12/07/2018

Ils nous ont quittés en mai 2018

roth2.jpgLorsqu'un écrivain disparaît, la prise de conscience qu'il ne produira plus rien de nouveau, sauf inédits posthumes, s'installe. Parfois douloureusement. En mai sont parties de grosses pointures en la matière, particulièrement côté américain. Philip Roth (photo 1) et Tom Wolfe (photo 2) ont chacun illuminé le siècle et influencé le paysage littéraire. De tels géants sont rares. Ils sont morts à huit jours d'écart. En France, le théoricien Gérard Genette (photo 3) - que ceux qui ne l'ont pas étudié lèvent la main - a lui aussi tiré sa révérence. Parlera-t-on encore de narratologie dans un siècle? Voici la liste des principaux disparus du cinéma et de la culture en mai 2018.

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Alexandre ASKOLDOV, réalisateur soviétique (17 juillet 1932 - 21 mai 2018).
Pierre BELLEMARE, animateur de télévision français (21 octobre 1929 - 26 mai 2018).
Roberto FARIAS, cinéaste brésilien (27 mars 1932 - 14 mai 2018).
Anna Maria FERRERO, actrice italienne (18 février 1934 - 21 mai 2018).
Gérard GENETTE, critique littéraire français (7 juin 1930 - 11 mai 2018).
Margot KIDDER, actrice canadienne (17 octobre 1948 - 13 mai 2018).
Vincent MCEVEETY, réalisateur américain (10 septembre 1929 - 19 mai 2018).
MAURANE, chanteuse belge (12 novembre 1960 - 7 mai 2018).
Abi OFARIM, chanteur israélien (5 octobre 1937 - 4 mai 2018).
Ermanno OLMI, réalisateur italien (24 juillet 1931 - 7 mai 2018).
Lucian PINTILIE, réalisateur roumain (9 novembre 1933 - 16 mai 2018).
Pierre RISSIENT, réalisateur et scénariste français (4 août 1936 - 6 mai 2018).
Philip ROTH, écrivain américain (19 mars 1933 - 22 mai 2018).
Clint WALKER, acteur américain (30 mai 1927 - 21 mai 2018).
Tom WOLFE, écrivain américain (2 mars 1930 - 14 mai 2018).

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11/07/2018

Locarno 2018, et nos rétines ont déjà le vertige

liberty.jpgAvant d'aborder Locarno, dont le programme vient d'être dévoilé, avant de découvrir les films qui y seront présentés, autant de titres dont on ne sait rien, on peut lire ce que dit Carlo Chatrian de cette édition, qui sera également sa dernière en tant que directeur artistique, puisqu'il s'envolera ensuite pour prendre les rênes de la Berlinale. Placée sous le signe de l'humanisme, son introduction au programme 2018 allèche surtout parce qu'elle fait preuve de gourmandise. Une fois de plus, il y dresse des passerelles entre le présent du cinéma et son passé. Evoque Mae West (égérie de l'un des films de la rétrospective McCarey) en parlant du dernier film de Julio Bressane, Seduçao da carne, en section "Signs of Life". Cite Irene Dunne (autre muse de McCarey) en brandissant Mary Kay Place , actrice de Diane de Kent Jones, en compétition. Evidemment, il sait de quoi il parle. Il a vu et sélectionné les films, nous pas. Donc on ne peut que lui faire confiance, ou pas. Après, nos sensibilités (et goûts) mettront peut-être à mal ces choix, peu importe. En attendant, c'est sur ce contrat de confiance, tacite, que se dessinent les contours d'un festival qu'un premier et rapide coup d'oeil suffit déja à affoler nos rétines.
vent oberli.jpgSur la Piazza, il y aura Laurel et Hardy en ouverture - le célèbre Liberty (1929, photo du haut), l'un des innombrables courts de McCarey qui ont assis la réputation du tandem -, suivi d'une comédie, Les Beaux Esprits de Vianney Lebasque. Puis dans le désordre, on y verra le dernier Spike Lee primé à Cannes, BlacKkKlansman, le début d'une série signée Bruno Dumont, Coincoin et les z'inhumains, assorti d'un Léopard d'honneur décerné à son auteur, et les derniers films de Bettina Oberli (Le Vent tourne, photo), Delépine/Kervern, Ethan Hawke (qui recevra un prix), Denis Rabaglia ou Antoine Fuqua pour l'action testostéronée. En compétition, on peut déjà citer Radu Muntean (avec Alice T.), qui sait généralement ce qu'il filme, Hong Sangsoo (Hotel by the River), plus actif que jamais, Thomas Imbach pour les Suisses (Glaubenberg), Yolande Zauberman qui se fait rare (M), et le déjà intrigant La Flor de Mariano Llinas, production argentine dont la durée déjoue a priori toute classification, puisque le film fait 815 minutes, soit un peu plus de... 13 heures. En section Cinéastes du présent, on prendra des nouvelles de Virgil Vernier (Sophia Antipolis), pendant qu'à la Semaine de la critique, on retrouvera Nicolas Wadimoff avec L'Apollon de Gaza. Mais je ne vais pas continuer à lister des titres ou des invités dont vous trouverez sans peine l'énumération sur le site du festival, et encore moins chercher à en tirer des angles thématiques, démarche obsessionnelle chez les journalistes, il sera bien temps d'en reparler dès le 1er août, jour d'ouverture de cette 71e édition. Pléthorique, curieux, contrasté, revigorant, profus et désenchanté. C'est ainsi qu'on espère, tout à fait secrètement, Locarno 2018. Buona visione!

14:48 Publié dans Cinéma, Festival de Locarno 2018 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

10/07/2018

A Bologne, les divas ont repris le pouvoir

moglie.jpgElles avaient le monde à leurs pieds. Le cinéma se conformait à leurs désirs et elles en exprimaient la puissance par leur seule présence. Dans les années dix, et jusqu'au début des années 20, les divas règnent sur le cinéma italien et s'exportent dans le monde entier. Ce qu'il en reste aujourd'hui, on ne peut le découvrir que dans des festivals rétrospectifs comme Bologne, ou parfois, des films invisibles, perdus, retrouvés, puis restaurés, sortent des limbes, complétant des connaissances forcément fragmentaires sur le sujet. Pas mal de muets italiens figuraient au programme cette année. Les divas n'étaient donc pas en reste. La Moglie di Claudio de Gero Zambuto (1918), qu'on peut du reste trouver sur le net si l'on n'est pas trop difficile sur la qualité du visionnement, met en scène Pina Menichelli (ci-dessus). Dans un rôle de femme méchante et ignoble dont elle semblait détenir le secret. Ses apparitions sont hypnotiques, elles dictent la narration du film, allant jusqu'à faire office de mise en scène dans ce sombre drame sur l'amour et la jalousie. Elle éclipse évidemment tous les autres, donnant à voir un monde perdu dont elle seule possède la clé.
La plus comique Leda Gys - elle n'était pas la seule, et me vient en mémoire Lea Giunchi - tient la vedette dans Vedi Napule e po' mori d'Eugenio Perego (1924), qui conjugue un naturalisme peu courant pour l'époque (beaux plans du Naples des années 20) à un goût pour les scènes de groupe également inhabituel. Plaisant, le film ne dit rien de majeur sur son actrice, davantage au service de l'intrigue que l'inverse.
bertini.jpgOn peut affirmer le contraire à propos de L'Avarizia de Gustavo Serena (1919), qui fait partie d'un ensemble de sept films, I Sette Peccati capitali, qu'on aurait tous retrouvés en République tchèque (ont-ils été restaurés? et sinon quand?). Le film vaut évidemment pour la grande Francesca Bertini, qui s'en sert comme d'un écrin (photo ci-dessus). Le métrage s'emballe et s'avère plus savoureux dans sa seconde partie, car l'actrice y est davantage en roue libre. Le drame éclate, la diva se roule dans la fourrure, feignant d'endurer mille morts, retrouvant la justification de son existence. Production ambitieuse pour l'époque, L'Avarizia est un film luxueux aux accents presque baroques. Le tandem Bertini/Serena, déjà aux commandes en 1915 d'Assunta Spina, augure d'un film contrôlé dans sa démesure. On attend désormais la restauration des six autres.
Enfin, de Lyda Borelli, la plus grande de toutes, aucun nouveau fragment n'est apparu cette année, mais un constat optimiste s'impose. Des treize films qu'elle tourna (elle se retira en 1918), pratiquement la moitié existe, ce qui est largement supérieur aux chiffres usuellement brandis pour décrire la situation du cinéma muet, considéré comme perdu à plus de 80%. Que doit-on en déduire? Hélas rien. Le fait qu'une actrice de son calibre soit davantage conservée qu'une vedette de second rang n'a rien d'étonnant. On a ainsi pu voir un trop court fragment de son ultime film, La Leggenda di Santa Barbara, dont il ne semble subsister rien d'autre. Trop succinct pour se faire une idée. Quant au Carnevalesca d'Amleto Palermi (1917), retrouvé dans les années 90, il demeure toujours aussi délicieusement rocambolesque. Dans l'attente d'en retrouver davantage, il faut évidemment conseiller ici l'acquisition d'un DVD événement sorti durant le festival de Bologne, Dive!. Il contient quatre films indispensables: Ma l'amor mio non muore de Mario Caserini (1913), Rapsodia satanica de Nino Oxilia (1915), tous deux avec Borelli, et Sangue bleu de Nino Oxilia (1914) et Assunta Spina de Gustavo Serena (1915), tous deux avec Bertini. En voici la jaquette:

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17:06 Publié dans Cinéma, Cinéma muet | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |