22/03/2015

"Das grosse Museum", des tableaux et des hommes

museum.jpgIl faut au moins quatre personnes pour accrocher ce tableau de Pieter Brueghel l'Ancien, La Tour de Babel, peint en 1523. Quatre personnes et un sens de la composition à première vue tout à fait étonnant dans ce plan où les lignes du parquet paraissent rimer avec la perspective décelable dans le tableau, telle une série de parallèles qui finiraient par se rejoindre dans un hors-champ très proche. Les bras des personnes manipulant l'oeuvre offrent du reste ici une autre manière de rime avec cette fausse symétrie. Bien sûr, pour "avoir" tout dans le cadre, et notamment les deux autres tableaux, à gauche et à droite, il a fallu ouvrir l'angle au maximum, et ce type de cadrage n'a donc rien d'extraordinaire dans l'absolu. Mais il précise aussi l'intention à l'oeuvre dans ce documentaire, Das grosse Museum de Johannes Holzhausen, soit le désir de montrer un musée dans sa totalité. Les coulisses comme les salles d'exposition. Les couloirs intérieurs comme les pièces condamnées pour travaux. C'est le quotidien des collaborateurs et de la direction du Musée d'Histoire de l'Art de Vienne qui fournit le contexte à ce travail d'immersion - comparable, même si très différent, à celui de Frederick Wiseman avec le formidable National Gallery sorti il y a quelques mois - aussi passionnant qu'enrichissant.

Das grosse Museum est actuellement à l'affiche en salles.

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03/12/2014

Et si "Der Kreis" rapportait un Oscar à la Suisse?

kreis.jpgDeux hommes qui s'aiment. Leurs visages sont proches, se touchent presque, comme s'ils allaient s'embrasser. Autour d'eux, tout est extrêmement neutre. Un papier peint blanc crème, sans motifs ni cachet particulier. Des vêtements dans des teintes semblables, chemises quelconques n'indiquant aucune forme de mode et à peine l'époque à laquelle se situe cette histoire. La main du premier homme est posée sur la joue du second. L'image ne suggère aucune autre action. Mais de la tendresse et du désir flottent sur celle-ci, avec pourtant une certaine retenue que l'anxiété lisible dans le regard du premier homme traduit sans la nommer. Pudeur et inquétude, deux sentiments à l'oeuvre dans Der Kreis.

Les comédiens Sven Schelker et Matthias Hungerbühler sont les deux héros de Der Kreis de Stefan Haupt, qui dépeint l'histoire vraie d'Ernst Ostertag et Röbi Rapp. Organisation suisse clandestine pionnière de l'émancipation homosexuelle, "Der Kreis" a réellement existé et le film se déroule à Zurich, à la fin des années 50. Mais il mélange la fiction et des interviews actuelles des véritables protagonistes, désormais octogénaires, de cette love story qui finit bien. Ostertag et Rapp furent même le premier couple de mariés homosexuels de Suisse. Depuis sa présentation à Berlin en février 2014, le film a su toucher un public bien au-delà de la communauté qu'il représente. Déjà sélectionné dans plus de 70 festivals, lauréat d'une dizaine de prix, il a été choisi pour représenter la Suisse à la 87e cérémonie des Oscars le 22 février 2015, dans la catégorie meilleur film étranger. Et s'il le remportait? Dans le contexte actuel, l'hypothèse n'est pas exclue.

Der Kreis est actuellement à l'affiche en salles.

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