10/12/2018

"Sophia Antipolis", esquisses de fins du monde

sophia2.jpgLa singularité de son film parle pour elle-même. Bienheureux sont ceux qui pourraient résumer l'affaire, synthétiser son histoire, raconter Sophia Antipolis sans se planter. Sophia Antipolis, ville où peut-être convergent les possibles et les embryons d'histoires, cède d'abord à l'étrangeté sans se prévaloir d'une obédience à un courant quelconque. Virgil Vernier y filme la scène d'un crime dont le centre est partout et nulle part. Sans traquer les fulgurances, le métrage, extrêmement calme dans son esthétique (oui, calme!), loin de ces épates auteuristes qui parfois nous grisent, visite un non lieu et l'épuise. Il y a quelque chose du roman feuilleton incomplet dont les pages se seraient détachées au vent dans ce singulier objet. Une manière de nous échapper par à coups, de se dérober à nos regards circulaires, à fuir nos grilles de lecture. Sans aller jusqu'à l'obscurantisme, sans basculer dans l'ascétisme. C'est bien la preuve que le défrichage de nouvelles terres demeure possible. Une secte, une milice, des groupuscules, quelques bimbos, réunions et regroupements qu'un processus diégétique rend possible et propose, au risque de dérouter, au premier sens du terme.

vernier.jpgAvant de rencontrer Virgil Vernier, je voulais lire des choses sur son travail, des critiques le concernant (son film est préalablement sorti en France le 31 octobre et a été montré en août au Festival de Locarno). Je ne l'ai finalement pas fait. Lui voulait savoir où je l'avais vu. Je lui ai dit que le Cinéma Spoutnik organise des projections de presse et que c'est ainsi que j'ai pu le visionner. Surtout pas via un lien. Puis en cours de conversation, car nous avons d'abord discuté, et non pas seulement échangé selon le rite monocorde et obligé du questions/réponses, et cela même si le découpage de l'interview ci-dessous ne le laisse guère supposer, je lui ai confessé que le nom de Sophia Antipolis m'évoquait l'exotisme de cette planète imaginaire, parfois appelée Planète X ou Nibiru, géante qui se cache dans le système solaire et aurait dû percuter la terre depuis plusieurs prophéties en arrière. Il a adoré cette comparaison, qui lui parlait, dévoilant une certaine appétence commune pour l'occulte et l'étrange, pendant que plusieurs plans ensoleilllés de Sophia Antipolis se donnent de faux air de fin du monde, ravivant un principe eschatologique qui devrait être à la base du cinéma, tous genres confondus. Tentative de reconstitution de notre échange.

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Pourquoi ce titre de Sophia Antipolis, qui fait penser à un documentaire alors que le film n'en est pas un?

J'aime cette fausse piste. Ce nom évoque aussi une technologie futuriste, l'idée d'une science qui serait au service du futur. Je voulais démarrer le film à partir d'une donnée concrète, géographique. Là-bas, à Sophia Antipolis, on pense à l'homme de demain. Je me suis intéressé à ce qui vient avant, aux coulisses, si vous préférez. Ce nom est également évocateur d'une puissance, tout en rappelant le passé lointain, avec ces intonations gréco-romaines caractéristiques. Je n'aime pas créer de la SF pure et dure, d'autant plus que les films qui représentent le futur ont tendance à se ringardiser très vite. Cet entre-deux me convient donc tout à fait.

Pourtant, le nom n'a rien d'imaginaire. Ne désigne-t-il pas aussi la Côte d'Azur?

Oui, et la Côte d'Azur, dans le monde, correspond souvent à une vision américanisée de la France, celle qui voudrait ressembler à Miami. C'est un simulacre de paradis sur terre.

En quoi ce territoire vous fascine-t-il?

Il fait miroiter le monde du luxe. Le film n'est pourtant jamais documenté. Il n'est pas non plus naturaliste. Dans le cinéma français actuel, le naturalisme me gêne beaucoup. Les cinéastes devraient se réinventer.

D'où sortent vos comédiens?

Je cherche des gens dont j'aime la manière de parler. Je fais aussi un casting, d'ailleurs. A ma manière. Puis j'écris un peu avec eux. Ce qui compte, c'est que le jeu ait une vérité. Pour cela, il ne faut surtout pas leur placer un texte dans la bouche. Et si une séquence ne marche pas, je ne la garde pas, ce n'est pas grave. A titre personnel, j'ai surtout envie d'aller vers les gens qui n'ont si possible jamais joué, ou vers des acteurs inconnus. Mais pour les trouver, je passe plus d'une année à mettre des annonces sur les réseaux sociaux et un peu partout. Si je cherche des flics, par exemple, j'aurai tendance à passer des annonces chez les flics.

Vous ne tournerez donc jamais avec des gens connus?

Il ne faut jamais dire jamais. Je n'exclus pas de travailler un jour avec une icone de la pop culture.

On a l'impression que votre film contient plusieurs films ou plus exactement plusieurs débuts de film.

C'est effectivement le cas. J'ai un goût pour décourager le spectateur de s'accrocher. Je lui demande d'opérer un travail de correspondance. Par exemple, dans Sophia Antipolis, de chercher ce qu'il y a de commun entre la secte et la milice qu'on peut voir. Ou entre cette femme qui a tout perdu et ce soleil qui semble se profiler comme une menace susceptible de brûler le film. Je voudrais aussi qu'on réalise à quel point nos comportements sont irrationnels.

Vous avez un goût pour les lieux incongrus, non?

Je n'irais pas jusque-là. Pour préparer le film, je suis allé à un salon de la voyance qui se trouvait au sous-sol d'un Hôtel Ibis. Je me suis rendu dans une église de scientologie et me suis même pris au jeu. Tout cela nourrit ma connaissance. J'aime que les choses aient l'air exagéré.

Pensez-vous à la fin du monde? Le film semble par moments en parler.

Des groupes ésotériques, ainsi que des journalistes d'extrême-droite ou d'extrême-gauche, pensent que l'apocalypse a déjà commencé. Pour les témoins de Jéhovah, ce n'est pas une mauvaise nouvelle, car cela signifie qu'on va recréer un nouveau monde. Pour moi, l'ultime forme de l'apocalypse, dans son acception de révélation, c'est l'écologie. Pourtant, le futur qu'on veut nous vendre est déshumanisé. Derrière la promesse du bonheur, je sens le projet fasciste. J'aime les plaisirs simples, je suis fasciné par ce qui est archaïque. Les questions que je me pose vont dans ce sens. Qu'y a-t-il dans les Contes des 1001 nuits pour que ceux-ci continuent à nous bercer? Qui sont les nouvelles sorcières?

Qu'est-ce qui relie tous vos personnages?

Au-delà du contexte géographique, ils sont tous paumés et doivent choisir des solutions de repli ou correspondre à des standards de beauté. Il est toujours possible de se projeter dans l'esprit de quelqu'un. Par exemple, je peux comprendre ces filles qui éprouvent le besoin de se refaire le visage.

Sachant la singularité de vos films, comment se déroulent leur tournage?

Je pense qu'ils ne sont pas comme les autres. Et je peux même l'affirmer, car j'ai été moi-même assistant. Pour tourner, je préfère la pellicule, car elle redonne au film une sorte de statut sacré. Ensuite, je cherche une parole libérée du texte, donc je fais de longues prises. Un plan est un tableau vivant et j'essaie de ne faire qu'une prise, un peu comme Philippe Garrel. Je ne fais pas de champs contre champs. Il faut aussi que les acteurs ne soient pas intimidés. Je suis un peu leur gourou sur le tournage, je les mets à l'aise. J'ai mis en place un jeu à moi puis je leur confie mon film. Je leur dis la scène, peu importent les mots. S'il y a un accident lors d'une prise, il se peut même que je la garde. Je souhaite une écriture proche de Renoir, de Rouch.

Justement, quel type de cinéma aimez-vous?

Parmi ceux qui m'ont donné envie, il y a Pasolini. PASOLINI.jpgCette manière de penser l'époque au filtre des anciens mythes. Et puis il y a Godard, qui m'a excité au niveau de l'invention, de sa façon d'utiliser la voix off, les incrustations.

Et en dehors du cinéma, quels sont vos intérêts?

Je peux tout lire. La presse populaire, voire people, comme les grands romanciers américains du type Faulkner. Tout m'intéresse. Je regarde beaucoup la télévision, Internet, et surtout les groupes dont personne ne parle.people.jpg

Combien de temps a pris votre film?

Environ deux ans pour le scénario. Un an de préparation. Plus le temps du tournage, assez court, car la pellicule coûte cher. A cela s'ajoutent quelques mois de montage. J'ai eu moins d'argent que pour Mercuriales, mon premier et précédent film. Quand à mon prochain film, j'aimerais pouvoir le coproduire avec la Suisse. Je ne sais pas encore par qui, mais j'en formule le voeu. En Suisse, j'ai d'ailleurs la chance d'avoir un public de jeunes fans et de toujours bénéficier d'un accueil formidable, comme ce fut le cas à Locarno avec ce film ou au GIFF, il y a quatre ans avec Mercuriales.

Entretien réalisé le 5 décembre 2018. Remerciements à Abel Davoine.

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12/11/2018

"Sauvage", la part du romantisme dans le sexe et autres tropismes

sauvage.jpgDes corps et de la sueur, des garçons qui se vendent, s’aiment, se désirent ou se rudoyent, et un regard brut mais poétique sur un monde qu’aucun carcan ne semble vouloir figer. A Cannes en mai dernier, on s’est pris Sauvage en pleine tronche. Révélation d’un cinéaste, Camille Vidal-Naquet (photo ci-contre), camille-1low.jpget d’un comédien, Félix Maritaud, investi dans son personnage comme peu d’acteurs le sont. Depuis, ce premier film est sorti, a été acclamé un peu partout, et malgré sa rudesse et un sujet délicat, est parvenu à s’imposer bien au-delà des milieux concernés. Vidal-Naquet voulait signer un film universel, il l’a fait. C’est entre autres choses ce qu’il m’a dit lors de l’entretien qu’il m’a accordé fin octobre et que j’ai enfin eu le temps de mettre à jour pour ce nouveau billet.

Depuis sa présentation à Cannes en mai dernier, Sauvage connaît un accueil sans précédent partout où il passe. Au su du sujet et de la dureté de certaines séquences, vous attendiez-vous à un tel triomphe?

Pas du tout. Tout ce qui s'est passé m'a vraiment surpris. A l'origine, je ne savais d'ailleurs même pas comment je ferais le film. Celui-ci a pourtant eu un parcours très classique. Des aides, l'avance sur recettes, etc. Depuis la présentation du film, nous avons découverts que les gens sont sensibles à ce qui est universel. Ils ne considèrent pas Sauvage comme un film sur la prostitution.

Sauvage aurait-il pu se faire sans Félix Maritaud, ou avec un autre acteur?

On ne m'a jamais demandé cela. Avec un autre, cela aurait été un autre film. Avec Félix, c'est quelque chose d'unique, même s'il n'est jamais intervenu sur la mise en scène. Il s'est contenté d'endosser le rôle, d'être parfaitement à l'écoute. Mais il a une intelligence du jeu hors du commun. Il m'arrivait de filmer un personnage qui ne faisait rien et même là, il était intense.sauvage2.jpg

Comment l'avez-vous trouvé?

Via un casting tout ce qu'il y a de plus normal. On m'avait parlé de lui, il avait un petit rôle dans 120 battements par minute qui était en montage à ce moment-là. Puis il a passé les scènes de casting avec cette manière si intelligente d'aborder le rôle.

Comment avez-vous préparé le tournage?

Je suis passé par la danse. Tous les rôles de prostitués, je leur ai fait faire un atelier. Il s'agissait d'accentuer la grâce de leurs mouvements en leur apprenant un langage corporel différent de celui de leurs clients. Le corps est un outil artistique à part entière. Pour les repérages, j'ai passé environ trois ans au bois de Boulogne.

Quelles ont été les séquences les plus dures à tourner? Celles de sexe?

Elles ont toutes été difficiles à tourner, sexe ou pas. Dans les scènes de sexe, tout le monde sait ce qu'il a à faire. Filmer l'émotion est autrement plus difficile. C'est pour Félix Maritaud que le film a été compliqué. A force d'être manipulé dans le film, son corps s'est révolté. Sinon, les affrontements physiques n'ont pas été simples à faire. Je n'avais pas de budget pour des doublures.sauvage3.jpg

On parle de scènes physiques mais le film, via la quête de son héros, comporte une part de romantisme, non?

Bien sûr. Et c'était tout l'enjeu. L'élargissement lyrique que je suggère fait qu'on dépasse le niveau de la prostitution. A travers son amour absolu et sans bornes, on peut s'identifier au héros.

Concernant le monde de la prostitution masculine, que vouliez-vous montrer de cet univers-là?

Je voulais donner de la visibilité à des garçons qui n'en ont pas. Mais sans me prendre pour un sociologue. Le film pose aussi la question de la tendresse entre hommes. C'est une chose qui n'est jamais représentée au cinéma.

Avez-vous été inspiré par d'autres films?

J'étais très concentré sur mon personnage, de l'écriture au montage, sans oublier le tournage. Deux films me revenaient en mémoire. Flesh de Paul Morrissey, qui parle de ce thème. flesh.jpgEt Streetwise de Martin Bell, documentaire peu connu de 1984 sur des ados qui se prostituent à Seattle. On y découvre une réalité de l'ordre de la générosité et une fraternité du filmage. Le résultat ne va jamais dans un sens ou dans l'autre. Et puis il y a Luke la main froide de Stuart Rosenberg, dans lequel Paul Newman joue un personnage sauvage et mal adapté. Celui-là, j'ai demandé à Félix Maritaud de le visionner.087625.jpg

 

 

 

La production vous a-t-elle bien encadré pour Sauvage?

Oui, et je leur dois énormément. Au niveau production, ce fut une très belle expérience. Elle m'a soutenu du début à la fin. Avec une vigilance bienveillante jusque dans la justesse des scènes, sur lesquelles nous étions parfois en désaccord. Au final, ma mise en scène est plutôt classique, avec des cadrages précis.

Aujourd'hui, referiez-vous le même film?

Etonnante question. Je crois que oui. Même si je n'ai pas encore la distance nécessaire pour y répondre vraiment. J'ai fait des choix radicaux qui ont dû désarçonner les gens. Je referais les mêmes sans problème.

Vous travaillez sur un autre film?

Oui, je suis en train de l'écrire. Sauvage a été une longue immersion. Vais-je mettre si longtemps à faire mon second film? Je l'ignore.


Entretien réalisé le 29 octobre. Remerciements à Abel Davoine. Sauvage est toujours à l’affiche.

 

19:59 Publié dans Cinéma, Le cinéma des cinéastes (interviews) | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

28/10/2018

«Nos batailles», tous les combats du monde

batailles2.jpg«La vie n’est pas facile» disait une célèbre chanson. En tout cas pas pour Olivier (Romain Duris), qui se démène au travail pour lutter contre les injustices. Les choses se compliquent encore lorsque sa femme le quitte, le laissant en plan avec ses enfants. Guillaume Senez, lui, nous laisse sans voix à l’issue d’un film qui finit par tous nous concerner et dans lequel on emboîte le pas de son héros, sans savoir si on fonce droit dans le mur ou si au contraire on va pouvoir trouver ces chemins de traverse menant vers la liberté. Ces batailles, ce sont «nos» incertitudes. Et son combat, son parcours, un peu les nôtres, forcément. Nos batailles, réussite majeure de cette rentrée cinématographique, révélé en mai dernier à la Semaine de la Critique (non loin d’un autre film, Sauvage, sur lequel je reviens d’ici quelques jours), qui était décidément la section où tout se passait à Cannes cette année. D’où l’envie, le besoin, de réaliser un entretien avec Guillaume Senez, auteur franco-belge dont Nos batailles est le deuxième film. Et si vous ne l’avez pas encore vu, vous savez ce qui vous reste à faire.

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Pourquoi avoir choisi la première personne du pluriel dans le titre de votre film, Nos batailles ?

Parce qu’il raconte plusieurs batailles, plusieurs combats. Au niveau de la famille, du travail, de la vie intime. Le fait de dire «Nos» suggère qu’en plus de concerner les personnages du film, ces batailles sont aussi celles du spectateur. Qu’elles appartiennent à tout le monde en somme.

C’est une manière d’affirmer que ce que dit le film nous concerne tous ?

Par rapport aux problématiques du quotidien, oui. Après, il y a toujours des gens qui passent à côté.

Qu’est-ce qui est, selon vous, le plus dramatique pour votre personnage ?

Le départ de sa compagne est l’élément déclencheur de ses batailles. Mais il y a pas mal d’autres choses. La non communication autour de ses enfants, le fait qu’il n’arrive pas à aider les gens qu’il aime. Cette accumulation explique le pluriel du titre.

Le sujet du film a-t-il déterminé la forme et le choix de la mise en scène ?

Oui et non. Nous sommes dans un cinéma naturaliste. Donc c’est surtout une méthodologie de travail avec les acteurs qui détermine pour moi le film. Je ne leur donne pas les dialogues et on travaille sur les enjeux de l’histoire, les intentions qu’elle véhicule. On arrive ainsi aux dialogues par la liberté tout en étant limité dans les choix offerts. Tout cela détermine ensuite la mise en scène.

Dans cette logique, quel type de directeur d’acteurs êtes-vous ?

J’aime bien la spontanéité qui jaillit du travail tel que je vous l’ai décrit. On oublie trop souvent la spontanéité dans le cinéma d’aujourd’hui. Sinon, j’aime que les comédiens soient présents tout le temps. Si tout le monde participe un peu au film de cette manière, c’est aussi mieux. Chacun apporte sa pierre à l’édifice. Ensemble, nous tâchons de sublimer le scénario.

Pourquoi Romain Duris dans le rôle principal ?

C’est quelqu’un que j’ai toujours apprécié. Il a joué avec plusieurs grands metteurs en scène mais je sentais qu’il n’aurait pas peur de travailler différemment, en l’occurrence sans filet. Et puis il avait aimé Keeper, mon premier film.

Dans Keeper, on assistait aussi déjà, dans un sens, à l’éclatement d’une cellule familiale. Ce thème vous obsède-t-il ?

Oui, même si on ne fait pas du cinéma pour résoudre les problèmes qu’on a. J’essaie d’amener de l’empathie pour tous les personnages. Dans Keeper comme dans Nos batailles.

Nos batailles dénote-t-il davantage d’ambitions ?

En termes d’écriture, oui. Le film est plus complexe. Il y avait aussi plus de confort financier. Mais cela reste un film d’auteur, avec tout ce que cela suppose, c’est-à-dire une certaine difficulté à se monter financièrement. Son enjeu n’est en tout cas pas de rapporter de l’argent.

Vous arrive-t-il de vous comparer à d’autres cinéastes naturalistes, de Ken Loach à Stéphane Brizé, dont le récent En guerre traite de thèmes tout à fait similaires aux vôtres dans Nos batailles ?

Je ne me compare pas, mais je regarde énormément tous les films qui peuvent se rapporter au genre. Les Dardenne ou Loach m’ont passablement nourri. Mais si je devais n’en citer qu’un seul, ce serait Mike Leigh. leigh.jpgSinon, je cherche toujours à faire un film qui tende vers une émotion, pas seulement un constat comme certains pourraient le penser. J’essaie avant tout de rester cinéphile. Et dans ce domaine, je suis très éclectique. Sans aimer ce qui est trop commercial, ni lorsqu’on me prend trop par la main. J’aime que la réflexion vienne du spectateur.

kacey.jpgAvez-vous encore des contacts avec Kacey Mottet-Klein, qui était le héros de Keeper ?

On s’est un peu perdus de vue. Mais je l’apprécie beaucoup, c’est quelqu’un d’extrêmement attachant.

Que vous a apporté la sélection de Nos batailles à Cannes, à la Semaine de la Critique ?

L’opportunité de faire un troisième film. Grâce à Cannes, ce sera plus facile. Vous savez, un film, on le porte des années. Et la seule chose qui compte vraiment, c’est, à chaque fois que je réalise, de me dire que je pourrai en faire un autre ensuite. Là, c’est en cours de gestation. Cela va prendre un peu de temps, sans doute un peu plus de deux ans.

Entretien réalisé le 24 octobre. Remerciements à Eric Bouzigon.

 

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