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  • Locarno 2019 - Fulvio Bernasconi: "Un dîner avec Che Guevara"

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    bernasconi.jpgMercredi soir, il a reçu le Premio Cinema Ticino, décerné tous les deux ans à un Tessinois ou une Tessinoise dont l'oeuvre au cinéma fait rayonner sa région. Le réalisateur, actuellement entre Lausanne et Genève, où il parachève le montage de Quartier des banques 2, succède à la maquilleuse Esmé Sciaroni. Il a accepté avec le même plaisir le principe de l'interview express.


    Recevoir le prix Cinema Ticino, cela signifie quoi pour toi?


    C'est la reconnaissance de la région où je vis. On dit toujours que nul n'est prophète en son pays, et là, c'est l'inverse. Ce prix est décerné à des gens qui font rayonner le Tessin et sur ce point, ça me fait extrêmement plaisir.


    Tu es sans doute d'ailleurs l'un des plus jeunes lauréats de ce prix.


    C'est probable. Teco Celio, Villi Hermann, Esmé Sciaroni, Ventura Films et Amka Films, l'ont remporté, je crois. Plus Renato Berta. Je ne crois pas que l'âge des lauréats pose problème.


    Penses-tu le mériter?


    A Los Angeles, la concurrence serait plus grande. Mais au Tessin, nous ne sommes pas trop à prétendre l'obtenir. Même si je n'ai pas de film pour l'accompagner. Ils projettent Fuori dalle corde, qui était en compétition ici il y a quelques années, en 2007.


    Quel est ton rapport actuel avec le Tessin?


    J'ai réalisé des documentaires diffusés par la télévision. Un tous les deux ans environ.


    Tu es également le réalisateur de la série Quai des banques, dont tu viens de mettre en boîte la deuxième saison à Genève. Est-ce que c'est conciliable avec ta démarche d'auteur?


    Je ne vois pas de grosse différence entre une commande et un film soi-disant d'auteur. Même Miséricorde, que j'ai tourné en 2016, était un projet qu'on m'a proposé. Quant à Quartier des banques, il s'agit d'un projet que j'ai pu développer avec Stéphane Mitchell, la scénariste, et le producteur Jean-Marc Frohle, de Point Prod. Je dois ajouter que j'ai la chance de faire les choses qui me plaisent. Et puis c'est une série où j'ai réalisé tous les épisodes, six par saison, ce qui n'est pas toujours possible avec toutes les séries. J'ai donc une responsabilité esthétique et éthique sur le résultat. Mais le cinéma est un art collectif, et c'est aussi pour ça que j'ai de la peine avec la notion d'auteur.


    Si tu apprenais qu'une guerre nucléaire allait éclater dans les huit jours, que ferais-tu?


    J'essairais de fuir ailleurs, dans un autre territoire s'il n'est pas encore touché.


    Quelle question rêves-tu qu'on te pose?


    Des questions stupides, comme celles qu'on pose aux stars. Par exemple avec qui j'aimerais aller dîner. Et je répondrais avec Che Guevara. J'aurais des demandes spécifiques à lui faire. Par exemple pourquoi il n'est pas resté ministre de l'économie à Cuba.


    Si tu avais carte blanche pour dire ce que tu veux, que dirais-tu?


    Je voudrais parler de la cinéaste Anne Deluz, qui souffre actuellement d'un cancer mais dont l'assurance-maladie ne veut pas prendre en charge les frais d'un traitement totalement novateur, l'estimant injustifié. Sur l'initiative de la SSA, une collecte a été lancée sur Facebook. J'estime que la santé est un bien public et que tout le monde doit y avoir accès.

     

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  • Locarno 2019 - Simon Guélat: "J'ose espérer que l'art peut encore nous dépasser"

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    guelat.jpgDe Locarno, restent généralement des souvenirs, des visages, des prénoms, des films bien sûr, qui se télescopent dans une singulière nostalgie propre aux festivals. De Locarno 2019, il y aura par exemple cet Aline de Simon Guélat, magnifique court-métrage qui par-delà l'universalité de sa thématique redit notre malaise face à ce qu'on ne connaît pas et révèle une sensibilité insoupçonnable. Adaptant Ramuz, la détournant serait plus juste, le jeune comédien d'origine jurassienne, entrevu dans 120 battements par minutes de Robin Campillo, parvient à cette justesse de chaque plan qui définit la nécessité d'un film tout en retenue et en clairs-obscurs, troublante métaphore d'une société où l'ostrascisme et le rejet de l'autre semblent devenus la norme. Simon Guélat est l'interview express du jour dans mon blog locarnais. Et ne manquez pas son film, sa première a lieu demain.


    Pourquoi as-tu choisi d'adapter Aline de Ramuz et surtout pourquoi en donnes-tu une version actuelle et un peu décalée?


    Ramuz, je l'avais découvert avec Denis Maillefer, pour un spectacle à Vidy inspiré de deux nouvelles, Salutations paysannes et L'Amour de la fille et du garçon. J'avais adoré cette écriture, sa manière de dépeindre la découverte du sentiment amoureux. Après, j'ai lu plusieurs autres textes de lui, dont Aline, qui est son premier roman. Cette adaptation est liée au fait qu'il y a des choses qui résistent chez Ramuz. Dans le roman, la différence de classes sociales est plus accentuée. Aline vit aussi avec sa mère, cette dernière apprend qu'elle a rencontré un certain Julien. Un personnage que le roman condamne. J'avais au contraire envie de le sauver.


    Qu'est-ce que le film raconte de toi?


    La difficulté de s'accepter dans un milieu hétéronormé. Je n'ai pas fait beaucoup de films. Mon premier court, Cabane, a des liens avec celui-ci. Ce qui me touche, ce sont ces personnages qui arrivent à s'affranchir du milieu d'où ils viennent. En tant qu'homosexuel venant de la campagne, je ne me voyais guère de place pour ça.


    Comment as-tu découvert tes deux comédiens, Paulin Jaccoud et Schemci Lauth, qui jouent respectivement Alban et Julien?


    Au départ, comme il vient d'ailleurs, j'ai cherché le rôle d'Alban en France. Je voulais un personnage androgyne. Quant à celui de Julien, je le cherchais en Suisse. Au final, c'est l'inverse qui s'est produit. Alban a donné la réplique à Julien, et cela fonctionnait.


    As-tu un peu féminisé Alban?


    Légèrement. Je lui ai aussi fait faire des cours de voguing, une danse urbaine née dans des clubs gays. Puis on a beaucoup répété.


    De quel personnage te sens-tu le plus proche?


    Je suis un peu entre les deux. J'aurais aimé avoir la liberté d'Alban. D'ailleurs, peut-être fait-on des films par revanche vis-à-vis de soi-même.


    En quelques mots, peux-tu me raconter ton parcours?


    J'ai fait une matu théâtre au Jura, seul canton suisse où c'est possible. Puis La Manufacture à l'âge de 19 ans. En sortant de l'école, j'ai travaillé comme comédien, puis suis parti à Paris en 2007. Mais je travaille régulièrement en Suisse comme acteur. Début 2020, je serai à Vidy pour Outrage au public de Peter Handke. Et j'ai réalisé mon premier court-métrage en 2016.


    On t'a également vu dans la web-série gay ProjetPieuvre, dans le rôle d'un stalker qui s'introduit chez un garçon lorsqu'il n'est pas là, renifle ses habits et se glisse dans ses draps? Comment es-tu arrivé là-dessus?


    C'est Arthur (le créateur de la série), qui m'a contacté après m'avoir vu dans 120 battements par minute. Au départ, cela m'angoissait de le faire sur une longue période. Mais les tournages ont été regroupés. C'était une rencontre sympa. Il n'est pas exclu que je tourne d'autres épisodes.


    Tu as également fait une résidence d'écriture en Provence, avec une bourse octroyée par la FARB (Fondation Anne et Robert Bloch). Ce n'est pas un truc de glandeur, ça?


    Oui, sans doute. Mais ce ne sont quand même pas des vacances payées. Il est assez rare qu'on nous laisse tranquilles, dans ce métier. J'en ai profité pour faire un film sur une jardinière que je vois tous les jours.


    Tu vis à Paris en ce moment?


    Oui.


    Si tu apprenais, à ton retour, qu'une bombe atomique allait y exploser sans que tu puisses t'enfuir, que ferais-tu?


    Un film pour essayer de changer le cours des choses. J'ose espérer que l'art peut encore nous dépasser. Mais dans une telle situation, cela raccourcirait l'ultimatum. Car on sait qu'on va dans le mur. On ne sait pas quand, mais ça va arriver.


    Quelle question rêves-tu qu'on te pose?


    Celle-là.


    Pierre Deladonchamps m'a déjà répondu la même chose.


