06/09/2017

Mostra de Venise 2017 : Kore-eda, l'élégance d'un maître

kore2.jpgIl fait partie de ces cinéastes qui n'ont jamais eu Lion, Ours ou Palme. Hirokazu Kore-eda fait aussi partie de ces auteurs dont la régularité qualitative est authentique et dont l'oeuvre peut aborder à peu près tous les thèmes sans rougir. Ainsi de Sandome no satsujin (The Third Murder) et son néo-classicisme sûr de lui, cadres joliment posés, images bien équilibrées, narration au rythme juste. Ici donc, une variation sur la conscience à travers ce genre casse-gueule qu'est le film à procès. Bien sûr, ne vous fiez pas à l'image, on ne siège pas du premier au dernier plan du métrage. On est aussi dans la neige, en famille, dans des bureaux plus ou moins accueillants, et dans un parloir où auront lieu quelques retournements. Voilà, j'en ai trop dit, on ne devrait jamais dire ce que racontent les films, ni les résumer (sauf dans des hebdomadaires comme L'Officiel des spectacles - et encore), juste esquisser leur intrigue, laisser deviner les choses, et voilà, comme face à ce film, se faire entraîner dans des méandres où ceux qui se perdent ont nécessairement raison. Alors, au palmarès?
mother1.jpgDarren Aronofsky, lui a déjà gagné un Lion. Pour The Wrestler, en 2008, que j'aurais tout sauf envie de revoir (j'écris cela gratuitement). mother! et son m minuscule (sic) s'apparente à un cauchemar sans fin dans lequel se trouve plongé un couple, la grassouillette Jennifer Lawrence et le bedonnant Javier Bardem. S'apparenter à un cauchemar ne signifie pas en présenter la structure. Nous en sommes même à des kilomètres, et il aurait fallu au minimum ici injecter quelques éléments surréalistes plutôt que ces kilomètres d'effets horrifiques laids, criards et mal faits qui plombent l'affaire aussitôt qu'on voit à peu près où veut en venir un cinéaste auquel on a décidément donné trop de moyens. Ed Harris et Michelle Pfeiffer sont eux aussi du voyage, ce qui n'arrange rien. Cacophonique et mineur.
ammore-e-malavita.jpgCriard, Ammore e malavita l'est aussi. Production italienne signée par les Manetti Bros., ce film de camorra monté comme une comédie musicale est une horreur. Comédiens laids et mauvais, bande-son inaudible, photographie et mise en scène plus vilains l'un que l'autre, chansons immondes. L'Italie a ovationné cette atrocité, ce qui me laisse sans voix ni argument. Après Una famiglia, c'est la confirmation que la sélection italienne en compétition est aussi désespérante que lors d'autres Mostra.
sweet.jpgQuant à Sweet Country, de l'Australien Warwick Thornton, qui eut la Caméra d'or à Cannes en 2009 pour Samson and Delilah, il vaut pour un classicisme à toute épreuve, et pour la belle retenue dont il fait preuve pour évoquer le racisme. Tout cela sous couvert de western, sans jamais tenter de révolutionner les codes du cinéma ni de disserter sur la modernité. Honorable sans génie.

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04/09/2017

Mostra de Venise 2017: de Guédiguian à McDormand, les grands du Lido

villa.jpgLa Villa. Titre plus abstrait que d'autres Guédiguian. Réunion familiale, fratrie qui se retrouve dans cette calanque qui les a vus grandir, autour d'un père qui s'apprête à partir. Plus abstrait, soit. Peut-être plus mélancolique, aussi. Mais que tout cela est trompeur. Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin et Gérald Meylan regardent l'horizon et y aperçoivent le futur du monde. L'irruption de migrants dans la fiction oriente dès lors le film vers autre chose. C'est ce basculement qui intéresse Guédiguian. C'est de cela qu'il tire le meilleur. Je joins mes applaudissements à ceux des autres.
exlibris.jpgDe Wiseman, on n'attendait rien de plus court (3 heures 17) ni rien de différent que cette immersion dans la New York Public Library. EX-LIBRIS est un film bavard, trop bavard, qui veut aussi nous faire comprendre la fonction des bibliothèques, telle celle de New York, dans le monde d'aujourd'hui, ce qui personnellement me laisse songeur et dubitatif. Superbe, mais moins étourdissant que d'autres Wiseman.
leisure.jpgNous voici ensuite avec l'un de ces "feel good movie" tant craints, et surtout tant honnis. Dans The Leisure Seeker, Paolo Virzi accouple Helen Mirren et Donald Sutherland, partis faire les imbéciles au volant d'une caravane au lieu d'intégrer un mouroir (elle a un cancer, lui souffre d'alzheimer) selon le désir de leurs enfants. C'est attendu, constellé d'invraisemblances, mais cela fonctionne et c'est généreux. Mirren et Sutherland sont un peu en roue libre, mais tout va bien. On ne voit pas trop ce que cela fait en compétition à la Mostra, mais le festival a besoin de son quota d'auteurs italiens. Donc bon...
three2.jpgFrances McDomand (ci-dessus) semble désormais le seul prix d'interprétation féminine possible, tant elle nous a coupé le souffle dans Three Billboards Outside Ebbing, Missouri de Martin McDonagh, révélé avec In Bruges en 2008. Portrait de bouseux du Missouri, l'Amérique brocardée et mise à mal dans cette comédie noire teintée de polar dont le rythme ne faiblit jamais et dont la densité est identique (donc très forte) du premier au dernier plan. Allez, pratiquement ce que j'ai vu de mieux à la Mostra cette année. Du moins en compétition - car je n'ai pas encore parlé de tout le reste, et il y a du lourd.
famiglia.jpgEnfin, il était dit qu'on devrait supporter Patrick Bruel. Qu'on devrait subir une histoire de trafics d'enfants sans queue ni tête. Qu'un film s'ingénierait à parodier les pires clichés du roman-photo à l'eau de rose. Una famiglia de Sebastiano Riso s'est chargé de tout cela.

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02/09/2017

Mostra de Venise 2017: une révélation et de vieilles connaissances

lean.jpgLe visage d'un acteur. Son corps, sa présence. Sa manière d'être. Au monde, à l'image, dans le plan, en réaction par rapport aux autres. Charlie Plummer (ci-dessus), c'est son nom. Je consulte Wikipédia, note qu'il est déjà apparu dans des séries. Et dans quelques films. Dans Lean on Pete, il a 16 ans. Peut-être 17. Et 18 aujourd'hui. Signé Andrew Haigh, auteur d'un 45 Years déjà intéressant qui valut à Charlotte Rampling un prix à Berlin, ce récit initiatique est construit sur l'absence et la solitude. Charlie Plummer est de chaque séquence. Indispensable. Avec son père, avec un cheval, puis en route, laissant derrière lui la désolation et un trop plein d'âme dont il se déleste malgré lui. Bien sûr, rien que nous n'ayons déjà vu ou entendu ailleurs - ce qui est tout sauf un argument - mais surtout, comme je le disais, la révélation d'un acteur qui ne joue pas, qui ne calcule pas sa performance. Le prix d'interprétation devrait lui revenir, plus qu'à ce nigaud de Matt Damon (lire plus loin), et en tout cas le prix Marcello-Mastroianni, sur lequel Wikipédia vous donnera les détails nécessaires.
foxtrot3.jpgCe soldat qui danse (je sais, on ne dirait pas, mais si, il danse, d'ailleurs tout le monde devrait danser dans les films de guerre, sauf que ce n'en est pas tout à fait un, fin de parenthèse) est un des nombreux éléments surprenants de Foxtrot, réalisation de Samuel Maoz, qui obtint ici le Lion d'or en 2009 pour Lebanon, film relativement peu vu ensuite. Dans l'un comme dans l'autre, il y a la volonté, un peu agaçante même si le résultat ne déçoit pas, d'en imposer au public (de cinéma d'auteur), de se réclamer d'une narration complexe, et pourquoi pas ampoulée, à grands coups de brisures diégétiques, de changements de registres et de virages affirmant le pouvoir absolu du metteur en scène sur ce qu'il raconte. En même temps, tel est le principe du cinéma et ni Chaplin  ni Eisenstein ne procédaient autrement. Sans prétendre un tel lignage, Maoz possède son style et son écriture, qui parviennent à déjouer les a priori ou les impatiences. Son film est grave, pense le monde sans humour ni légèreté mais avec en revanche un penchant pour le paradoxe, le mensonge et les faux-semblants qui peuvent faire penser qu'il y a du Welles dans le sang de ce cinéaste israélien.
suburbicon.jpgEnfin, Matt Damon, qui n'a pas quitté le Lido depuis le risible Downsizing, remet le couvert dans Suburbicon pour un George Clooney qui cherche toujours à se faire un nom comme auteur en décrochant un prix dans un grand festival. Avec son sixième long-métrage, ovationné par des festivaliers qui se laissent volontiers bluffer, il met tous les atouts dans sa manche. Scénario des frères Coen, qui n'ont vraiment rien à faire de mieux, musique d'Alexandre Desplat, qui n'avait pour le coup rien à commettre de pire, casting trois, voire quatre étoiles, avec Matt - trois expressions et cinq paires de lunettes -, deux Julianne Moore pour le prix d'une, et l'excellent Oscar Isaac. Dans le collimateur, une critique de l'Amérique dans ce qu'elle a de plus réactionnaire et accessoirement l'histoire d'une famille moyenne des années 50 prise dans un engrenage atroce. Rien de très neuf, et une esthétique de publicité Tupperware qui montre que Clooney s'est entouré de bons techniciens. C'est très tape à l'oeil et in fine ne raconte rien, chaque personnage étant invariablement sacrifié sur un autel scénaristique qui voudrait démontrer tout l'inverse. Du vent!

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