10/09/2015

Mostra de Venise 2015: où il est question d'anciens nazis et de pédophilie

Remember.jpgUne vengeance à retardement, la traque d'un ancien officier nazi, et des retournements en cascade. Tel est le menu de Remember, dernier opus d'Atom Egoyan, en compétition à la Mostra - sur la photo, on reconnaît Christopher Plummer feuilletant Mein Kampf. Séduisant sur le papier, quelconque à l'arrivée. Et cela à cause d'un traitement qui apparente ce métrage à un téléfilm de base, avec par dessus le marché une conclusion qu'on pourra trouver tirée par les cheveux. Mais il y a la belle performance de Christopher Plummer, plusieurs bonnes séquences, et quelques doses d'humour inattendues par rapport à la gravité du sujet.

desde.jpgDesde allá, du Vénézuelien Lorenzo Vigas, est encore plus glauque et sa conclusion totalement amorale. Centré sur le personnage d'Armando, patron d'un laboratoire de prothèses dentaires, le film nous montre comment celui-ci drague de jeunes garçons et les attire chez lui. Là, il les paie pour se déshabiller et se masturbe devant eux. Ni plus, ni moins. Un jour, il drague ainsi Elder, 18 ans (tentant d'échapper aux flics sur l'image ci-dessus), qui fait partie d'une bande de voyous et n'entend pas se laisser faire. L'ado casse la gueule d'Armando et le vole, et pourtant, l'homme retourne le voir. Une curieuse relation se met alors en place. Très tendu côté réalisation, le film ne dévie pas d'un iota de son sujet, se ménageant même des plages de suspens, ce qui est assez rare dans ce type de drame social. Dans Desde allá, la thématique sexuelle devient le moteur d'un plan sourd et machiavélique que l'ultime plan du film ne permettra pas de trancher. Le film a fait très forte impression à Venise.

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09/09/2015

Mostra de Venise 2015: le retour de Skolimowski et un hommage à Lou Reed

11-minute2.jpg11 minutes, c'est la durée de l'action décrite dans le dernier film de Jerzy Skolimowski. Soit plusieurs situations a priori sans lien qui interagissent les unes avec les autres selon le principe de la multiplicité des points de vue, tel qu'il était par exemple à l'oeuvre dans Short Cuts d'Altman. L'idée motrice du film, c'est que tout peut arriver à n'importe quel moment. Mais dans 11 minut, il y a en plus l'amorce d'une réflexion sur l'image, pas assez exploitée à mon goût. Le film tend en effet à l'exercice de style, non sans une certaine vacuité, et l'agressivité de sa bande-son gâche un peu la fin du métrage, pourtant la plus intéressante d'un point de vue narratif. Habitué de Venise, Skolimowski y avait présenté son précédent film, Essential Killing, avec Vincent Gallo, en 2010.

heart2.jpgHeart of a Dog, lui, ne doit sans doute sa sélection en compétition que grâce à la notoriété de son auteur, la musicienne et artiste expérimentale Laurie Anderson, par ailleurs veuve de Lou Reed, à qui le film est dédié. Il s'agit d'un film en forme de collage, un essai poétique se voulant à la fois méditation sur la vie et travail sur le deuil, puisque sa chienne terrier (ci-contre), fil rouge du métrage, est également décédée. Mais l'expérimental a ses limites, comme les citations de Wittgenstein et Kierkegaard dont l'artiste abuse légèrement. Respectable mais un rien soporifique.

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Mostra de Venise 2015: il y a des vampires au Lido!

sangue.jpgUne histoire qui se déroule sur plusieurs siècles d'écart. Une femme emmurée vivante pour sorcellerie et un inspecteur qui découvre, bien plus tard, un couvent abandonné habité par un conte qui ne sort jamais. Sang, vampires et immortalité, les ingrédients d'un certain genre fantastique sont là. Sauf que nous sommes chez Marco Bellocchio et donc plutôt dans une relecture des mythes ici convoqués. Plus proche de Il Principe di Homburg (1997), sans doute à cause de sa partie reconstitution, que de Buon giorno, notte (2003), Sangue del mio sangue conserve cette part de mystère irréductible et présente dans tous les films du cinéaste italien. Les lieux acquièrent ici leur existence propre, le film mélange avec panache un certain réalisme à des séquences fantasmées. Il y a là une forme d'envoûtement tout à fait appréciable.

anomalisa2.jpgDavantage atypique, Anomalisa est cosigné par Charlie Kaufman et Duke Johnson. Soit le portrait d'un homme englué dans l'ennui de son existence et qui va rencontrer, lors d'un voyage d'affaires, une certaine Lisa qui deviendra peut-être la femme de sa vie. Jusque là, on a déjà vu ça trois cent fois. Sauf qu'Anomalisa a été réalisé en stop motion, technique d'animation qui va tout à coup donner à ce conte ordinaire une capacité de transcendance inhabituelle. Une séquence de cauchemar domine un ensemble pourtant relativement quelconque dans ce qu'il raconte, même si le film se livre à une analyse plutôt pertinente du mode de fonctionnement de notre société actuelle, écrasée par les technologies isolant les individus les uns des autres. Une jolie surprise et une tentative réussie de sortir des sentiers battus de l'animation telle qu'elle envahit les écrans actuellement.

abluka.jpgProduction turque elle aussi en compétition à la Mostra, Abluka (qui peut se traduire par "folie"), réalisé par Emin Alper, est une sorte de fable sur la paranoïa. Centré sur deux frères en marge d'une société avec laquelle ils ont rompu - l'un d'eux, en liberté conditionnelle, travaille dans une déchetterie et l'autre au sein d'une équipe chargée d'éliminer les chiens errants -, le film cultive un misérabilisme sur lequel viendront pourtant buter des éléments empruntés au surréalisme. Difficile malgré tout de rentrer dans une fiction qui ne fait rien pour qu'on la comprenne, dans tous les sens du terme. Abluka est typiquement un de ces films de festival dont on risque de ne plus entendre parler par la suite.

 

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