14/02/2017

Berlin 2017 - Sabu, l'Asiatique qui attend son heure

sabu.jpgNe dirait-on pas un père et son fils? Impression déjouée par le sous-titre, qui indique que les deux ne se connaissent pas (vraiment). Pourtant, ce thème du rapprochement filial finit par l'emporter dans le séduisant Mr. Long de Sabu, qui débute comme un film d'action violent et sanglant avant de s'achever pratiquement sur un air de mélo tire-larmes. Les transitions sont habiles, les personnages identifiables, et l'ensemble possède une cohésion graphique qui s'ancre autant dans la tradition du cinéma asiatique que dans le classicisme hollywoodien. Davantage connu dans les festivals (et surtout à Berlin) qu'en dehors, Sabu pourrait enfin prendre un envol mérité grâce à ce Mr. Long qui pourtant payait peu de mine sur le papier.


nachte.jpgCette fois, on ne dirait pas forcément un père et son fils. Tel est pourtant le cas dans Helle Nächte, film centré sur leur rapprochement au cours d'un voyage en Norvège après un enterrement. L'aspect méditatif l'emporte dans des plans souvent silencieux, dont un très long plan-séquence sur une route, depuis une voiture traversant des contrées embrumées où les vestiges de civilisation se font rares. Le dépouillement, pour ne pas dire le dénuement, impose sa loi extrinsèque sans exclure l'émotion. Helle Nächte, de l'Allemand Thomas Arslan, ne révolutionnera pas le cinéma d'auteur européen, mais il instille sa grammaire intimiste sans se la jouer grand philosophe.


the-party.jpgEt puis voici quatre personnages, ou acteurs, en quête d'auteur. La pose est volontairement théâtrale dans ce vaudeville qui se termine mal, règlement de comptes au cours d'une party qui dégénère. Pas toujours inspirée, Sally Potter donne ici dans la facilité, convoquant les rires du public sous une esthétique noir et blanc gratuite. Bien ciselés par de brillants comédiens, les dialogues fusent et font ricochet. Tout cela a le mérite d'être très court (71 minutes) et de donner un coup de fouet salutaire entre deux productions plus cérébrales. En revanche, The Party - rien à voir avec le chef d'oeuvre de Blake Edwards - est loin d'être le métrage le plus essentiel de cette 67e Berlinale.

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12/02/2017

Berlin 2017 - Une actrice transgenre et la haine viscérale des chasseurs

una-mujer-fantástica.jpgLa voici, l'héroïne d'Una mujer fantastica, le nouveau film de Sebastian Lelio, acclamé ici en 2013 avec Gloria. Une actrice transgenre qui s'appelle Daniela Vega et va se retrouver au coeur d'un drame à plusieurs niveaux - tout commence par un malaise qui nous conduit directement à l'hôpital - multipliant les interrogations sur l'identité. C'est terriblement bien amené et raconté, sans aucune scène inutile, surprenant de bout en bout. Evitant tous les écueils, tous les pièges de son scénario, le cinéaste chilien assume une sûreté narrative qui s'affirme d'un film à l'autre. Ne pas le distinguer au palmarès de la Berlinale pourrait relever, à ce niveau-là, de la pure injure.

spoor.jpgChangement de décor. Nous sommes ici en pleine forêt, du moins les trois quarts du temps. Des morts mystérieuses, une femme retirée dans sa maison, un amour des animaux qui vire à l'obsession, une haine viscérale des chasseurs. Singulier décor pour un film aux allures de thriller qui marque aussi le retour d'Agnieszka Holland aux affaires, c'est-à-dire au cinéma, plus précisément au grand écran. Les ambitions sont là, mais le résultat demeure par instants foutraque, pas assez tenu. Tiré d'un roman, divisé en chapitres, Pokot (Spoor) se veut subversif, la peinture d'une réalité anarchique et volontiers étrange. Certes, mais...

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11/02/2017

Berlin 2017 - Giacometti, une chanteuse africaine et un journaliste qui se fait virer

final.jpgSoit, les deux hommes ci-dessus ne croisent pas leurs regards. Ce portrait final est celui que livrera Alberto Giacometti du critique d'art James Lord quelque temps avant la disparition du premier. Geoffrey Rush en Giacometti, rugueux, gris, imprévisible, rocailleux, buriné. Armie Hammer en Lord, séduisant, lisse, anguleux, malicieux, prévisible, doux. Des oppositions et un face à face que le comédien Stanley Tucci, dont c'est le cinquième passage derrière la caméra, met en valeur derrière une reconstitution se voulant irréprochable - le Paris de 1964 recréé à Londres. Il s'efforce de capter le chaos régnant autour d'un Giacometti impossible à faire rentrer dans un cadre et qui pourtant ne travaille au fond que sur le cadrage. Il y a dans Final Portrait une dimension comique qui noie la nostalgie et la noirceur d'un propos centré sur une âme. Le résultat est plus qu'agréable.

Felicite.jpgRestons dans le portrait en évoquant celui de Félicité, chanteuse dans un bar de Kinshasa. Une femme face à l'adversité lorsqu'elle réalise que son fils, victime d'un grave accident, va devoir se faire opérer et qu'il lui faudra trouver des sommes colossales pour payer les frais de sa longue opération. Le cinéaste Alain Gomis se confronte au drame social et au film de chant. Entre gros plans sur son héroïne, Véro Tshanda Beya, plans larges documentaires sur les rues dévastées d'une ville saisie dans son présent, et scènes d'un quotidien heurté, Félicité parvient à trouver ses marques, emportant l'adhésion malgré quelques longueurs.

wilde.jpgUltime portrait de cette journée, celui d'un critique musical viennois, Georg, qui se fait virer du jour au lendemain de son média. Tel est le point de départ de Wilde Maus, une production autrichienne qui mérite bien sa place en compétition. Victime de mesures économiques qui vont évidemment chambouler son existence, Georg bascule alors dans une autre réalité où les motifs de la vengeance et du déni semblent indiquer un modus vivendi fort différent du premier. L'acteur Josef Hader, à la fois devant et derrière la caméra (c'est celui qui tient la bouteille de bière sur l'image ci-dessus), réussit surtout dans son premier film à gérer avec pas mal de subtilité l'ironie que soulève toute cette histoire. Contre toute attente, il signe une comédie désespérée dans laquelle chaque séquence vient détruire un peu plus ce qui a été précédemment échafaudé. Cette logique de déconstruction, même si elle obéit à des règles narratives classiques, génère inévitablement le rire. Particulièrement jouissif!

23:06 Publié dans Cinéma, Festival de Berlin 2017 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |