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  • Locarno 2019 - Catherine Breillat: "Les mauvais films, c'est de la flatulence intellectuelle"

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    breillat.jpgA Locarno, Catherine Breillat préside le jury officiel. Lourde tâche dont la cinéaste devrait sans problèmes s'acquitter. Entre deux séances, elle accorde aussi des interviews. Je n'étais pas sûr qu'elle accepte le principe de l'interview express, avec notamment le tutoiement. Mais la réponse fut favorable. Et elle n'a en tout cas rien perdu de sa véhémence.


    Comment abordes-tu ton rôle de présidente du Jury?


    C'est un grand honneur et il est important de ressentir les films en son âme et conscience. Je me battrai pour mes convictions.


    Ton dernier film, Abus de faiblesse, remonte à 2013. En tourneras-tu bientôt un nouveau?


    C'est uniquement une question de financement. Mais notre époque, qui est moraliste et conventionnelle, n'aide pas beaucoup. Je ne suis ni morale ni académique. Je ne suis pas dans le discours d'Une vieille maîtresse, qui remonte à 2007. Je me souviens qu'à Cannes, Asia Argento, qui joue dedans, avait eu des propos abominables et osé tenir un discours moraliste alors que l'art est libre. Aujourd'hui, faire des mauvais films, c'est de la flatulence intellectuelle.


    Quel regard jettes-tu sur ta carrière?


    Je ne peux parler que de films en particulier. 36 fillette, par exemple, qui avait gêné le public lors de sa présentation à Locarno en 1988, avait vingt ans d'avance sur son temps. Il n'a pas vieilli. Mais à l'époque, les gens en étaient sortis livides. Si ma carrière a toujours été si massacrée, c'est parce que j'ai constamment eu un regard décalé et en avance sur son temps. On m'a reproché ma lucidité. Notre société est traversée par le déni.


    On t'a parfois taxée de cinéaste polémique? Ou sulfureuse? Tu l'assumes?


    Polémique, je veux bien. Mais sulfureuse, non. Cela évoque le moisi, le démon, alors que c'est la société qui est moisie. Pour la société, je suis un scandale. Mais j'ai eu le droit d'être moi-même. J'ai lu Lautréamont et Miller à l'âge de 12 ans. J'ai vu La Nuit des forains de Bergman et ai découvert la violence des hommes.


    Qu'est-ce qui peut te mettre hors de toi?


    Je ne sais pas. Tout et rien. Je n'aime pas l'hypocrisie de la société. Ces gens qui parlent de #metoo sans rien analyser. Ces actrices qui se plaignent alors qu'elles ont des rôles, du boulot, je ne comprends pas.


    Si le niveau des océans montait de 15 mètres dans les huit jours, que ferais-tu?


    Haha, je n'aurais plus de maison, j'habite sur une île. Je suis dans le déni, je pense que si on ne croit pas au pire, le pire n'arrive pas.


    Quelle question rêves-tu qu'on te pose?


    Une question à laquelle je ne m'attends pas. C'est en général la question magnifique, celle qui stimule l'esprit. J'aime trop la découverte pour te donner un exemple.


    Si tu avais carte blanche pour dire ce que tu veux, que dirais-tu?


    J'en ai déjà dit beaucoup. Depuis 16 ans, rien ne peut m'interdire de parler de quoi que ce soit.


    Pourquoi alors les talk shows t'invitaient si peu, tu aurais été une très bonne cliente?


    Oui, mais à la télé, j'ai l'air acariâtre et méchante. Parfois même austère. Je ne renvoie pas une bonne image de moi. Alors que tu vois bien, je ris tout le temps quand je parle (je confirme). Je suis faite pour le face à face en interview ou pour la radio.

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  • Locarno 2019 - Pierre Deladonchamps: "Essayer de ne pas faire le film de trop"

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    deladonch2.jpgNotre dame, la comédie burlesque de Valérie Donzelli, a emballé Locarno. Dans son casting, on retrouve Pierre Deladonchamps dans un registre peu habituel. Son interview s'est déroulée en deux parties. L'une axée sur le film, que vous pourrez lire bientôt dans la Tribune. Et une seconde décalée, selon le principe des interviews express de mon blog, à lire ci-dessous.


    Qu'est-ce que tu aimes le moins au cinéma?


    Les essayages costumes. Ils peuvent être très pénibles. On enfile des dizaines de fois des habits, je n'aime pas trop ça.


    Est-ce que tu n 'en as pas marre qu'on te rappelle constamment que tu as débuté plus tard que la plupart des acteurs?


    Non, je n'en ai pas marre. Je pense en plus que ça m'a permis de ne pas péter les plombs. D'avoir vécu avant, de m'être installé dans la vie.


    En même temps, comme tu as commencé assez tard, tu risques de faire moins de films que d'autres?


    Oui, mais c'est la qualité qui compte, et non la quantité. J'essaie de ne pas faire le film de trop.


    En faisant du cinéma, cherchais-tu la célébrité?


    Non, je voulais juste qu'on m'aime. La célébrité me ferait plutôt peur. Il m'arrive d'être reconnu dans la rue, mais c'est toujours bienveillant. Pareil pour les selfies. Les gens restent en général discrets.


    Si la météo se compliquait dans les huit jours à venir, au point de tuer toute trace de vie sur terre, que ferais-tu dans cet intervalle?


    J'essaierais la drogue. Les drogues dures, je veux dire. La coke, l'héroïne, l'ecstasy, toutes ces substances que je n'ai jamais prises. Et que je n'ai d'ailleurs nulle envie d'essayer, puisque je n'ai pas envie de perdre le contrôle.


    Donc tu bois peu.


    L'alcool, c'est différent, j'arrive à gérer, à contrôler. En général, j'ai plutôt l'alcool drôle.


    Quelle question rêves-tu qu'on te pose?


    Celle-ci.


    Tu me prends de court, là.


    Oui, c'est l'arroseur arrosé.


    Si tu avais carte blanche pour dire ce que tu veux, que dirais-tu?


    Que j'ai beaucoup apprécié cette interview.

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  • Locarno 2019 - Maya Rochat: "Dans l'art contemporain, on me considère comme une bête sauvage"

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    rochat1.jpgIl y a quelques mois, en voyant un de ses tableaux, j'ai eu un gros coup de coeur. Sachant que Maya Rochat serait à Locarno pour y proposer installations et performances dans certains lieux du festival, je tenais à tout prix à la rencontrer. L'artiste lausannoise, et star du monde de l'art contemporain, a immédiatement accepté le principe de l'interview express, tutoiement et léger décalage dans les questions.


    En quoi consiste ton travail à Locarno?


    Déjà, c'est la première fois que je viens comme artiste. Il y a deux ans, j'avais fait une résidence ici. J'ai carte blanche, en fait. Nous sommes trois à travailler sur le même espace. Je propose une installation au Castello Visconti. Une sorte de recto verso. A l'extérieur du bâtiment et dans sa cour intérieure. Je travaille rarement dans des espaces aussi romantiques.


    Lundi, tu feras aussi une performance?


    Oui, je vais peindre sur des rétroprojecteurs. Le geste aboutira à une explosion de couleurs et à une peinture éphémère. L'idée de conserver les oeuvres, c'est bien, mais je ne crois pas que tout soit pérenne. Et chacune de mes installations est unique. Je ne répète jamais un montage.


    En deux mots, quel a été ton parcours?


    De la photo, je suis venue à la peinture, mais sans abandonner la photographie. Tout cela un peu par hasard. A l'ECAL, on a vu que j'avais un oeil pour le cadre. Du coup, je mène plusieurs disciplines en parallèle.


    Comment as-tu été choisie pour tes installations à Locarno?


    Cette année, j'ai gagné le prix de la Mobilière. Donc j'ai fait trois expositions avec eux. Une à Berne, dans leur QG. L'autre à Nyon, à l'entrée de leur bâtiment. Et la troisième ici à Locarno. J'ai chaque fois pris le parti de ne pas respecter le lieu de travail d'origine. J'ai craint l'étouffement au début, mais au contraire, ce fut extrêmement plaisant. Sans carte blanche, je ne l'aurais pas fait.


    Et quel est ton rapport au cinéma?


    Dans mon installation, il y a aussi des collages vidéo. Des film courts, expérimentaux. Des images collectives dans le premier film, plus personnelles dans le deuxième. Le cinéma pourrait m'attirer, mais la lenteur, c'est-à-dire le temps que prennent les projets pour se concrétiser, me décourage un peu.


    Tu es exposée à la Tate Modern de Londres. Comment devient-on une artiste contemporaine connue dans ce monde-là?


    Par l'acharnement. Mais pas d'opportunisme, qui n'est pas payant. Et un peu de sensibilité artistique malgré tout. A la base, il faut une passion naïve et pure. Et une envie de changer le monde.


    Que préfères-tu dans ce que tu fais?


    La peinture, cette magie qui s'installe quand elle s'étale. Cette apparition des couleurs. Les couleurs, le motif, la structure, tout prend énormément de temps. Dans le monde de l'art contemporain, on me considère comme une bête sauvage. Parce que je suis à la fois photographe et peintre.


    Si je devais acheter une de tes toiles, que m'en coûterait-il?


    La fourchette se situe entre 1'500 et 15'000 francs.


    Donc seules les galeries d'art ou les gens riches peuvent en acquérir.


    Oui, c'est toujours un problème. Tout le monde ne pourrait pas se permettre de m'acheter un tableau. C'est aussi pour cela que je fais des tirages à 500 francs qui sont relativement abordables.


    Si l'atmosphère terrestre disparaissait dans les huit jours, que ferais-tu?


    D'abord je verserais une larme. Puis je réunirais les gens que j'aime et je ferais une grande fête durant huit jours. La disparition des régnes végétal et animal me blesserait. Le gâchis me fait de la peine. Je mets tout cela aussi dans mon travail.


    Quelle question rêves-tu qu'on te pose?


    Celle que tu viens de me poser sur la fin de la civilisation et qu'on ne demande jamais en interview. Elle permet de s'interroger sur la situation du monde. J'ai envie que l'art en parle.


    Si tu avais carte blanche pour dire ce que tu veux, que dirais-tu?


    Qu'il n'y a plus de place pour la poésie et qu'il faudrait que ça change. Le superficiel et la digitalisation dominent. Exemple avec les téléphones portables. Pour communiquer, ça va. Mais on devient accro et on s'y perd. Cela me concerne d'ailleurs aussi.

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