24/07/2015

Kepler-452b, une exoplanète inaccessible pour l'éternité

kepler.jpgSur cette vue d'artiste respectant les échelles, Kepler-452b figure en troisième position à partir de la gauche et la Terre en dernier. Ce qui donne une vague idée de la taille de l'exoplanète, quatre fois plus volumineuse que notre globe (son rayon fait 1,6 fois celui de la Terre). Au printemps 2015, une liste exhaustive des 1880 exoplanètes détectées avait été publiée. Pour celles repérées par le télescope Kepler depuis 2009, la liste s'arrêtait à l'exoplanète Kepler-447b. Kepler-452b n'y figurait pas encore. Et pour cause, les scientifiques n'arrêtant pas d'en détecter de nouvelles. Ce qui fait sensation avec Kepler-452b, détectée le 23 juillet, c'est sa ressemblance avec la Terre. Située dans une zone habitable de la Constellation du Cygne, sur la partie estivale de la Voie lactée (donc dans la même galaxie que la nôtre, pour être plus précis), elle est proche d'une étoile, comme nous du soleil, et en fait le tour en 385 jours, contre 365 pour nous. Est-elle rocheuse? On l'ignore. Y a-t-il de l'eau à sa surface? On ne le sait pas davantage. De quoi est composée son atmosphère? On ne peut pas le dire précisément. Est-elle habitable et la vie s'y est-elle développée, d'une quelconque manière? Mystère. Enfin, à quoi ressemble-t-elle? Là aussi, c'est impossible à dire.

Au centre de toutes ces conjectures et questions sans réponses, se pose bien sûr également la question de la distance. Et là, on sait. Kepler-452b se situe à 1400 années-lumière de nous (ou 13 millions de milliards de kilomètres). En d'autres termes, la lumière qui en émane mettrait 1400 ans pour nous parvenir. Si nous pouvions lui envoyer un signal porté par cette vitesse (soit environ 300 000 km/s), il mettrait lui aussi 1400 ans pour atteindre son but. En supposant que quelque chose, là-bas, le détecte, puis décide d'y répondre, sa réponse ne nous parviendrait que d'ici 2800 ans. Et ça, c'est le modèle super rapide. Supposons à présent que nous décidions d'y envoyer une sonde, ou un vaisseau peuplé, à une vitesse équivalente à celle de la sonde New Horizons (qui vient d'atteindre Pluton après neuf ans de voyage dans notre système solaire), qui comptait au lancement 60 000 km/h au compteur, un record à ce jour, il faudrait dans ce cas environ 25 millions d'années pour qu'il atteigne sa cible. Dois-je continuer?

Si la NASA et les autorités scientifiques sont en train de battre des records dans leur catalogage des exoplanètes - et il ne faut pas le minimiser, c'est un progrès colossal -, il serait aussi temps de trouver le ou les moyens de dompter ces distances infranchissables imposées par l'espace-temps dans notre univers. Et en supposant que d'autres civilisations, plus avancées, mille fois plus évoluées que la nôtre, soient parvenues à les dompter, comment se fait-il que nous n'en ayons toujours pas connaissance, que nous ne les voyions pas? Deux réponses sont en tout cas envisageables à cette question qui rappelle furieusement le paradoxe de Fermi, auquel j'avais consacré un billet l'an dernier (lire ici): peut-être parce que nous sommes seuls, dans notre galaxie, voire dans tout l'univers (hypothèse hautement improbable); ou peut-être parce qu'il n'y a pas moyen, justement, de contourner les limites que nous impose l'espace-temps et de dépasser la vitesse de la lumière. En attendant, scrutons le ciel et écoutons les étoiles.

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23/07/2015

Ce cliché de Pluton soulève bien des mystères

pluton.jpgUne vaste zone très noire, parsemée de structures qui ressemblent furieusement à des cratères, voisine avec une région beaucoup plus claire et d'aspect très plane. Les scientifiques ont renommé la première Cthulhu (ceux qui ont lu Lovecraft se retrouveront en territoire connu, si j'ose dire) et la seconde Tombaugh Regio (du nom du découvreur de Pluton, Clyde William Tombaugh, qui a détecté la planète naine en 1930). Ce cliché est un détail de la surface de Pluton, tel qu'il a été photographié voici quelques jours par la sonde New Horizons, à la frontière entre Cthulhu et Tombaugh Regio. Et cette photo soulève de nombreuses questions. En effet, il ne devrait y avoir aucune activité géologique sur Pluton. Celle-ci est trop vieille pour que sa chaleur primordiale ait été conservée, et trop petite pour que la force de marée la réchauffe. L'absence de cratères dans certaines zones semble pourtant indiquer ici une activité géologique. Sans compter que les deux régions ont l'air d'interagir entre elles. Selon les spécialistes, Cthulhu est âgé de plusieurs milliards d'années et Tombaugh Regio de 100 millions d'années "seulement". Ces chiffres font-ils sens? Je vous laisse juges.

Mais de toute façon, Pluton n'est guère "vivable". Le soleil y brille mille fois moins que sur Terre et la température moyenne tourne autour des - 240°C. La gravité sur la planète naine est de 0,066. En d'autres termes, un saut d'un mètre de haut sur la Terre y équivaut à 15 mètres. Son atmosphère est composée à 99,5% d'azote et à 0,5% de méthane. Quant à l'année plutonienne, elle dure environ 120 ans. Reste donc pour l'instant à attendre plus de clichés, de données et d'informations de la part de New Horizons. D'ici au 14 septembre, la sonde n'aura transmis qu'1% de ses données. Puis celles-ci nous parviendront, dès novembre, sous un format moins compressé. Le processus de transmission devrait durer un an. Parmi tout cela, il y aura forcément du nouveau. Des réponses à plusieurs questions ou de nouvelles interrogations? Sans doute des deux.

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22/07/2015

On va retourner sur la lune. Mais pour quoi faire?

nasa_lune.jpgLa Terre est difficilement vivable et l'espace invivable. Mais ailleurs? On ne sait. Sauf que pour le moment, le reste de notre système solaire a l'air globalement impraticable et inhospitalier. Cela ne va pas empêcher la NASA de renvoyer des hommes sur la lune bientôt. Le programme inclut d'abord un alunissage robotique dès 2017. Les rovers se mettraient ensuite en quête d'hydrogène, peut-être dans les pôles de notre satellite, avant d'y ébaucher la construction d'une base pour accueillir des humains, aux alentours de 2030. Le projet est pour le moment à l'état d'étude, mais quelques personnes l'ont validé. L'étape suivante serait la colonisation de Mars, que certains optimistes situent à la fin du XXIe siècle. Ce qui est encore envisageable et à portée d'esprit. En revanche, pour la conquête interstellaire, les choses se corsent un poil. La Terre n'étant à long terme pas un endroit sûr, il serait tôt ou tard judicieux de déménager. Vers d'autres systèmes solaires, par exemple. Le problème, c'est que le plus proche du nôtre, Proxima Centauri, se situe à 4,2 années lumière. Une bagatelle par rapport à la taille de l'univers, mais un sacré obstacle à l'échelle humaine. Un engin voguant à 10 000 km/h mettrait un peu plus de 450 000 ans pour l'atteindre, la Mission Apollo 10 environ 110 000 ans et la sonde Hélios 2, dont la vitesse voisine les 252792 km/h, autour des 18 000 ans.

Dans tous les cas, il y a un léger souci, dira-t-on. L'un des scénarios serait d'y envoyer un vaisseau générationnel, composé d'une population qui pourrait se reproduire sur 60 ou 80 générations. Selon certains anthropologues, il faudrait idéalement entre 10 000 et 40 000 personnes pour conserver une bonne diversité génétique au sein de cette population, probablement répartie sur plusieurs vaisseaux, et cela au cas où une épidémie viendrait à en décimer un. Après tout, les humains descendent bien tous d'une colonie d'environ 10 000 homo sapiens qui auraient colonisé la Terre à partir de l'Afrique durant un peu plus de 200 000 ans. Mais la comparaison s'arrêtera là. Car pour être franc, je ne crois guère à la colonisation interstellaire sous cet angle. Et serais plus enclin à espérer qu'on puisse un jour dompter les distances en dépassant la vitesse de la lumière, ou en la contournant (via des trous de ver ou autres, raccourcis de l'espace-temps dont l'existence n'est que spéculative). Ce qui ne manquerait pas, d'ailleurs, de poser bien d'autres problèmes sur lesquels je reviendrai tôt ou tard.

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