26/05/2015

Lumières sur Cérès: le mystère s'épaissit

ceres.jpgA présent que Cannes est terminé, il est temps de diriger à nouveau le regard vers les vraies étoiles. Enfin, pas tout à fait en l'occurrence, puisqu'il s'agit de Cérès, qui fit parler d'elle il y a quelques semaines ou mois et sur laquelle j'avais déjà consacré un billet (qu'on peut relire ici). Planète naine sise quelque part entre Mars et Jupiter, Cérès est le champ d'investigation d'une sonde américaine, Dawn, qui s'en approche de plus en plus et transmet régulièrement des photos à la NASA. En février, elle y découvrait d'étranges points lumineux à sa surface qui firent naître (sans furie) quelques supputations évasives. Depuis quelques jours, Dawn s'est enfin rapprochée, à 7200 kilomètres de la surface de Cérès, et a livré de nouveaux clichés. Celui qui illustre ce billet est le plus net. On peut y repérer une dizaine de points lumineux. Ils se situeraient tous dans un cratère de 92 kilomètres de large. S'agit-il de glace, de minéraux hydratés? Mystère, et la NASA, qui n'a pas l'habitude de se mouiller sans preuves dans des explications, se gratte le crâne. D'autant plus que ces points lumineux, d'un point de vue thermique, se comportent différemment les uns des autres. Mais quel est donc ce phénomène? Incapable de l'expliquer, alors que Dawn est désormais en orbite autour de l'objet céleste, la NASA demande cette fois leur avis aux internautes. Vu ce qu'on lit sur les réseaux sociaux et les forums, pas sûr que ce soit l'idée du siècle. Promis, je reviens vous voir si on fait la preuve d'une base extra-terrestre sur Cérès, tout près de chez nous.

23:34 Publié dans Astrophysique, Sciences | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |

07/05/2015

La chute du cargo russe incontrôlable est imminente: mais que faut-il craindre?

cargo.jpgOn n'arrête pas le Progress, c'est bien connu. A tel point qu'il va bientôt se fracasser sur nos têtes. Vraiment? Non, j'exagère à dessein. Mais le cargo russe spatial et incontrôlable devrait arriver sur Terre cette nuit, entre 21 heures 45 - on y est presque à l'heure où je mets en ligne - et 3 heures 36 du matin. L'incertitude sur l'heure empêche évidemment de savoir où la chute aura lieu. Mais certainement pas proche d'un endroit habité, et vraisemblablement dans l'Océan indien. Sauf que cela peut encore changer. Petit rappel des faits: le 28 avril dernier, le vaisseau Progress M-27M décolle du Kazakhstan (base de Baïkonour) à 9 heures 09. Aucun passager n'est à son bord, l'appareil contient juste de la nourriture et des produits de première nécessité pour ravitailler les astronautes de la Station spatiale internationale (ISS). Son vol est censé durer six heures mais il rencontre quelques problèmes. Très vite, les scientifiques perdent son contrôle. Et l'appareil commence sa chute libre vers notre planète.

En théorie, d'après les experts, il devrait entièrement se consumer dans l'atmosphère avant de toucher le sol (ou l'eau). Seuls quelques petits éléments structurels devraient retomber sur terre. Mais selon un autre expert, il pourrait ne pas brûler entièrement, du fait de la présence dans son appareillage de plusieurs matériaux incombustibles. Qui croire? On ne sait trop, et c'est finalement toujours un peu le même problème avec ces questions d'aéronautique, même lorsqu'elles concernent l'astrophysique. Seule certitude, il ne devrait pas tomber en Suisse, comme l'indiquent certains médias nationaux. Si le coeur vous en dit, vous pouvez suivre sa trajectoire en direct (ici). Au final, cet incident coûtera un demi-milliard d'euros au secteur spatial russe. Quant aux astronautes de l'ISS, ils devront attendre le 19 juin avant qu'un autre cargo spatial les rallye. Un vaisseau américain partira ce jour-là de Floride (base de Cap Canaveral) avec environ 2,2 tonnes de matériel. D'ici là, les astronautes de l'ISS ne mourront de toute façon pas de faim ni de soif. Ils ont plusieurs mois de réserve.

21:17 Publié dans Astrophysique, Sciences | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

06/05/2015

Faut-il avoir peur du nombre 2147483647?

psy.pngEn novembre 2014, le clip du Coréen Psy, Gangnam Style, atteignait les 2147483647 de vues sur Youtube. Et le compteur ne pouvait plus s’incrémenter au-delà. Il avait atteint la limite du codage en 32 bits. Le plus grand nombre entier représentable avec ce codage est en effet 2147483647 (soit deux milliards cent quarante-sept millions quatre cent quatre-vingt-trois mille six cent quarante-sept). Pour le dépasser, les développeurs du site ont dû coder leur compteur sur 64 bits. Cette fois, le maximum de vues sera atteint lorsque le compteur dépassera les 9223372036854775807 vues. Il y a donc encore un peu de marge.

Néanmoins, le nombre 2147483647, qui est la représentation utilisée par presque tous les microprocesseurs 32 bits, refait parler de lui depuis quelques jours et plusieurs dépêches ont été publiées hier. Pourquoi hier ? Mystère du traitement des news par les médias du monde entier. Toujours est-il que 2147483647 est également impliqué dans l’explosion de la fusée Ariane le 4 juin 1996, et dans la mort de 28 soldats américains lors de la guerre du Golfe, tués par un Scud irakien qu’un missile n’avait pas intercepté. Plus récemment, l’autorité américaine de l’aviation civile a ordonné aux compagnies opérant avec des Boeing 787 Dreamliner de couper l’alimentation électrique de leurs générateurs tous les 248 jours. En centièmes de seconde, ce nombre correspond en effet à 2147483647.

Ce n’est évidemment pas tout, et 2147483647 pourrait générer un bug mondial en 2038. Le 19 janvier, à 3 heures 14 minutes et 7 secondes (en temps universel) pour être plus précis. C’est à cette seconde que les logiciels tournant sous Unix, et comptant en secondes depuis le 1er janvier 1970 à minuit, atteindront ce nombre et donc leur limite. Toutes les machines Unix devraient alors tomber en panne. Que se passera-t-il réellement ce jour-là ? Nul ne le sait trop, mais les informaticiens planchent déjà sur ce bug de l’an 2038. Entre octobre 2000 et mars 2001, un mystérieux internaute du nom de John Titor, déclarant venir du futur, plus exactement de 2036, pour récupérer un IBM 5100, ordinateur (le premier personnel lancé par IBM en 1975) nécessaire pour surmonter le bug Unix, s’était répandu sur de nombreux forums pour y laisser quantité de messages troublants.

Tel n’est pas le sujet de ce billet (peut-être un jour, qui sait), mais revenons un instant sur ce nombre, 2147483647. Il s’agit, on l’aura (presque) deviné, d’un nombre premier, et même du 8e nombre premier de Mersenne (lire ici, mon précédent billet sur les premiers de Mersenne). Il peut donc s’écrire sous la forme 231–1. Il a été découvert en 1772 par le Bâlois Leonhard Euler. Le plus petit nombre entier est son opposé à une unité près, soit –2147483648, qui est égal à –231. Faut-il avoir peur de ces nombres? J'en reparlerai d’ici une quinzaine d’années.

17:24 Publié dans Mathématiques, Sciences | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |