15/01/2016

Franco Citti, «Accattone» pour l’éternité

cittiaccatone.jpgAoût 1961. La Mostra de Venise découvre ce visage à la beauté brute, archétype d’une Italie populaire, prolétaire, ouvrière, très pauvre, celle-là même que le cinéma ne représente jamais, ou si peu. Le film s’appelle Accattone, il est réalisé par Pier Paolo Pasolini, et son comédien, Franco Citti, fait ses premiers pas devant une caméra. Repéré par le réalisateur, dans ces faubourgs romains où il aimait chasser garçons et figurants typés, il capte la lumière à merveille et incarne un personnage aux abois, symbole d’une démarche dont le cinéaste se fera le chantre jusqu’à son décès abrupt et tragique, le 2 novembre 1975. Franco Citti, acteur «à gueule» et comédien fétiche de Pasolini – on le revit dans Mamma Roma, Porcherie, Le Décaméron, Les Contes de Canterbury, Les Mille et une nuits -, est décédé jeudi à Rome à l’âge de 80 ans. Frère du réalisateur et scénariste Sergio Citti, Franco Citti sut aussi s’affranchir de la tutelle pasolinienne pour s’immerger dans d’autres univers. Chez Francis Ford Coppola, dans Le Parrain I et III; chez Valerio Zurlini, dans le rare Seduto alla sua destra; chez Fellini, dans Roma; chez Elio Petri, dans Todo modo; chez Bertolucci, dans La Luna; comme dans moult autres productions moins connues. Malade et retraité depuis une vingtaine d’années, il se battait avec l’administration italienne pour jouir d’une retraite plus confortable. C’est le comédien Ninetto Davoli, lui aussi révélé par Pasolini, qui a annoncé le décès de Franco Citti.

Revoici Franco Citti dans la séquence la plus connue d’Accattone, et, juste en dessous, dans un film de Paolo Heusch et Brunello Rondi, Una vita violenta.

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14/01/2016

La famille Harry Potter perd Alan Rickman

rickman.jpgChaque saga a ses méchants. Harry Potter avait Severus Rogue (Severus Snape en anglais), que jouait Alan Rickman dans les films tirés des livres. Enfin, méchant n’est pas forcément le mot, réducteur en l’occurrence. Severus était complexe, ombrageux, ténébreux, malin, malveillant, aigri, sarcastique, liste non exhaustive. Un physique reconnaissable entre tous, une voix unique, en firent un personnage indispensable d’une saga où il était en somme l’anti-Harry Potter, et l’un de ses ennemis. Le voici martyrisant le jeune héros et son pote, Ron Weasley, incarné par le rouquin Rupert Grint. Ils ont l’air de trouver ça drôle, Rickman, quant à lui, prend son affaire très au sérieux.

Son décès ce jour, à l’âge de 69 ans, d’un cancer, a endeuillé la communauté des fans d’Harry Potter. J.K. Rowling, Daniel Radcliffe, Matthew Lewis, et quelques autres, lui ont rendu de vibrants hommages que je vous laisse chercher sur Twitter. Preuve que cette franchise avait aussi engendré sa propre famille, par-delà les contrats de tournage et autres obligations filmiques (promotionnelles, par exemple). Il faut dire aussi qu’ils ont passé plus de dix ans ensemble à tourner les huit longs-métrages de la saga, entre 2001 et 2011. C’est long, cela aide à tisser des liens, à cimenter quelque chose. Enfin pas toujours, mais là oui, visiblement.

Rickman n’avait bien sûr pas fait que ça. Des dizaines de pièces, du théâtre jusqu’à plus soif, et de nombreux autres films. Débuts dans Die Hard en 1988 – grand rôle de méchant -, un BAFTA de meilleur second rôle pour Robin des Bois, prince des voleurs, une incursion mémorable chez Ang Lee, dans Raison et sentiments, une autre chez Neil Jordan, dans le pénible Michael Collins, deux apparitions chez Tim Burton (Sweeney Todd et Alice au pays des merveilles, pas les meilleurs), une composition inattendue en Ronald Reagan dans Le Majordome, et le souvenir récent d’Une promesse de Patrice Leconte. Il avait aussi réalisé deux films : le magnifique L’Invitée de l’hiver, en 1997, avec une Emma Thompson rarement aussi subtile, et Les Jardins du roi, en 2014, dont j’ai peu de souvenirs. RIP.

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11/01/2016

Bowie, ce corps qui venait d'ailleurs

bowie.jpgUne photogénie impeccable. Sans doute le plus bel extraterrestre que le cinéma ait jamais enfanté. Filmer quelqu’un, homme ou femme, l’éclairer, le mettre en scène, c’est d’abord faire le choix d’un corps, d’une enveloppe, d’une présence, voire d’une âme lorsque c’est possible. Dans The Man Who Fell to Earth (L’Homme qui venait d’ailleurs, 1976, de Nicolas Roeg), Bowie était ce corps. Cette présence au-delà du réel que son statut de rock star semblait contredire. Cette enveloppe qui allait s’incarner le temps d’un rôle qui serait boudé par son public. Le cinéma, il y reviendrait pourtant périodiquement. Officier prussien dans le maudit Just a Gigolo de David Hemmings. Vampire immortel dans le glacial Les Prédateurs de Tony Scott. Officier détenu dans un camp japonais en 1942 dans le radical Furyo d’Oshima. Roi des Gobelins dans le décoratif Labyrinthe de Jim Henson. Ponce Pilate dans le décrié La Dernière Tentation du Christ de Scorsese. Andy Warhol himself dans le respectueux Basquiat de Julian Schnabel. Aucun de ces choix n’a l’air innocent. Parmi la petite vingtaine de films qu’il ait accepté, David Bowie semblait toujours privilégier les rôles lui permettant d’investir d’autres identités, d’autres corps, d’autres ego. Au cinéma, il n’était surtout pas lui-même. Et en même temps, cette accumulation, ce travestissement, c’était lui aussi. Irréductible et paradoxal. Bowie apparaît pour la dernière fois dans un film en 2008. Dans Bandslam de Todd Graff, fiction musicale dont je n’ai aucun souvenir (et pour cause, ne l’ayant jamais vue). La bande-son inclut un standard du Velvet, Femme fatale, et l’un de ses tubes de 1974, Rebel Rebel. Dans ce film, il tient son propre rôle (probablement durant quelques minutes). Et sans le savoir encore, dit adieu au cinéma.

Pour tout le reste, je laisse la parole aux spécialistes musicaux.

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