    Oui, mais c'est compliqué de ne pas avoir de contraintes. Elles sont fécondes. Quand tu fais un film, tu n'as que des contraintes. Et la question, c'est une forme de contrainte. Quand elles sont ouvertes, c'est plus dur.


    Si tu avais carte blanche pour dire ce que tu veux, que dirais-tu?


    Je donnerais un conseil de lecture. Paul B. Presciado, son livre s'appelle Un appartement sur Uranus et il rassemble des chroniques parues dans Libération. Nous rappelant qu'il y a encore de nombreux combats à mener, comme les droits des homosexuels. (En cherchant le livre sur Google, j'ai vu qu'il était cosigné par Virginie Despentes.)

     

     

  • Locarno 2019 - Catherine Breillat: "Les mauvais films, c'est de la flatulence intellectuelle"

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    breillat.jpgA Locarno, Catherine Breillat préside le jury officiel. Lourde tâche dont la cinéaste devrait sans problèmes s'acquitter. Entre deux séances, elle accorde aussi des interviews. Je n'étais pas sûr qu'elle accepte le principe de l'interview express, avec notamment le tutoiement. Mais la réponse fut favorable. Et elle n'a en tout cas rien perdu de sa véhémence.


    Comment abordes-tu ton rôle de présidente du Jury?


    C'est un grand honneur et il est important de ressentir les films en son âme et conscience. Je me battrai pour mes convictions.


    Ton dernier film, Abus de faiblesse, remonte à 2013. En tourneras-tu bientôt un nouveau?


    C'est uniquement une question de financement. Mais notre époque, qui est moraliste et conventionnelle, n'aide pas beaucoup. Je ne suis ni morale ni académique. Je ne suis pas dans le discours d'Une vieille maîtresse, qui remonte à 2007. Je me souviens qu'à Cannes, Asia Argento, qui joue dedans, avait eu des propos abominables et osé tenir un discours moraliste alors que l'art est libre. Aujourd'hui, faire des mauvais films, c'est de la flatulence intellectuelle.


    Quel regard jettes-tu sur ta carrière?


    Je ne peux parler que de films en particulier. 36 fillette, par exemple, qui avait gêné le public lors de sa présentation à Locarno en 1988, avait vingt ans d'avance sur son temps. Il n'a pas vieilli. Mais à l'époque, les gens en étaient sortis livides. Si ma carrière a toujours été si massacrée, c'est parce que j'ai constamment eu un regard décalé et en avance sur son temps. On m'a reproché ma lucidité. Notre société est traversée par le déni.


    On t'a parfois taxée de cinéaste polémique? Ou sulfureuse? Tu l'assumes?


    Polémique, je veux bien. Mais sulfureuse, non. Cela évoque le moisi, le démon, alors que c'est la société qui est moisie. Pour la société, je suis un scandale. Mais j'ai eu le droit d'être moi-même. J'ai lu Lautréamont et Miller à l'âge de 12 ans. J'ai vu La Nuit des forains de Bergman et ai découvert la violence des hommes.


    Qu'est-ce qui peut te mettre hors de toi?


    Je ne sais pas. Tout et rien. Je n'aime pas l'hypocrisie de la société. Ces gens qui parlent de #metoo sans rien analyser. Ces actrices qui se plaignent alors qu'elles ont des rôles, du boulot, je ne comprends pas.


    Si le niveau des océans montait de 15 mètres dans les huit jours, que ferais-tu?


    Haha, je n'aurais plus de maison, j'habite sur une île. Je suis dans le déni, je pense que si on ne croit pas au pire, le pire n'arrive pas.


    Quelle question rêves-tu qu'on te pose?


    Une question à laquelle je ne m'attends pas. C'est en général la question magnifique, celle qui stimule l'esprit. J'aime trop la découverte pour te donner un exemple.


    Si tu avais carte blanche pour dire ce que tu veux, que dirais-tu?


    J'en ai déjà dit beaucoup. Depuis 16 ans, rien ne peut m'interdire de parler de quoi que ce soit.


    Pourquoi alors les talk shows t'invitaient si peu, tu aurais été une très bonne cliente?


    Oui, mais à la télé, j'ai l'air acariâtre et méchante. Parfois même austère. Je ne renvoie pas une bonne image de moi. Alors que tu vois bien, je ris tout le temps quand je parle (je confirme). Je suis faite pour le face à face en interview ou pour la radio.

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