06/09/2016

Mostra de Venise 2016 : une relecture impériale de Maupassant et des cannibales ridicules

une_vie.jpgDe Maupassant, le court roman Une vie avait déjà connu une adaptation en 1958, sous la caméra d'Alexandre Astruc. Brisant toute velléité de romantisme, Stéphane Brizé, après le formidable La Loi du marché (Cannes 2015), s'attelle à la même tâche avec une élégance dans l'ellipse donnant à cette histoire un tour étonnamment contemporain. Swann Arlaud et Judith Chemla (ci-dessus) ont beau avoir l'air heureux et conformes à ces images d'Epinal que le film en costumes a imposé, le film va plutôt à rebours des clichés que le genre romanesque cultive. Le résultat est saisissant. Impérial dans sa narration sans faux plis ni digressions. Impressionnant dans sa capacité à chavirer par-delà les barrières d'un récit qu'on pourrait supposer cloisonné dans sa propre afféterie. L'un des plus beaux films français de cette année.


badbatch.jpgJe tarirai moins d'éloges sur le bancal The Bad Batch d'Ana Lily Amirpour, cinéaste d'origine iranienne qui s'était fait connaître en 2014 avec A Girl Walks Home Alone at Night, film de vampires suffisant et chichiteux. La revoici avec une dystopie (Dieu que ce mot-là est vilain) à situer quelque part en-dessous de Mad Max et de Tarantino pour le style. Dans un Texas futur, certains humains servent de nourriture à d'autres. Une séquence d'ouverture laisse entrevoir une plongée dans l'horreur comme on les affectionne. Suki Waterhouse (ci-dessus), ex-mannequin et actrice particulièrement nulle, se fait enlever, puis sectionner le bras et la jambe. Mais elle s'évade (facilement) et à partir de là, plus aucune crédibilité ne soutient un ensemble innervé par la prétention et les apparitions de stars (Keanu Reeves, Jim Carrey). D'horrible, le film vire au grotesque et au ridicule contre son gré. La mannequin boudeuse tire la gueule jusqu'au dernier plan sans même se faire bouffer. Risible, vous dis-je.

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05/09/2016

Mostra de Venise 2016: horreur, métaphysique et scandale

region.jpgDe ce regard apeuré sur un lit de fortune, vous n'aurez pas le hors-champ, monstrueusement étrange. Le réalisme brutal de Heli, précédent film du Mexicain Amat Escalante, laisse craindre de toute façon le pire à ce niveau. Mais La Region salvaje désarçonne et intrigue. Relations familiales fragiles, liaisons chaotiques, fantasmes et punitions sont au menu d'un film qui ne se laisse jamais enfermer dans un genre, et qui sous couvert de réalisme, bascule dans l'irrationnel, voire dans l'horreur, lors de séquences d'accouplements qui n'ont rien d'humain. Pour comprendre le film, il faut donc l'interpréter, lui trouver un sens, des sens, quitte à se tromper. Je retiendrai le choc engendré par ces plans hors nature qui font penser à Possession de Zulawski, pour lequel la métaphysique était elle aussi affaire de point de vue, et un contexte terrifiant qui nécessitera tôt ou tard une seconde vision.


spira.jpgLa métaphysique s'invite elle aussi dans Spira Mirabilis de Massimo D'Anolfi et Martina Parenti, documentaire expérimental italo-suisse aux ambitions démesurées, puisqu'il s'interroge sur l'immortalité. En vrac et au hasard, on y évoque Borges, des méduses microscopiques (ci-dessus), des statues milanaises et la communauté des Lakotas. Relativement hypnotique, pas toujours captivant, souvent très beau, fréquemment incompréhensible (ce qui ne me gêne pas), et par instants prétentieux. On voit mal à qui ce film peut s'adresser mais pourquoi pas?


piuma3.jpgEnfin, ces deux ados de Piuma de Roan Johnson ont beau avoir l'air frais et sympathiques, le film flirte constamment avec les rives désastreuses du nanar, ennui en plus. N'importe quel téléfilm français des années 70 semblera un miracle de modernité à côté de cette comédie criarde et bâtarde, ringarde et ennuyeuse. La presse italienne a crié au scandale à la fin de la projection, hurlant que sélectionner ce film en compétition était une honte. Sur ce coup, je ne leur donne pas tort.

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04/09/2016

Mostra de Venise 2016 : Mel Gibson, en arrière, toute!

hacksawridge.jpgQue vaudrait Hacksaw Ridge sans Andrew Garfield? Moins que pas grand-chose, c'est une certitude. Gonflé au patriotisme béat, le nouveau film de Mel Gibson, oeuvre de guerre et d'héroïsme, use des ralentis et des musiques gonflantes comme d'autres de substances illicites. Sauf qu'à l'arrivée, les effets diffèrent. On voit clairement ce qui a pu intéresser l'auteur du déjà pénible Braveheart dans ce sujet mille fois traité en mieux avant lui (revoir Men in War d'Anthony Mann, 1957, pour remettre les pendules à l'heure), soit un retour vers des valeurs qui fondent cette Amérique plus conservatrice que libérale dont le cinéma offre souvent une vision morcelée, pour ne pas dire tronquée. Le schématisme domine derrière la technique mais se masque derrière de longues séquences de combat/boucherie. Garfield fait son travail avec métier, et le microcosme de soldats qu'il intègre fonctionne dans une sorte de vase clos peu enviable. En dehors, famille et épouse sont réduits à des figures fugitives, presque des clichés. Insupportablement prévisible. Et heureusement pas en compétition à la Mostra.


ciudadano.jpgA contrario, El Ciudadano ilustre, production argentine cosignée par Mariano Cohn et Gaston Duprat, a quelque peu déridé des festivaliers prompts à rire même lorsque rien n'est drôle. Pourtant, l'image ci-dessus situe vaguement la farce. Il y a quelque chose de Risi dans ce film dressant le portrait d'un écrivain, lauréat imaginaire du Nobel, en plusieurs parties. En moins corrosif, en moins iconoclaste. Encore que quelques séquences valent le détour et permettent de passer sous silence des moments plus plombés, tel ce discours inaugural du début qui n'aide guère à rentrer dans le film. Suffisamment irrévérencieux pour être apprécié ici.

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