cliquer sur les noms (liens actifs en jaune) de ceux auxquels j’ai consacré un billet afin de le lire. En photo ci-dessus, la plus jeune des disparu(e)s de ce mois, Leila Alaoui.

Leila ALAOUI, photographe et vidéaste franco-marocaine (10 juillet 1982 – 18 janvier 2016).

René ANGELIL, agent artistique canadien (16 janvier 1942 – 14 janvier 2016).

BLACK, auteur-compositeur-interprète britannique (26 mai 1962 – 26 janvier 2016).

BLOWFLY, auteur et compositeur américain (14 février 1939 - 17 janvier 2016).

Pierre BOULEZ, compositeur et chef d’orchestre français (26 mars 1925 – 5 janvier 2016).

David BOWIE, musicien et chanteur britannique (8 janvier 1947 – 10 janvier 2016).

Gil CARAMAN, chanteur suisse (3 décembre 1940 – 4 janvier 2016).

Edmonde CHARLES-ROUX, femme de lettres française (17 avril 1920 – 20 janvier 2016).

Franco CITTI, acteur italien (23 avril 1935 – 14 janvier 2016).

Otis CLAY, chanteur américain (11 février 1942 - 8 janvier 2016).

André COURREGES, couturier français (9 mars 1923 – 7 janvier 2016).

Marie DAEMS, actrice française (27 janvier 1928 – 21 janvier 2016).

Robert DARENE, acteur et réalisateur français (10 janvier 1914 – 15 janvier 2016).

Michel DELPECH, auteur-compositeur-interprète français (26 janvier 1946 – 2 janvier 2016).

Denise DUVAL, artiste lyrique française (23 octobre 1921 – 25 janvier 2016).

Glenn FREY, musicien et chanteur américain (6 novembre 1948 – 18 janvier 2016).

Michel GALABRU, acteur français (27 octobre 1922 – 4 janvier 2016).

Hubert GIRAUD, parolier et compositeur français (28 février 1920 – 16 janvier 2016).

Giorgio GOMELSKY, réalisateur et impresario suisse (28 février 1934 – 13 janvier 2016).

Gottfried HONEGGER, artiste et collectionneur suisse (12 juin 1917 – 17 janvier 2016).

Paul KANTNER, musicien et chanteur américain (17 mars 1941 – 28 janvier 2016).

Thierry LE COQ, chanteur français (14 janvier 1965 – 14 janvier 2016).

Ruth LEUWERIK, actrice allemande (23 avril 1924 – 12 janvier 2016).

Silvana PAMPANINI, actrice italienne (25 septembre 1925 – 6 janvier 2016).

Alan RICKMAN, acteur britannique (21 février 1946 – 14 janvier 2016).

Jacques RIVETTE, réalisateur français (1er mars 1928 – 29 janvier 2016).

Ettore SCOLA, réalisateur et scénariste italien (10 mai 1931 – 19 janvier 2016).

Robert STIGWOOD, producteur australien (16 avril 1934 – 4 janvier 2016).

Michel TOURNIER, écrivain français (19 décembre 1924 – 18 janvier 2016).

Yves VINCENT, acteur et écrivain français (5 août 1921 – 6 janvier 2016).

Vilmos ZSIGMOND, chef opérateur américain (16 juin 1930 – 1er janvier 2016).

 

PS: Merci à Hélène Richard-Favre pour les suggestions d'ajouts.

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29/01/2016

Jacques Rivette, le vertige de l'infini

outinfini.jpgEntre deux miroirs, l’image de Bulle Ogier, démultipliée, se propage à l’infini et tend vers le néant, c’est mathématiquement démontrable. Il y avait chez Rivette ce goût pour l’infini, qu’il savait sans doute inexistant dans la nature ou l’univers. Ce goût de l’infini jusqu’au vertige. Films fleuve – et surtout Out 1 : Noli me tangere, dont les deux images de ce billet sont tirées, et ses impossibles 12 heures 40 - ; œuvres totales, de La Belle Noiseuse à L’Amour fou (quatre heures chacun), du diptyque Jeanne la pucelle (deux fois trois heures) à cette adaptation ramassée de Wuthering Heights, Hurlevent ; de métrages extrêmes aux limites de l’expérimentation à des films plus calmes, plus standards également, tels tous ceux de la fin. Le goût du jeu, aussi, des constructions alambiquées. Paris vu comme un vaste terrain où convergent tous les possibles - et c'est bien normal, puisque Paris nous appartient -, des personnages qui apparaissent, disparaissent et réapparaissent. Un amour pour Balzac, maintes fois adapté et transformé, comédie humaine et feuilleton, anachronismes et entassement. Rivette se résumait difficilement, le cinéma de Rivette était et demeure inépuisable, résultante d’une cinéphilie acharnée, boulimique – Rivette allait voir tout ce qui sortait à Paris, sans exception, et disait qu’il fallait tout voir -, la seule possible sans doute, et d’un sens de l’engagement qui remontait à la fin des années 50, l’époque des Cahiers du cinéma, du rejet du classicisme plan plan – adieu Delannoy, Decoin ou Grangier – et de la naissance de nouvelles formes.

Nouveau langage, nouveau style, nouvelle écriture, nouveau mode de représentation. Nouvelle Vague, en somme, écrirait Françoise Giroud, sans deviner que le terme s’inscrirait dans l’Histoire. Rivette, dos tourné au système, cinéaste libre et déterminé, aimant autant l’improvisation que les cadrages les plus stricts. Ce plan de Jean-Pierre Léaud ci-dessous, devant une boutique de vieux objets dont le nom cisèle un paradoxe, Léaud loin de Truffaut mais nullement dépaysé, encadré par des rectangles de fenêtre se détachant de cette vitrine bigarrée, ce plan, donc, n’a pas été tourné à l’arrache, comme on dit parfois, mais d'évidence contrôlé à la virgule, contredisant le principe même d’un cinéma qui se passait pourtant allègrement de principes, du moins jusqu’à un certain point. Jacques Rivette nous a quittés ce 29 janvier à l’âge de 87 ans.

outhasard.jpgOut 1 – Noli me tangere sera projeté aux cinémas du Grutli du vendredi 5 au dimanche 7 février.

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26/01/2016

Claps de fin pour Robert Darène, Marie Daëms et Ruth Leuwerik

Capture d’écran 2016-01-26 à 21.42.52.pngil y a des noms et des visages qui résonnent moins que d’autres dans les mémoires des cinéphiles. Soit, de gauche à droite et de haut en bas, Robert Darène, Marie Daëms et Ruth Leuwerik. Pour eux aussi, ce mois de janvier fut fatal. Souvenons-nous d’eux une dernière fois.

Robert Darène, ancien élève de Louis Jouvet, après une carrière comme acteur dans quelques films des années 30, – je retiendrai Tout va très bien, madame la marquise de Henry Wulschleger (1936), dont on ne se souvient que de la chanson de Ray Ventura et ses Collégiens, Le Schpountz de Pagnol (1937), et surtout Orage de Marc Allégret (1938) – se décida à passer derrière la caméra. Mais sa filmographie n’est pas très étendue, une petite dizaine de films, dont un succès notable, Les Chiffonniers d’Emmaüs (1955), qui retrace les débuts de la communauté fondée par l’abbé Pierre et qu’on trouve en DVD aux éditions René Château. La Bigorne, caporal de France (1958) a parfois droit à des passages télé, sans doute à cause d’un casting regroupant François Périer, Jean Lefebvre, Jean Carmet et Robert Hirsch. Mais l’affaire n’est pas mémorable. Quant à Houla Houla (1959), véhicule pour Fernand Raynaud, il flirte déjà avec les zones sympathiques du nanar. Robert Darène signe son dernier film (La Cage) en 1962. Il est décédé le 15 janvier à 102 ans.

Marie Daëms fut une vedette très présente sur les écrans français des années 50. Etudes au cours Simon, puis début sur les planches, où elle fait connaissance de François Périer, qu’elle épouse, non sans avoir joué plus de mille fois ce gros succès du boulevard que fut Bobosse en sa compagnie. Le cinéma la courtise rapidement, mais sa filmographie ne comptera aucun véritable grand titre. Faudra-t-il redécouvrir un jour Mon phoque et elles de Pierre Billon (1951), Un trésor de femme de Jean Stelli (1953) ou Le Coin tranquille de Robert Vernay (1957), pour jauger du talent de Marie Daëms ? Je l’espère. Dans sa filmographie, on ne connaît guère, en effet, que L’Air de Paris de Marcel Carné (1954), qui valut à Gabin un prix à Venise cette année-là. Par la suite, Marie Daëms tournera moins, sans pourtant s’arrêter, puisqu’on a pu la revoir chez Gérard Oury, Michel Lang, Nicole Garcia, et même Patrice Chéreau, qui lui confiera un court mais très beau rôle dans le formidable Ceux qui m’aiment prendront le train en 1998. Cette année-là, le film représentait la France à Cannes et j’avais interviewé la comédienne Dominique Blanc. Juste avant l’entretien, une attachée de presse m’avait présenté Marie Daëms qui était en train de se faire maquiller pour la montée des marches. Je me rappelle d’une dame très concentrée, encore alerte, visiblement heureuse de se retrouver sélectionnée sur la Croisette. Ce sera l’une de ses dernières apparitions. Préférant l’anonymat, Marie Daëms était retombée dans l’oubli. Elle nous a quittés le 21 janvier à l’âge de 87 ans.

Ruth Leuwerik reste quant à elle rattachée à son rôle dans Die Trapp-Familie de Wolfgang Liebeneiner (1956), histoire d'une famille de chanteurs qui inspira, dit-on, la comédie musicale The Sound of Music. L’énorme succès du film en Allemagne vaut alors à son actrice une très grande popularité. Un second opus, Die Trapp-Familie in Amerika, sera même mis en boîte deux ans plus tard. Souvent associée au comédien Dieter Borsche, Ruth Leuwerik tournera dans près de quarante films jusqu’en 1977. Elle remportera cinq fois le Prix Bambi, qui récompense les personnalités préférées des lecteurs de Filmrevue. Si le magazine a disparu, le prix existe toujours. En 2010, Ruth Leuwerik inaugure son étoile sur le «Boulevard der Stars» à Berlin, tout près de la Potsdamer Platz. Toujours présente dans les médias allemands, elle était restée une star dans le cœur du public germanophone. Elle est décédée le 12 janvier à l’âge de 91 ans.

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