13/08/2017

Locarno 2017 : Attention, ceci n’est pas un bilan !

wang.jpgNous allions au cinéma par peur de l’ennui ou par goût de l’obscurité. En en sortant, sans doute attendions-nous un signe inconscient que distillerait quelque anonyme quidam depuis une terrasse, presque en face de l’entrée de la salle. Il était dit que cette année, Locarno réussirait à faire sourire Wang Bing, comme on le voit sur la plupart des photos depuis samedi soir et l’annonce de son Léopard d’or pour Mrs. Fang. La juxtaposition des films, leur hasardeuse et parfois douloureuse cohabitation, leur accumulation, addition plus que soustraction – presque un groupe abélien, quoique non, en fait, car où serait l’élément neutre ? -, leur évacuation, leur digestion, suite de notes disparates consignées dans des carnets ou mémorisées, aboutissent à cet éternel paradoxe que constitue un palmarès. On (c’est-à-dire le jury) prime les meilleurs, du moins ceux qu’il ( !) considère comme tels, oubliant, voire rejetant les autres, dans un mouvement régressif qui s’inscrit peu ou prou dans l’histoire d’un festival, parfois du cinéma, et qui marque la carrière des primés qui les ont réalisé. A propos de Mrs. Fang, retenons qu’il s’agit de l’une des premières fois qu’un documentaire l’emporte à Locarno. Je remonte la liste des Léopards d’or depuis tout à l’heure et il me semble n’en voir aucun autre. Plus effrayant, la plupart des titres ne me disent rien, alors que je vais à Locarno depuis environ trente ans. Qui se souvient de Han Jia de Li Hongqui, film chinois lui aussi sacré Léopard d’or, en 2010 ? Nous étions-nous enthousiasmés pour Private de Valerio Costanzo, en 2004 ? Que valait Parque via, du Mexicain Enrique Rivero, en 2008 ? Aucun blog n’en porte trace. Dans dix ans, je consulterai le mien pour savoir ce que je pensais de la sélection 2017. Enfin, nous verrons bien.

PS : Si je n’ai pas parlé de En el séptimo dia de Jim McKay, en compétition, c’est que je ne sais absolument pas quoi en dire.

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12/08/2017

Locarno 2017 : images volées, images retrouvées, adieux différés

dragonfly.jpgBien avant que Wang Bing ne soit sacré Léopard d’or 2017 pour Mrs. Fang, bien avant que j’en reparle, demain, lundi, qui sait, nous avions déjà commencé à fuir, telles des galaxies mues par cette mystérieuse accélération qui viendrait contredire un modèle cosmologique pour l’instant inexistant. Ce syndrome de (la) fuite, sensible depuis dix jours environ à Locarno, fragmentation d’un monde qui nous échappe, et qui pousse chacun à ériger son ego comme centre de l’univers, n’était-il pas à nouveau au cœur de Dragonfly Eyes, ce film de Xu Bing composé uniquement d’images captées par des caméras de surveillance ? Idée intéressante, dommage que celui qui a compilé ces images veuille à tout prix raconter quelque chose à travers celles-ci, s’efforcer à la fiction alors que la béance ou le vide me paraissent des options autrement plus fascinantes, voire radicales.

Gli Asteroidi, premier film de Germano Maccioni, n’a pas ces ambitions. Il ne parle pas d’astrophysique, ou alors si peu et de manière si saugrenue qu’il vaut mieux s’abstenir de tout commentaire. Presque un teen movie, n’était la présence massive d’un Pippo Delbono essoufflé. Promis, ce soir, nous tenterons tous de regarder le ciel en espérant y voir la lumière d’étoiles mortes depuis un temps qui n’appartenait pas encore au nôtre.

Pendant ce temps, sur la Piazza, l’avant-première suisse d’Atomic Blonde de David Leitch me réconcilie en partie avec un cinéma d’action trop souvent soporifique. Ne serait-ce que parce qu’il a la bonne idée de se dérouler à une époque – 1989, la chute du Mur – où les portables n’existaient pas et où le Net n’était pour ainsi dire pas réservé au public. Le film cultive la jouissance des codes, la frigidité des couleurs nocturnes, et compile quelques tubes sympathiques. Juste après, la fuite a repris son droit, j’ai trébuché devant un Kursaal vidé de ses occupants, en espérant y refaire un tour dans six mois, lorsque tout cela serait vraiment vide, et non pas pour de faux. Et qui sait, peut-être pourrions-nous aller ensemble patiner sur la Piazza Grande ?

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11/08/2017

Locarno 2017: le fantôme d'un film est-il encore un film?

telenovela.jpgIl y a toujours cet espoir, infime et élégant, que quelque part, caché dans une boîte rouillée ou copié sur un fichier numérique, surgisse un film qui nous soit adressé, qui n'ait été fait que pour nous, qui attendait juste qu'on le découvre. Sauf que ce film, dans la majorité des cas, n'existe pas, du moins pas encore.Tournées dans les années 90, les séquences de La Telenovela errante n'avaient jamais été montrées et dormaient dans des boîtes depuis 27 ans. Raoul Ruiz, décédé en 2011, y réfléchissait sur le concept de soap opera. Sa veuve, Valeria Sarmiento, a monté ce matériel. En espérant, sans doute, qu'il s'adresse à quelqu'un. Nulle mort n'y plane, nulle folie n'y surgit. Dans sa volonté acide de déjouer le réel, le film est à la fois daté et hors d'âge, un impossible objet dont on ne sait trop que faire et dont la présence même en compétition locarnaise fait débat. Le temps passe, les films restent, et ce n'est pas tout à fait vrai.
did.jpgAutre temps, avant dans le même siècle, soit en 1946, année où un crime raciste était commis en Alabama. L'enquête est prétexte à une introspection. Peu d'images d'archives, beaucoup de films super-8, une voix-off constante, une forme expérimentale. Did You Wonder Who Fired the Gun? de Travis Wilkerson, son obsédante narration, ses questions ouvertes, ses fantômes qui hantent chaque image, son parallélisme avec un film de Mulligan qu'on aimerait revoir, To Kill a Mockingbird. L'assassin était l'aïeul du cinéaste, le souvenir s'est muré dans le secret. Alors il tente d'ouvrir les dossiers, de remuer un passé interdit. L'enquête est quête, la quête est double. Rien ne dissipe le trouble et c'est tant mieux.
Plus carré, Piazza Grande oblige, The Big Sick, production Judd Apatow signée Michael Showalter, retrace le propre parcours du comédien de stand-up qui l'incarne, Kumail Nanjiani. Peu convaincant, rarement drôle, le film n'est jamais meilleur que dans ses passages dramatiques, à l'intérieur d'un hôpital.
Enfin, dans la seconde partie de Contes de juillet de Guillaume Brac, film constitué de deux courts-métrages, j'aime l'idée que les personnages, trois garçons, deux filles, se quittent sans qu'il ne se passe rien alors que tout annonce le contraire. Le film se déroule le 14 juillet 2016 dans une Cité universitaire à Paris, et pendant ce temps, à Nice, un camion fonce sur la foule.

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