16/05/2018

Cannes 2018, ces afféteries danoises qui ne plaisent pas à tout le monde

lars.jpgOn nous avait dit qu'il fallait faire attention au Lars von Trier. Attention dans le sens qu'il va déranger. Qu'il est hyper-violent. Qu'en gala, une centaine de pingouins et de robes supposément longues avaient pris la fuite. Flots de sang, séquences insoutenables. Pas entièrement faux, il y a bien des moments durs. Deux têtes de gosses qui se font exploser. L'un d'eux dont le cadavre devient une poupée humaine. Une femme qui se fait découper les seins - plan coupé après trois secondes. Et parfois un climat. Délétère mais décalé. Matt Dillon en serial killer (ci-dessus avec Uma Thurman, sa première victime dans le film), ce n'est pas du miscasting mais quelque chose de moins détraqué qu'on le pense. The House That Jack Built, oui, cauchemar éveillé, avec quelques beaux moments, un final décevant, car un peu débile, et cette volonté de déstructurer un récit qui serait sans doute plus angoissant sans toutes ces afféteries. Le cinéaste danois convoque Hitler - on a l'habitude - et l'enfer, découpe son film en cinq incidents, c'est-à-dire cinq meurtres, mais l'horreur tripale demeure trop souvent à la cave. Ce ne sont que promesses non tenues pour un film que je n'arrive pourtant pas à ne pas aimer.
Il fut aussi ici beaucoup question de deux autres films qui, comme le Lars von Trier, ont été montrés hors-compétition. Le Grand Bain de Gilles Lellouche, pour lequel toute la presse francophone s'est enthousiasmée (contrairement à Première, je pense qu'il s'agit d'un film beauf, et même très beauf). Et Solo : A Star Wars Story, bricolage de Ron Howard sur les origines d'un des héros de la vieille saga galactique susnommée. Ni l'un ni l'autre ne me donnent envie de développer

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15/05/2018

Cannes 2018, Spike Lee tout en force et une indigestion de nouilles

spike.jpgSpike Lee, 1986, Quinzaine des réalisateurs, She's Gotta Have It. Découverte, ovations, prix, l'ex-Palais Croisette en délire. 1989, la compétition, Do the Right Thing, histoire de tensions raciales, des rumeurs de Palme, Wenders qui prime Soderbergh, Spike Lee fou de colère. Rebelote en 1991. Jungle Fever. Toujours la cause des Noirs, un cinéaste qui part au front, rarement content, jamais satisfait. Puis Malcolm X, biopic dévoilé à Berlin, et des dizaines d'autres films, loin de Cannes, loin des marches, loin des récompenses. Un passage à la Quinzaine en 1999 avec Summer of Sam, Adrien Brody en punk, plus sympa qu'au naturel. Vingt ans après (presque, mais il fallait bien citer Dumas), le revoilà dans l'arène avec BlacKkKlansman (photo). L'Amérique des seventies, le KKK, les coupes afro, Adam Driver, suprêmement doué, puis l'Amérique d'aujourd'hui, les émeutes de Charlottesville en 2017, Trump et les discours des extrémistes. Spike Lee tout en force, comme on l'aime. La compétition relève un peu la tête.
Sinon, coup sur coup, deux films japonais. Dans Manbiki kazoku, une famille recomposée, des enfants recueillis, des parents qui volent. Mais on y mange trop - des nouilles à chaque plan - et l'on s'y égare aussi trop. Des secrets enfouis qui n'en sont pas vraiment pour un Hirokazu Kore-eda in fine moyen. Dans Asako I & II, on ne mange pas (ou peu) mais on s'aime. L'héroïne y tombe amoureuse deux fois, à deux ans d'écart, d'un garçon qui est le même - en réalité un sosie, semble-t-il. Il est d'ailleurs aussi interprété par le même acteur. On aimerait retrouver là la musique du Rohmer première manière, parfois plagié par Hong Sang-soo, desquels on paraît parfois s'inspirer ici, mais la magie s'installe peu et le film de Hamaguchi Ryusuke se traîne vite en longueur.

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13/05/2018

Cannes 2018, un joli conte signé Rohrwacher, une démonstration lourdingue de Husson

lazzaro.jpgL'impossibilité de parler de tout, et celle, encore plus évidente, de tout aimer. De trois films en compétition ce jour (ou lendemain de première, ce dont les lecteurs n'ont cure), un seul a vraiment marqué mon intérêt, et c'est aussi le seul que j'illustrerai. Lazzaro Felice, d'Alice Rohrwacher. Sa troisième fiction, la plus fantasque et la plus drolatique. Sorte de parabole sur le monde, très schématisé, très binaire - les riches d'un côté, les pauvres de l'autre -, le récit se détraque à la moitié, décalant son principal héros, le délicat Adriano Tardiolo (à gauche sur la photo), un jeune paysan, après une chute mortelle, dans un futur à demi probable. Il y a quelque chose de la fable dans ce film singulier et par instants inquiétant qui renoue avec cet univers du conte si important dans la culture italienne. Jafar Panahi, lui, fait un cinéma qui correspond à ce qu'on en attend. Exemple avec 3 Faces, nouveau film de la clandestinité, traitant cette fois de la manipulation des images. Fiction imprévisible pour mise en scène égale à elle-même, mais qui cette fois me passe par-dessus la tête. (Enfin), j'ai gardé le moins bon pour la fin avec le sentencieux Les Filles du soleil d'Eva Husson, qui veut délivrer son message sur la guerre et les femmes. Golshifteh Farahani sur le catwalk de la fashion week au Kurdistan, écarquillant les yeux telle une icône de la mode transfugée sur sol guerrier et découvrant que c'est horrible (bientôt un contrat chez L'Oréal? l'a-t-elle déjà?). Emmanuelle Bercot, bandeau sur l'oeil comme John Ford (Raoul Walsh, peut-être), journaliste et photographe, grand reporter et baroudeuse, témoin des faits, découvrant que c'est atroce. Et toutes les autres, figurantes ou seconds rôles, dans une démonstration lyrique et appuyée, plongeant dans l'enfer du film à sujet (ce pour quoi le film concourt à Cannes), signé par une Madame Husson sans rosier qu'on préférait dirigeant le sulfureux Bang Gang, sorti en 2015, très éloigné de ce fatras bienpensant.

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