10/11/2014

Fleur Pellerin, l'antienne

fleur-pellerin.jpgCe sont deux femmes qui se font face. Montage et angle de prise de vues sont classiques, ce que souligne d'ailleurs le split-screen à l'oeuvre ci-dessus. Un champ contre champ basique, degré zéro de la grammaire télévisuelle, isole chacune des intervenantes dans sa portion de studio. L'image est tirée d'une séquence de l'émission Le Supplément, sur Canal +, diffusée le 27 octobre 2014. La journaliste/animatrice Maïtena Biraben y recevait la nouvelle Ministre de la culture française, Fleur Pellerin. La suite, on la connaît presque par coeur. Les deux femmes conversent, Maïtena en vient à évoquer Patrick Modiano, tout juste couronné du Prix Nobel de littérature. Elle demande à Fleur Pellerin quels (livres de) Modiano elle préfère. Sourire confus et mine pincée: elle n'en a lu aucun, elle n'a pas le temps. Dame Biraben, contrite, semble glousser intérieurement, même si la question n'était nullement préméditée, et, au su du contexte, parfaitement légitime. Elle paraît surprise, une sorte de gêne s'installe, les choses n'iront guère plus loin.

C'est à cet instant que la machine se met en branle. Très vite, la séquence fait le tour des réseaux sociaux et la Ministre devient objet de moquerie. Puis des blogueurs s'en mêlent, des éditorialistes commentent, des moralistes s'insurgent, des plaisantins attaquent. Par contamination, les médias américains évoquent à leur tour l'affaire, on parle alors de Pelleringate. Pour la défendre, ils sont très peu. Citons notamment notre consoeur Marie-Claude Martin, qui lui a consacré un très bon billet dans Le Temps. (Y en a-t-il eu d'autres? Je l'ignore, je n'ai pas le temps non plus de tout lire.)

Toutes ces critiques sont-elles fondées? Quelque part, oui, et on ne peut guère leur donner tort. Ne rien savoir de Modiano, à ce stade précis d'une carrière et surtout dans le contexte d'une actualité aussi fraîche, est une erreur. L'erreur est certes humaine, mais Fleur Pellerin en commet pourtant une deuxième: elle ne paraît pas du tout consciente des mécanismes des médias dans le monde de 2014. En d'autres termes, elle tombe dans un piège que personne ne lui a tendu (sinon elle-même), sans anticiper ne serait-ce qu'une fraction de seconde les effets multiplicateurs de sa confusion et de son inculture (du moins en ce qui concerne Modiano) lors de ce bref entretien télévisé. Puis aussitôt après, c'est-à-dire dans les jours qui suivent, elle s'enferre. Se dit étonnée, choquée, blessée peut-être. Tout en continuant à se défendre, et tenter de tenir tête tant bien que mal à une meute qu'elle ne peut contrôler.

Peine perdue! Il faudrait que quelqu'un lui dise que c'est trop tard. Que l'équation "Ministre de la Culture = inculte" a fait son chemin. Et surtout que l'affaire Modiano va la poursuivre, comme un boulet, tout au long de sa carrière, et renaître de ses cendres au moment où elle s'y attend le moins. Son seul salut? Se faire distancer dans les médias par une autre actualité, un autre buzz. Comme celui concernant une starlette de la télé-réalité actuellement en préventive pour tentative de meurtre. Mais ceci est un autre sujet, auquel je consacrerai un billet bientôt, que cela plaise ou non.

21:52 Publié dans Humeur, Télévision | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |