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  • Locarno 2019 - Pierre Deladonchamps: "Essayer de ne pas faire le film de trop"

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    deladonch2.jpgNotre dame, la comédie burlesque de Valérie Donzelli, a emballé Locarno. Dans son casting, on retrouve Pierre Deladonchamps dans un registre peu habituel. Son interview s'est déroulée en deux parties. L'une axée sur le film, que vous pourrez lire bientôt dans la Tribune. Et une seconde décalée, selon le principe des interviews express de mon blog, à lire ci-dessous.


    Qu'est-ce que tu aimes le moins au cinéma?


    Les essayages costumes. Ils peuvent être très pénibles. On enfile des dizaines de fois des habits, je n'aime pas trop ça.


    Est-ce que tu n 'en as pas marre qu'on te rappelle constamment que tu as débuté plus tard que la plupart des acteurs?


    Non, je n'en ai pas marre. Je pense en plus que ça m'a permis de ne pas péter les plombs. D'avoir vécu avant, de m'être installé dans la vie.


    En même temps, comme tu as commencé assez tard, tu risques de faire moins de films que d'autres?


    Oui, mais c'est la qualité qui compte, et non la quantité. J'essaie de ne pas faire le film de trop.


    En faisant du cinéma, cherchais-tu la célébrité?


    Non, je voulais juste qu'on m'aime. La célébrité me ferait plutôt peur. Il m'arrive d'être reconnu dans la rue, mais c'est toujours bienveillant. Pareil pour les selfies. Les gens restent en général discrets.


    Si la météo se compliquait dans les huit jours à venir, au point de tuer toute trace de vie sur terre, que ferais-tu dans cet intervalle?


    J'essaierais la drogue. Les drogues dures, je veux dire. La coke, l'héroïne, l'ecstasy, toutes ces substances que je n'ai jamais prises. Et que je n'ai d'ailleurs nulle envie d'essayer, puisque je n'ai pas envie de perdre le contrôle.


    Donc tu bois peu.


    L'alcool, c'est différent, j'arrive à gérer, à contrôler. En général, j'ai plutôt l'alcool drôle.


    Quelle question rêves-tu qu'on te pose?


    Celle-ci.


    Tu me prends de court, là.


    Oui, c'est l'arroseur arrosé.


    Si tu avais carte blanche pour dire ce que tu veux, que dirais-tu?


    Que j'ai beaucoup apprécié cette interview.

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  • Locarno 2019 - Maya Rochat: "Dans l'art contemporain, on me considère comme une bête sauvage"

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    rochat1.jpgIl y a quelques mois, en voyant un de ses tableaux, j'ai eu un gros coup de coeur. Sachant que Maya Rochat serait à Locarno pour y proposer installations et performances dans certains lieux du festival, je tenais à tout prix à la rencontrer. L'artiste lausannoise, et star du monde de l'art contemporain, a immédiatement accepté le principe de l'interview express, tutoiement et léger décalage dans les questions.


    En quoi consiste ton travail à Locarno?


    Déjà, c'est la première fois que je viens comme artiste. Il y a deux ans, j'avais fait une résidence ici. J'ai carte blanche, en fait. Nous sommes trois à travailler sur le même espace. Je propose une installation au Castello Visconti. Une sorte de recto verso. A l'extérieur du bâtiment et dans sa cour intérieure. Je travaille rarement dans des espaces aussi romantiques.


    Lundi, tu feras aussi une performance?


    Oui, je vais peindre sur des rétroprojecteurs. Le geste aboutira à une explosion de couleurs et à une peinture éphémère. L'idée de conserver les oeuvres, c'est bien, mais je ne crois pas que tout soit pérenne. Et chacune de mes installations est unique. Je ne répète jamais un montage.


    En deux mots, quel a été ton parcours?


    De la photo, je suis venue à la peinture, mais sans abandonner la photographie. Tout cela un peu par hasard. A l'ECAL, on a vu que j'avais un oeil pour le cadre. Du coup, je mène plusieurs disciplines en parallèle.


    Comment as-tu été choisie pour tes installations à Locarno?


    Cette année, j'ai gagné le prix de la Mobilière. Donc j'ai fait trois expositions avec eux. Une à Berne, dans leur QG. L'autre à Nyon, à l'entrée de leur bâtiment. Et la troisième ici à Locarno. J'ai chaque fois pris le parti de ne pas respecter le lieu de travail d'origine. J'ai craint l'étouffement au début, mais au contraire, ce fut extrêmement plaisant. Sans carte blanche, je ne l'aurais pas fait.


    Et quel est ton rapport au cinéma?


    Dans mon installation, il y a aussi des collages vidéo. Des film courts, expérimentaux. Des images collectives dans le premier film, plus personnelles dans le deuxième. Le cinéma pourrait m'attirer, mais la lenteur, c'est-à-dire le temps que prennent les projets pour se concrétiser, me décourage un peu.


    Tu es exposée à la Tate Modern de Londres. Comment devient-on une artiste contemporaine connue dans ce monde-là?


    Par l'acharnement. Mais pas d'opportunisme, qui n'est pas payant. Et un peu de sensibilité artistique malgré tout. A la base, il faut une passion naïve et pure. Et une envie de changer le monde.


    Que préfères-tu dans ce que tu fais?


    La peinture, cette magie qui s'installe quand elle s'étale. Cette apparition des couleurs. Les couleurs, le motif, la structure, tout prend énormément de temps. Dans le monde de l'art contemporain, on me considère comme une bête sauvage. Parce que je suis à la fois photographe et peintre.


    Si je devais acheter une de tes toiles, que m'en coûterait-il?


    La fourchette se situe entre 1'500 et 15'000 francs.


    Donc seules les galeries d'art ou les gens riches peuvent en acquérir.


    Oui, c'est toujours un problème. Tout le monde ne pourrait pas se permettre de m'acheter un tableau. C'est aussi pour cela que je fais des tirages à 500 francs qui sont relativement abordables.


    Si l'atmosphère terrestre disparaissait dans les huit jours, que ferais-tu?


    D'abord je verserais une larme. Puis je réunirais les gens que j'aime et je ferais une grande fête durant huit jours. La disparition des régnes végétal et animal me blesserait. Le gâchis me fait de la peine. Je mets tout cela aussi dans mon travail.


    Quelle question rêves-tu qu'on te pose?


    Celle que tu viens de me poser sur la fin de la civilisation et qu'on ne demande jamais en interview. Elle permet de s'interroger sur la situation du monde. J'ai envie que l'art en parle.


    Si tu avais carte blanche pour dire ce que tu veux, que dirais-tu?


    Qu'il n'y a plus de place pour la poésie et qu'il faudrait que ça change. Le superficiel et la digitalisation dominent. Exemple avec les téléphones portables. Pour communiquer, ça va. Mais on devient accro et on s'y perd. Cela me concerne d'ailleurs aussi.

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  • Locarno 2019 - Stéphane Riethauser: "Faire l'amour une dernière fois avant un conflit nucléaire"

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    riethauser.jpgDimanche, le cinéaste genevois Stéphane Riethauser présentera Madame à Locarno. Un documentaire en forme de portrait dialogué avec sa grand-mère disparue dans lequel Stéphane raconte aussi son homosexualité. Il vient depuis quinze ans au festival, et pour lui, c'est un rêve qui se réalise. Il était le candidat idéal pour une interview express dans mon blog.


    Depuis sa première à Visions du réel, à Nyon, Madame a été sélectionné dans plusieurs festivals. Comment expliques-tu un tel engouement?


    Je pense qu'il plaît parce qu'il a à la fois un côté féministe et un côté gay. Il parle à énormément de gens et quelque part à presque tout le monde. Juste après Nyon, il a gagné le prix du jury dans un festival à Madrid. Dans ce jury, il y avait la directrice d'un festival en Inde, qui l'a à son tour sélectionné. Locarno est sauf erreur sa cinquième sélection.


    L'émotion que tu as ressentie à sa première à Nyon se répète-t-elle chaque fois?


    Elle n'est pas aussi forte. La première de Nyon était particulière. Sur les 450 spectateurs, je devais en connaître 300. Ma famille, mes amis, tout le monde était là. Là, je suis un peu plus détaché. Je suis d'ailleurs devenu un personnage à l'écran. Et puis je remarque que les gens s'identifient au film, qu'ils soient gays ou pas, hommes ou femmes, vieux ou jeunes.


    D'où t'est venue cette envie de te raconter de cette manière?


    Je voulais faire quelque chose sur ma grand-mère, que j'avais énormément filmée cinq ans avant son décès. Dix ans après, j'ai revisionné tout ce matériel et me suis rendu compte qu'il contenait des perles. Son parcours de femme était singulier. Elle avait divorcé, sa famille l'avait répudiée. Mais il me fallait un contrepoint à cette histoire. Après une première version de 90 minutes qui ne fonctionnait pas, des amis m'ont suggéré d'apparaître dans le film. Donc j'y raconte à mon tour mon histoire, dans une sorte de dialogue avec ma grand-mère. Dans le film, je dis tout ce que je n'ai pas pu lui dire. Elle a été la dernière personne de ma famille à avoir su que j'étais gay. Elle a mis deux jours à le digérer puis est devenue mon plus grand soutien. La question du sexisme dont elle a été victime se rapproche de l'homophobie dont moi-même j'ai été victime.


    Tu n'en as pas marre d'être devenu une sorte de représentant officiel du milieu gay et LGBT?


    Pas du tout. A la Gay Pride de Genève, il y a quelques jours, je suis tombé sur un jeune homme de 39 ans qui m'a dit que j'étais son idole depuis vingt ans. C'est-à-dire depuis la sortie de mon livre, des télés et des radios que j'avais faites ensuite. Je n'ai aucun souci avec ça. Au contraire, j'ai besoin d'affirmer ce que je suis. En plus, avec les fachos qui reviennent, le combat n'est pas gagné.


    Si une guerre nucléaire devait éclater dans les jours qui viennent, que ferais-tu?


    Je tâcherais, si j'ai encore le temps, de faire l'amour une dernière fois.


    Quelle question rêves-tu qu'on te pose?


    Que reste-t-il de vos 20 ans?


    Que reste-t-il de tes 20 ans?


    Tout. Hormis le physique. Mais mes rêves de jeunesse sont encore intacts. Et je sens que ça va continuer.


    Si tu avais carte blanche pour dire ce que tu veux, que dirais-tu?


    Enculez-vous les uns les autres. Cela ferait du bien à beaucoup de monde. La sexualité anale est encore un tabou tellement énorme. Je pense que cela apporterait la paix.