20/10/2016

"Théo et Hugo...": le sexe, le réel et la nuit

theo-et-hugo.jpgParis la nuit, deux garçons qui s’aiment. Clin d’œil à Rivette, par son titre, qui fait forcément penser à Céline et Julie vont en bateau, et pour cette manière de filmer la capitale nocturne telle un vaste champ d’investigations (revoyez Le Pont du Nord), Théo et Hugo dans un même bateau, par son unité de temps et dans une certaine mesure d’espace, ne contourne pas l’exercice de style. L’affaire se déroule en temps réel, de l’espace clos et oppressant d’une back room, siège d’une bestialité d’ordre animal qui peut choquer, ne serait-ce que par la durée (plus de vingt minutes) d’une séquence qui n’est pas sans rappeler celle d’ouverture d’Irréversible de Gaspar Noé, à la sécheresse aseptisée de salles d’accueil aux urgences qui vont sceller le destin des deux héros. Le film parle d’amour et de sida, l’écriture mélange un naturalisme constant à un surréalisme discret (exemple le premier échange de regards entre les deux garçons), et le monde ne s’y dévoile qu’à travers ce que vivent les deux comédiens durant un peu plus de nonante minutes. Plus radical que d’autres films du binôme Olivier Ducastel/Jacques Martineau, plus cru bien sûr (les scènes de sexe ne sont pas suggérées), Théo et Hugo dans le même bateau revendique pourtant un romantisme qui, telles les premières lueurs de l’aube, surgit de loin en loin à mesure que la nuit s’achève.

Théo et Hugo dans le même bateau passe en ce moment au festival Everybody’s Perfect.

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21/02/2016

Berlinale 2016 : après Venise, Gianfranco Rosi séduit Berlin

rosi.jpgGianfranco Rosi était content. Après son Lion d’or surprise en 2013 pour Sacro GRA, le voici détenteur d’un doublé en raflant l’Ours d’or de la 66e Berlinale pour le très fort Fuocoammare, dont j'ai parlé dans l’un des premiers billets de cette Berlinale. Ne reste plus qu’au cinéaste et documentariste italien à gagner une Palme d’or cannoise pour rentrer dans le club très fermé des réalisateurs ayant remporté les trois grands festivals. Dans l’attente, cet Ours est peu discutable, mais j’ignore encore si le film a été acquis par un distributeur suisse – si l’un d’eux me lit, merci de me laisser un comm.

Meryl Streep était contente, mais sa robe pas terrible. Elle n’a pas eu besoin de recourir à sa double voix de présidente du jury, et les débats ont eu lieu sans palabres.

Hors champ (donc pas sur cette image), Dieter Kosslick, directeur du festival, était content. La Berlinale a affiché complet, engendrant même quelques casse-têtes pour obtenir des tickets à certaines séances. Lav Diaz et son chef d’œuvre autoproclamé de huit heures, A Lullaby to the Sorrowful Mystery, était content et s’est fendu d’un discours plus court que n’importe lequel de ses plans. Contents eux aussi, l’actrice Trine Dyrholm (pour Kollektivet de Thomas Vinterberg) et l’acteur Majd Mastouri (pour Hedi de Mohamed Ben Attia) l’étaient. Les voici auréolés d’un prix d’interprétation, féminine et masculine, pour leurs jolies performances. Etonnant en clone de Xavier Dolan, Tomasz Wasilewski était content pour son Ours d’argent obtenu avec le vilain United States of Love. Moi un peu moins. Et à votre avis, Mia Hansen-Løve, réalisatrice de L’Avenir, Ours d’argent de la meilleure mise en scène, et Danis Tanovic, auteur de Mort à Sarajevo, Ours d’argent et grand prix du Jury, étaient-ils contents ?

Plus de détails et de retours berlinois dans un billet à venir.

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20/02/2016

Berlinale 2016: derniers films du concours, c'est pas la joie!

united-states-of-love-2.jpgQuelques femmes autour d’une table, ambiance sépia, des airs d’avant, mais avant quoi ? Les soubresauts de la vie en Pologne se trouvent au cœur d’un film peu attachant et plutôt agaçant, ces United States of Love signées Tomasz Wasilewski. Des femmes en lutte, les émotions intérieures en opposition avec les modifications d’une société en perte de vitesse et en mal de repères qui forment la texture dramatique d’un récit glaçant de pessimisme et au glamour on ne peut plus illusoire – hormis sur un poster de Whitney Houston placardé dans l’une des chambres. Pour ces ultimes films de la compétition, la Berlinale n’a pas sorti l’artillerie lourde, c’est le moins qu’on puisse dire. Difficile de rester ne serait-ce qu’éveillé face à ce mélange de sordide et de noirceur qu’on aura oublié d’ici trois jours.

dragon.jpgUne remarque qui vaut hélas aussi pour A Dragon Arrives !, nouveau film de l’Iranien Mani Haghighi, qui malgré la bigarrure de son histoire – et l’image ci-dessus en témoigne – et l’originalité de son scénario, qui se déroule sur deux époques distinctes, peine à retenir l’attention. Visuellement, le résultat n’est pas vilain, mais l’organisation du fouillis, ou plutôt du vaste bric à brac tenant lieu de mise en scène à ce film, a très vite fait de nous en distancer. Malgré une radicalité esquissée sous la narration, le caractère alambiqué demeure la principale constante d’un métrage distillant l’ennui avec une componction désespérante.

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