09/09/2017

Mostra de Venise 2017 : Kechiche, la vie, l’amour, le soleil, un immense film

mektoub.jpgMais à quoi ressemble ce film ? Où s’arrête-t-il, où nous mène-t-il ? Bien malin celui qui le dira, celui qui l’encadrera. La vie y coule, dans un flux continu et désarmant, moments de pureté arrachés au quotidien insouciant de quelques jeunes des années 90. Le sud de la France, la plage et les discothèques, la drague et les filles, la famille et le désir, des sourires et quelques larmes, des regards et de l’alcool, tout circule et se confond, avec comme seul centre le regard d’Amin (photo), héros du film au sourire enchanteur mais imperméable à toute relation. Premier volet d’un probable triptyque, Mektoub, My Love : canto uno, Lion d’or du cœur en ce qui me concerne (mais peut-être le palmarès l’ignorera-t-il, le pire est souvent à craindre dans ce domaine), signe le retour d’Abdellatif Kechiche depuis sa triple Palme d’or pour La Vie d’Adèle en 2013. A la Mostra, on adore ou on déteste. Pas d’indifférence, surtout pas. Le signe qu’on tient un grand film. Un immense film.

angels_still.jpgPour être complet, il me reste à mentionner les trois derniers films du concours vénitien. Jia Nian Hua (littéralement : «les anges portent du blanc») est l'unique film de femme de cette 74e édition vénitienne. Réalisé par la Chinoise Vivian Qu, il narre une histoire de viol et de corruption impliquant une jeune réceptionniste adolescente dont le témoignage est central dans l’affaire. Réalisation relativement classique pour métrage sensible et attachant. garde.jpgJusqu’à la garde, premier long-métrage de Xavier Legrand, met en scène un couple en pleine procédure de divorce à cause de probables violences conjugales et de possibles maltraitances sur mineurs. Mais qui dit la vérité ? Elle ou lui ? Voilà une œuvre très bien tenue, très habile dans sa capacité à instiller le doute, et plutôt effrayante dans sa conclusion. hannah.jpgEnfin, Charlotte Rampling est de chaque plan de Hannah, d’Andrea Pallaoro, le meilleur des quatre films italiens de la compétition. Le portrait est sec et désenchanté, et on comprend petit à petit ce qui a miné la vie de cette femme perpétuellement au bord du gouffre. Lent et radical, d’une noirceur rare (la séquence de la visite d’Hannah chez son fils est d’une cruauté implacable), cette mise à nu permet à Rampling de briguer un prix d’interprétation éventuel.

Le palmarès tombera demain soir.

 

 

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06/09/2017

Mostra de Venise 2017 : Kore-eda, l'élégance d'un maître

kore2.jpgIl fait partie de ces cinéastes qui n'ont jamais eu Lion, Ours ou Palme. Hirokazu Kore-eda fait aussi partie de ces auteurs dont la régularité qualitative est authentique et dont l'oeuvre peut aborder à peu près tous les thèmes sans rougir. Ainsi de Sandome no satsujin (The Third Murder) et son néo-classicisme sûr de lui, cadres joliment posés, images bien équilibrées, narration au rythme juste. Ici donc, une variation sur la conscience à travers ce genre casse-gueule qu'est le film à procès. Bien sûr, ne vous fiez pas à l'image, on ne siège pas du premier au dernier plan du métrage. On est aussi dans la neige, en famille, dans des bureaux plus ou moins accueillants, et dans un parloir où auront lieu quelques retournements. Voilà, j'en ai trop dit, on ne devrait jamais dire ce que racontent les films, ni les résumer (sauf dans des hebdomadaires comme L'Officiel des spectacles - et encore), juste esquisser leur intrigue, laisser deviner les choses, et voilà, comme face à ce film, se faire entraîner dans des méandres où ceux qui se perdent ont nécessairement raison. Alors, au palmarès?
mother1.jpgDarren Aronofsky, lui a déjà gagné un Lion. Pour The Wrestler, en 2008, que j'aurais tout sauf envie de revoir (j'écris cela gratuitement). mother! et son m minuscule (sic) s'apparente à un cauchemar sans fin dans lequel se trouve plongé un couple, la grassouillette Jennifer Lawrence et le bedonnant Javier Bardem. S'apparenter à un cauchemar ne signifie pas en présenter la structure. Nous en sommes même à des kilomètres, et il aurait fallu au minimum ici injecter quelques éléments surréalistes plutôt que ces kilomètres d'effets horrifiques laids, criards et mal faits qui plombent l'affaire aussitôt qu'on voit à peu près où veut en venir un cinéaste auquel on a décidément donné trop de moyens. Ed Harris et Michelle Pfeiffer sont eux aussi du voyage, ce qui n'arrange rien. Cacophonique et mineur.
ammore-e-malavita.jpgCriard, Ammore e malavita l'est aussi. Production italienne signée par les Manetti Bros., ce film de camorra monté comme une comédie musicale est une horreur. Comédiens laids et mauvais, bande-son inaudible, photographie et mise en scène plus vilains l'un que l'autre, chansons immondes. L'Italie a ovationné cette atrocité, ce qui me laisse sans voix ni argument. Après Una famiglia, c'est la confirmation que la sélection italienne en compétition est aussi désespérante que lors d'autres Mostra.
sweet.jpgQuant à Sweet Country, de l'Australien Warwick Thornton, qui eut la Caméra d'or à Cannes en 2009 pour Samson and Delilah, il vaut pour un classicisme à toute épreuve, et pour la belle retenue dont il fait preuve pour évoquer le racisme. Tout cela sous couvert de western, sans jamais tenter de révolutionner les codes du cinéma ni de disserter sur la modernité. Honorable sans génie.

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04/09/2017

Mostra de Venise 2017: de Guédiguian à McDormand, les grands du Lido

villa.jpgLa Villa. Titre plus abstrait que d'autres Guédiguian. Réunion familiale, fratrie qui se retrouve dans cette calanque qui les a vus grandir, autour d'un père qui s'apprête à partir. Plus abstrait, soit. Peut-être plus mélancolique, aussi. Mais que tout cela est trompeur. Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin et Gérald Meylan regardent l'horizon et y aperçoivent le futur du monde. L'irruption de migrants dans la fiction oriente dès lors le film vers autre chose. C'est ce basculement qui intéresse Guédiguian. C'est de cela qu'il tire le meilleur. Je joins mes applaudissements à ceux des autres.
exlibris.jpgDe Wiseman, on n'attendait rien de plus court (3 heures 17) ni rien de différent que cette immersion dans la New York Public Library. EX-LIBRIS est un film bavard, trop bavard, qui veut aussi nous faire comprendre la fonction des bibliothèques, telle celle de New York, dans le monde d'aujourd'hui, ce qui personnellement me laisse songeur et dubitatif. Superbe, mais moins étourdissant que d'autres Wiseman.
leisure.jpgNous voici ensuite avec l'un de ces "feel good movie" tant craints, et surtout tant honnis. Dans The Leisure Seeker, Paolo Virzi accouple Helen Mirren et Donald Sutherland, partis faire les imbéciles au volant d'une caravane au lieu d'intégrer un mouroir (elle a un cancer, lui souffre d'alzheimer) selon le désir de leurs enfants. C'est attendu, constellé d'invraisemblances, mais cela fonctionne et c'est généreux. Mirren et Sutherland sont un peu en roue libre, mais tout va bien. On ne voit pas trop ce que cela fait en compétition à la Mostra, mais le festival a besoin de son quota d'auteurs italiens. Donc bon...
three2.jpgFrances McDomand (ci-dessus) semble désormais le seul prix d'interprétation féminine possible, tant elle nous a coupé le souffle dans Three Billboards Outside Ebbing, Missouri de Martin McDonagh, révélé avec In Bruges en 2008. Portrait de bouseux du Missouri, l'Amérique brocardée et mise à mal dans cette comédie noire teintée de polar dont le rythme ne faiblit jamais et dont la densité est identique (donc très forte) du premier au dernier plan. Allez, pratiquement ce que j'ai vu de mieux à la Mostra cette année. Du moins en compétition - car je n'ai pas encore parlé de tout le reste, et il y a du lourd.
famiglia.jpgEnfin, il était dit qu'on devrait supporter Patrick Bruel. Qu'on devrait subir une histoire de trafics d'enfants sans queue ni tête. Qu'un film s'ingénierait à parodier les pires clichés du roman-photo à l'eau de rose. Una famiglia de Sebastiano Riso s'est chargé de tout cela.

18:42 Publié dans Cinéma, Mostra de Venise 2017 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |