03/09/2016

Mostra de Venise 2016 : un Ozon élégant et racé, puis un western violent et solide

frantz.jpgLui torse nu, elle habillée, corps posés sur l'herbe et posant pour la caméra, image noir et blanc volontairement proche d'un tableau, la caresse d'un regard - d'elle sur lui - en guise d'action. Rien à dire, il fait beau, les personnages - Pierre Niney et Paula Beer - sont jeunes et jolis, les vêtements soulignent le temps de l'histoire, d'un autre siècle que le nôtre. Frantz, remake d'un Lubitsch de 1932, Broken Lullaby, qu'il me faudra décidément revoir, même si je l'ai en tête plus que d'autres (mais il faut constamment revoir tout Lubitsch), Frantz, donc, drame élégant et racé, avec son chromatisme désuet, ses comédiens impeccables, y compris dans leurs maladresses langagières, son portrait de la Grande Guerre et ses fausses pistes, semble marquer l'entrée de François Ozon dans l'âge adulte. Non que le cinéaste fut immature jusque-là, mais peut-être un brin désavantagé lorsqu'il s'agissait d'aborder de "grands sujets". Le mélo se veut épuré, le drame décalé. La simplicité du résultat procède d'un travail en profondeur, d'une réflexion préalable sur le sens dont les choses et les êtres doivent être filmés. Je le verrais bien au palmarès. Ozon n'a jamais remporté de récompense suprême, ni à Cannes, ni à Berlin, ni à Venise. 2016 pourrait être son année.


Brimstone.jpgVoici un autre visage, celui de Guy Pearce, ici dans le rôle d'une des pires ordures que le cinéma ait engendré. Le film est un western, il s'appelle Brimstone et est mis en scène - solidement, classiquement, sous influence américaine - par le Néerlandais Martin Koolhoven. Cette histoire de vengeance, de rédemption et d'usurpation d'identité se divise en quatre parties. Elles ne sont pas montées chronologiquement (3 2 1 4 au lieu de 1 2 3 4), d'où un certain désarroi avant de s'y retrouver. Cette coquetterie structurelle était-elle nécessaire? C'est ce que moult festivaliers se sont demandé à la fin. Reste un beau choc, un récit épique et violent n'épargnant personne, pour une peinture de l'Ouest qui n'est pas sans entretenir quelque parenté avec le dernier Tarantino, The Hateful Eight.

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02/09/2016

Mostra de Venise 2016 : Jake Gyllenhaal dans les ténèbres de "Nocturnal Animals"

nocturnal-animals.jpgLe regard inquiet, fixant un hors-champ qui n'a ni l'heur ni l'air de le rassurer, Jake Gyllenhaal n'en mène pas large. Encore que l'ombre de son inquiétude, à y bien regarder, paraît se dissiper. L'image est trompeuse. Comme son titre l'indique, Nocturnal Animals se déroule essentiellement la nuit. Histoire de ténèbres et d'obscurité, émergence de zones d'ombre vengeresses entretenues par un savant aller-retour entre deux récits qui s'emboîtent, analyse des mécanismes de la peur et de la violence. Le film de Tom Ford contient beaucoup de choses et ne saurait se réduire à une vision binaire où se mêleraient les thèmes de la création littéraire, de l'imaginaire et de la manipulation. Ni thriller ni drame psychologique, Nocturnal Animals explore l'âme humaine au scalpel, traversé par Gyllenhaal et Amy Adams - décidément partout dans cette Mostra -, non sans démontrer le caractère inique de l'homme face à son passé. Troublant et envoûtant, malgré quelques maladresses sur lesquelles je n'ai nulle envie de m'appesantir présentement.


cristo.jpgReprésentation du Christ, ce jeune homme face à la foule les bras en croix est le héros de El Cristo ciego (Le Christ aveugle), du Chilien Christopher Murray. Cette histoire de miracle et de foi est le prototype du film de festival. Une certaine rigueur, un ascétisme de circonstance, des plans soignés et un propos noble que la mise en scène ne suffira pourtant pas à transcender. Il est possible qu'on oublie ce film très vite. Ou qu'on le retrouve au palmarès d'une Mostra où tout demeure constamment possible. Pour ma part, j'ai choisi la première option.

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01/09/2016

Mostra de Venise 2016 ou comment dialoguer avec les extraterrestres

arrival.jpgCe gigantesque mégalithe en apesanteur a une certaine gueule. Vaisseau extraterrestre ou émanation d'un objet non identifié susceptible d'aller plus vite que la lumière? Qu'importe. Douze structures identiques apparaissent ainsi en différents points du globe. Et les aliens qui sont à l'intérieur n'ont pas l'intention de massacrer les humains ni même de les envahir. Ils ont juste quelque chose à (leur) communiquer. Le sujet d'Arrival de Denis Villeneuve, c'est donc le langage et tout ce qu'il sous-entend. Comment parler aux extraterrestres? Comment comprendre ce qu'ils veulent nous dire? Des idéogrammes gazeux et circulaires, assemblage possible de motifs en forme de fractales, leur tiennent lieu de vocabulaire. Leur déchiffrement par une jeune linguiste de renom (Amy Adams) fournit la trame d'un film souvent spectaculaire malgré son refus des effets, et rarement basique dans son traitement des aliens. Corollaire de cette histoire adaptée d'une nouvelle, les séquences montrant l'héroïne puisant dans ses souvenirs (elle a perdu sa fille) et dans ce qui lui tient lieu d'inconscient sont plus laborieuses et moins utiles. Et le recours à la psychologie humaine finit même par desservir le film, qui demeure malgré tout la plupart du temps impressionnant, ne serait-ce que pour le point de vue inédit qu'il adopte sur ce thème bien galvaudé. Quant au mystérieux signal capté en 2015 par un télescope russe et rendu public il y a deux jours par la NASA (rien à voir avec le signal wow), il fera l'objet d'un billet ultérieur dans la section astrophysique de mon blog.


oceans3.jpgMais revenons à la Mostra. Epoux, femme et enfant sont ici les éléments centraux d'un mélodrame particulièrement soigné et lacrimal. Tiré d'un roman, The Light Between Oceans de Derek Cianfrance raconte qu'il peut y avoir encore pire, pour des parents, que la perte ou la mort d'un enfant. Mais l'installation du drame prend un peu plus long et le film se cristallise rapidement autour d'un classicisme romanesque que son cinéaste souligne plus qu'il ne contourne. Images magnifiques, très belle musique d'Alexandre Desplat, Michael Fassbender et Alicia Vikander en jeune couple crédible, tout est mis en oeuvre pour assurer un confort réceptif que seule l'émotion battra en brèche de manière il est vrai fort inattendue. L'ensemble est bien ouvragé et fonctionne, à quelques incohérences près. Presque trop ripoliné mais j'adhère.


aranjuez.jpgEnfin, j'ai gardé le moins bon pour la fin. La rigueur du cadrage ci-dessus ne saurait nous induire en erreur. Depuis plusieurs films, Wenders continue de s'enliser. La 3D inutile de Everything Will Be Fine (Berlinale 2015) ne lui a pas suffi, il en abuse à nouveau dans Les Beaux Jours d'Aranjuez, adaptation monolithique et soporifique d'un livre de Peter Handke qu'on a tout sauf envie de lire. La pose dure stricto sensu 90 minutes. Lieu unique, un jardin, sa terrasse, deux personnages conversant, pendant que l'auteur, écrivain comme il se doit, les imagine dans son bureau. Ce hiératisme vain et stérile semble d'un autre temps. Le film échoue à nous atteindre d'une quelconque manière, et ne distille qu'un ennui tenace que rien ne vient briser.

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