18/06/2015

Dans "Inside Llewyn Davis", un chat, Homère, Joyce et les Coen

coen.jpgJuché sur l'épaule d'Oscar Isaac, qu'on ne reconnaît pas sur cette image, regardant le paysage défiler à travers la vitre d'un train en mouvement, ce superbe chat est en réalité, plus qu'un des personnages récurrents du film, le fil rouge d'Inside Llewyn Davis des frères Coen. Il accompagne le héros tout au long du métrage. Celui-ci, Llewyn Davis, jeune chanteur folk du Greenwich des années 60, en a la garde, mais l'animal lui échappe, il lui court après dans la rue, le ramène, puis l'emmène avec lui dans un voyage plus ou moins initiatique au terme duquel il doit passer une audition devant un ponte de l'industrie musicale. Ces mésaventures félines forment en soi une sorte de récit parallèle, une digression permanente dont la lecture suggère parfois une métaphore de l'existence de Davis. Au détour d'un dialogue, on apprend par ailleurs le nom du chat: Ulysses. La référence à l'Odyssée d'Homère devient alors explicite. Inside Llewyn Davis en serait en quelque sorte une illustration, et les analogies (parallélismes) entre Davis et le chat nullement innocentes. D'autant plus que les frères Coen s'étaient déjà inspirés d'Homère dans O Brother, Where Art Thou?, en 2000. Film qui était également une relecture parodique du plus célèbre roman de James Joyce, Ulysse, dont le titre original, Ulysses, donne même au signe près le patronyme de notre chat. La preuve que cet animal est bel et bien la clé de voûte du film.

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Inside Llewyn Davis passera ce week end aux Cinémas du Grütli dans le cadre de la Fête de la musique.

 

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15/06/2015

"Blue Ruin", concentré de vengeance hirsute et sanglante

blue_ruin2.jpgCe sang n'est pas celui d'un poète. Mais celui de la vengeance, plat qui comme on le sait se consomme glacé. Face caméra, hirsute et hébété, sale et négligé, devant sa (?) voiture, tee-shirt et pantalon maculés de sang, le comédien Macon Blair semble entre expectative et hésitation. Il n'y a en tout cas aucune action décelable dans cette image, contrairement à ce que peuvent signifier tous les éléments qui la composent. Dans cette logique, Blue Ruin de Jeremy Saulnier est effectivement un film qui déjoue les a priori et les codes usuels de la représentation. Sous les apparences du film de genre (polar ou horreur), cette production est d'abord un film dramatique, qui brode sur le motif de la vengeance pour mieux en désamorcer les ressorts. Il contient même une forme d'humour très froide et distancée qui se niche au sein de séquences plus dures mais à la violence plus contenue que ce que ce plan laisse sous-entendre. En 2013, on découvrait Jeremy Saulnier à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes avec ce Blue Ruin inclassable à plus d'un titre. Cette année, ce réalisateur américain indépendant y a présenté son nouvel opus, Green Room.

Blue Ruin passe actuellement aux Cinémas du Grütli.

23:17 Publié dans Cinéma, Festival de Cannes 2013 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |