11/04/2015

Dans "Theeb", la crainte d'un désert éternel

theeb.jpgtheeb2.jpgLe désert et l'enfant. De dos, de face. Un point dans l'immensité, une âme sur une surface craquelée. Ce sont les deux composantes, les deux éléments, les deux personnages de Theeb, premier long-métrage du cinéaste jordanien Naji Abu Nowar. Au départ, deux frères attachés l'un à l'autre, le premier adulte, l'autre encore enfant. Une expédition pour guider un officier britannique vers un vieux puits - nous sommes en 1916 - et le drame, des brigands attaquant les Bédouins, qui surgit au coeur d'une contrée hostile et meurtrière. Un enfant seul perdu dans un monde trop grand pour lui. Voici ce que nous disent ces deux images, à la fois belles dans leur composition et tristes dans ce qu'elles véhiculent. Theeb, même s'il colle à une certaine réalité avec l'âpreté de certains westerns - il emprunte d'ailleurs quelques codes au genre - est un film qui lorgne volontiers vers une manière d'abstraction et d'intemporalité que le rythme de la mise en scène démasque petit à petit. C'est aussi un film paradoxal, dans lequel cohabitent chaleur et inhumanité, nature et destruction, rigueur et trahison. Plus proche pourtant des films de Souleymane Cissé que du Lawrence d'Arabie de David Lean, encore que certaines séquences se chargeront élégamment de me démentir.

Theeb est actuellement à l'affiche en salles.

22:02 Publié dans Cinéma, Mostra de Venise 2014 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

09/04/2015

"Le Président" bat la campagne

President2.jpgUne limousine immobilisée par un troupeau de moutons. Image curieuse, inédite, suggérant plusieurs métaphores basées sur les oppositions entre ces deux éléments. Au vu de la position des animaux, ceux-ci ont l'air de faire cercle autour du véhicule, peut-être même de le contourner. Qui gêne qui, ici? Qui obstrue le chemin de(s) l'autre(s)? Et comment la situation, a priori inextricable, va-t-elle se décanter? Anecdotique dans le film de Mohsen Makhmalbaf (encore que cela se discute), la séquence est révélatrice d'un ensemble où prime l'exagération, la satire, la caricature, la disproportion et une sorte de folie.

Tourné en Géorgie, Le Président débute comme un brûlot politique avant de dévier vers une épopée en forme de conte. Centré autour d'un dictateur vieillissant, le film condamne la fascination pour le pouvoir avec un certain cynisme et une pompe dont la mise en scène tire un excellent parti. Puis le peuple de ce pays imaginaire et jamais nommé se révolte, dans un mouvement qui n'est pas sans rappeler celui du printemps arabe. Chasse au tyran et à son petit-fils, qui prend la fuite avec lui, offrant au film un point de vue enfantin en léger décalage avec le propos. Ce sont clairement deux films en un que renferme ce Président moins poétique que de précédents Makhmalbaf. A découvrir néanmoins.

Le Président est actuellement à l'affiche en salles.

16:51 Publié dans Cinéma, Mostra de Venise 2014 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

16/01/2015

Dans "Hill of Freedom", cet art de l'immanence

hill.jpgUn décor ordinaire. Tea-room, café ou cafétéria, peu importe. Deux tables, une banquette. Deux clients, une serveuse. Les deux hommes la regardent. Celle-ci, plateau serré contre elle, grand sourire aux lèvres, parle avec l'homme qui se trouve le plus près de nous. Il tient un livre à la main, signe qu'il a peut-être été perturbé dans se lecture. Le deuxième homme les observe et les écoute. Il n'a pas de statut actif dans cette image. En tout cas moins que ses deux partenaires. Au fond de l'établissement, différents objets sont visibles. Des sodas, des sandwiches, une tête de Mickey et ce qui ressemble à un vieux transistor. Mais en dehors de sa spécificité fonctionnelle, la scène ne révèle aucune relation particulière entre les personnages. Elle a l'air banale. Et pourtant, on sent (pressent) que quelque choses s'y joue. Mais quoi?

Des histoires simples, des personnages qui se rencontrent, se revoient, s'aiment ou se parlent, il n'y a finalement que ça dans le cinéma du Coréen Hong Sangsoo. Dans sa manière de mettre en place ses histoires, il a quelque chose d'un Rohmer. Quelque chose de futile, également. Il n'est pas un cinéaste du sujet, de la réflexion ou de l'analyse. Ancrés dans le présent, ses films ne cherchent pas à délivrer de visions sociales ni à changer le monde. Ils se cantonnent dans une sorte d'immanence souvent séduisante, parfois entêtante, rarement fabriquée. La musicalité de leurs plans, souvent très parlants (voir la seconde image, sous ce billet), se suffit à elle-même. Elles disent l'art du conteur, la richesse de l'observateur, la justesse des choses et des êtres qui les traversent. Son cinéma oppose la simplicité du monde à une forme de beauté qui se refuserait à toute esthétique. Avec parfois des pointes d'émotion. Ces images sont tirées de son dernier film, Hill of Freedom, que vous pourrez découvrir ces jours au Festival Black Movie.

Hill of Freedom de Hong Sangsoo est programmé au Festival Black Movie (du 16 au 25 janvier).

hill2.jpg

22:01 Publié dans Cinéma, Mostra de Venise 2014 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |