07/09/2018

Mostra 2018: un Reygadas monstre et des insultes dégueulasses

Il me reste quatre films de la compétition vénitienne à commenter dans ce blog. Les voici. Si le temps me le permet, je parlerai ces jours prochains de certains titres et heureuses surprises des autres sections.

Nuestro tiempo de Carlos Reygadas

reygadas-carlos.jpgChez Reygadas, tout est démesure. Nuestro tiempo, dit le titre de son film. Pas simplement son temps, ni celui d’un personnage, mais le nôtre, le vôtre, le mien, peut-être. Tout est démesure et ambition. D’une histoire de famille mexicaine, éleveurs de taureaux, puis d’une crise de couple, le film passe de l’universalité au contingent avec une facilité trop désarmante. Pas de routine dans ces séquences de combat – de taureaux, d’affrontements humains -, encore moins de prévisibilité, mais une sorte d’urgence à capter un réel, à façonner un temps, une durée (près de trois heures) qui ne nous appartient pas. Je comprends que cela puisse dérouter, le cinéma de Reygadas est aussi fait pour ça. Son cinquième long-métrage, somme discrète mais bien présente, histoire d’un film dont la continuité devient la nôtre, hantise publique et collective, la réponse parfaite et inconsciente à ce cloisonnement que créent les productions Netflix sans même le vouloir. Et l’un des grands films de cette Mostra.

22 July de Paul Greengrass

22-July.jpgCet hiver à Berlin, le choc était venu du film U July 22 d’Erik Poppe, reconstitution en un seul plan-séquence du massacre d’Utoya en Norvège en 2011. Voici le billet que je lui avais alors consacré : http://pascalgavillet.blog.tdg.ch/archive/2018/02/20/berl.... Le film de Paul Greengrass raconte la même chose mais cette fois en se concentrant sur le procès qui a suivi le massacre que je ne résumerai plus ici. C’est du travail scolaire, avec une esthétique de téléfilm – d’ailleurs, c’est produit par Netflix – et aucune ambition de cinéma. Je vous laisse visionner ça bientôt sur vos petits écrans ou petites tablettes.

The Nightingale de Jennifer Kent

nightingale.jpgComme certains, je pourrais parler du film en me concentrant sur l’incident, sur ces insultes dégueulasses qui ont fusé de la bouche d’un journaliste, traitant la cinéaste de «Puttana ! Vergogna!» à la fin de la projection vénitienne. Puis en dissertant sur la morale et les questions que cela soulève, sachant qu’il s’agit de la seule femme en compétition cette année à la Mostra. Mais ce serait faire un procès décalé à un film qui raconte, dans l’Australie du début du XIXe, suite à un acte ignoble – l’héroïne se fait violer par trois hommes qui massacrent sa petite fille et son mari sous ses yeux -, la vengeance pugnace d’une femme, aidée pour cela par un Noir qui la guide puis la protège. Seulement voilà, le film souffre d’un problème d’espace, et en l’occurrence de mise en scène : la cohabitation des personnages parait dès lors artificielle, voire faussée. En plus, le récit bascule dans la pure caricature en fin de métrage. Il y a pourtant du volontarisme et des ambitions louables. Mais aucun d’eux ne suffisent. Mauvais et décevant, donc.

Zan de Shinya Tsukamoto

zan-cr.jpgDès le générique début, à l’apparition du nom de Tsukamoto, le fan club applaudit. Puis on ne les entend plus durant 80 minutes avant une nouvelle ovation à la fin du film. Entre les deux, une histoire de sabres et de combats qui me laissent indifférents. Des images qui ne me frappent pas. Le cinéma de Tuskamoto m’est définitivement étranger.

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05/09/2018

Mostra 2018: "Werk ohne Autor" bouleverse le Lido

En un film, la Mostra peut changer de visage et commencer à s'emballer. En deux jours, les enjeux commencent même à se dessiner et le Lion d'or à montrer son museau. Mais n'anticipons pas, d'autant plus que ce n'est pas le genre de la maison.

Werk ohne Autor de Florian Henckel von Donnersmarck


werk-ohne-autor.jpgL'art et la vie. Le rapprochement de deux termes au croisement de tant d'oeuvres prometteuses ou redondantes. Après La Vie des autres, succès mondial en 2006, Florian Henckel von Donnersmarck s'était fourvoyé dans les studios en signant The Tourist (2010), pénible véhicule pour Johnny Depp et Angelina Jolie. Son retour sans pressions cette année à la Mostra, avec le film le plus long du concours (188 minutes), en est d'autant plus bénéfique que la linéarité remarquable du récit nous tient sur des rails durant le temps imparti avec cette impression qu'on peut parfois éprouver face à des films qui commencent doucement puis prennent de la hauteur pour mieux nous dépasser. Tel est bien ce qui se passe dans Werk ohne Autor, avec son début un rien classique sous cette Allemagne nazie où le possible rime souvent avec horreur. C'est pourtant un jeune étudiant en art, Kurt, qui se trouve au centre du film et assure le lien thématique entre tous les épisodes. Sa fuite vers l'Allemagne communiste, sa liaison avec la jeune Ellie, le combat avec le père de cette dernière qui va tout faire pour les séparer, et enfin le poids d'un passé terrible qui ne cesse de l'oppresser. Le scénario est complexe, mais sa narration fluide comme un épisode des Heimat de Reitz. Le réalisateur parvient insensiblement à transcender cette dimension cathartique que l'art est censé véhiculer. De sa peinture (au propre comme au figuré) jaillit l'épure, de son faisceau d'intrigues la pure émotion. On en ressort délicieusement chaviré, ému et bouleversé, avec ce sentiment rare d'avoir vu un grand film sur lequel il faudra bientôt longuement revenir. Une réelle option pour le Lion d'or.


Acusada de Gonzalo Tobal

acusada.jpgVoici l'exemple d'un film à procès mal scénarisé, joué à contre-sens - l'héroïne fait tout pour qu'on la soupçonne, ce qui n'est pas son but -, et avec une fin ouverte désespérément frustrante. Gael Garcia Bernal tient un petit rôle dans le rôle d'un présentateur star de la TV. Peut-être la seule séquence potable d'un titre dont la présence en compétition laisse songeur.


Vox Lux de Brady Corbet


vox.jpgDifficile de trouver esthétique plus laide que celle de ce film, portrait prétentieux et creux d'une superstar de la pop que Natalie Portman a accepté pour des raisons qui m'échappent encore. Là aussi, l'ouverture à la compétition vénitienne paraît bien hasardeuse. Aussitôt vu, aussitôt oublié.

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03/09/2018

Mostra 2018, Audiard planplan, Nemes transcendant

Voici peut-être enfin, bien sûr après The Favourite de Yorgos Lanthimos, un autre candidat au Lion d'or 2018. Ce n'est pas Jacques Audiard, qui tente de faire l'Américain en livrant une copie propre. So what?

The Sisters Brothers de Jacques Audiard


Sisters-Brothers.jpgPourquoi Jacques Audiard a-t-il éprouvé le besoin, l'envie ou la nécessité d'aller tourner un western aux Etats-Unis, avec des acteurs américains? Si on lui posait la question, le cinéaste aurait (a) sans doute une réponse. Le seul problème, c'est que je ne la vois pas, ne la sens pas dans son film (et cela sans parler d'un titre pas possible qui donne surtout envie de fuir). Que je n'assiste qu'à une vague leçon de maîtrise pas si bien scénarisée que ça - l'histoire de ces deux frères tueurs à gage n'est pas véritablement transcendante -, avec une direction d'acteurs décevante et des prestations de Joaquin Phoenix, John C. Reilly et Jake Gyllenhaal sans grand relief. Une sorte de bon travail à l'arrivée, assuré par un bon élève qui rend une copie satisfaisante, mais qui ne se dépasse pas pour tout pulvériser. C'est le défaut des premiers de classe. Au-delà d'une certaine limite, ils se confondent tous.


Napszallta (Sunset) de Laszlo Nemes


sunset.jpgLe principe à l'oeuvre dans ce deuxième film - ô combien attendu - de Laszlo Nemes, est au fond le même que celui palpable dans Le Fils de Saul. Dans un cas comme dans l'autre, on suit en caméra portée son héroïne, ici Irisz, campée par une formidable Juli Jakab (photo), cadrée au niveau du cou, le plus souvent de dos et en mouvement, histoire de dévoiler si possible en plan-séquence ce qu'elle voit et l'histoire qu'elle traverse, en l'occurrence le basculement de l'empire austro-hongrois de 1913 vers le premier conflit mondial sur lequel va s'achever le film. Le travail de la caméra est prodigieux et étourdissant, même si l'on devine l'armada de figurants et d'assistants qui oeuvrent hors champ pour assurer la réussite des plans. Le plus embêtant, c'est que dans sa volonté de relire la grande Histoire sous le prisme de la petite, du destin individuel (ici la quête d'un frère), Nemes fait preuve d'une ambition qui le dépasse et finit par nuire à sa narration, et à la clarté avec laquelle elle devrait jaillir. Cela n'enlève rien au choc esthétique que le film propose, qui lui permet d'ailleurs de se poser comme un candidat solide - le premier à mon sens de cette année - au Lion d'or.


What You Gonna Do When the World's on Fire? de Roberto Minervini


what-you-gonna-do-when-the-worlds-on-fire.jpgAprès The Other Side, documentaire choc de 2015, radiographie d'une Amérique raciste et perturbante, il paraissait difficile de faire mieux. Et en effet, ce film sur le black power s'avère sans surprise, presque impersonnel dans sa manière d'aborder son sujet comme cent autres films militants. Un beau noir et blanc mais pas de supplément.


At Eternity's Gate de Julian Schnabel


eternity.jpgLes fictions sur Van Gogh sont déjà légion. En voici une de plus dont la particularité est son interprète, Willem Dafoe, crédible en peintre qui se coupe une oreille. Pour le reste, le métrage est succinct, sommaire et peu généreux. A peu près l'inverse des tableaux du peintre hollandais. D'où un hiatus pas forcément des plus heureux.

23:57 Publié dans Cinéma, Mostra de Venise 2018 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |