11/11/2018

Retour sur l'expérience ultime de "VRtigo"

vrtigo.jpgTester sa capacité à affronter le vide. Sonder ses propres limites face au vertige, phénomène que tout le monde éprouve ou a éprouvé un jour à un degré ou l’autre. De par son titre, VRtigo annonce clairement la couleur. Mais l’expérience nous rattrape. Ce fut mon cas, puisque, à l’instar d’autres personnes, j’ai dû la stopper avant son terme, au début du quatrième (et dernier) niveau. C’est que l’illusion n’est pas loin d’être parfaite. Et que le voyage se mue rapidement en une mise à l’épreuve très rude pour les nerfs. Du 5 au 10 novembre, VRtigo faisait partie, hors-concours, des différents projets de VR (Virtual Reality) qu’on pouvait tester au GIFF. Il s’agit là d’une expérience neuro-scientifique conçue par le laboratoire de génétique comportementale de l’EPFL et d’un outil développé pour leur projet de recherche bio-comportementale (du moins tel que le décrit le catalogue). Après avoir signé une feuille pour signifier que nous ne sommes pas cardiaques (on ne plaisante pas), on nous équipe de 16 capteurs. Et direction une pièce fermée où a lieu le test. Le casque est positionné sur notre tête avant notre entrée dans la partie de la pièce dévolue à l’expérience. Dans celle-ci, un pavage virtuel formé de cercles concentriques divisé en dix nous attend. Jusque-là, rien de très surprenant. Au premier niveau, une pièce fermée et exigüe s’offre à notre vue. Une voix-off nous intime de monter sur un petit escabeau, haut tout au plus d’un centimètre, et de faire trois pas en direction du mur avant de revenir. C’est au deuxième niveau que les choses se corsent, et cela sans préavis. Les murs s’effacent, et on se retrouve tout soudain dans les rues silencieuses d’une métropole type New York, tout seul. Et le petit escabeau où l’on est juché se met à monter. Très haut. De plus en plus haut.

Sans détailler davantage une expérience qu’il s’agit de garder secrète (ce qui peut se concevoir), il convient de s’interroger (à titre individuel, ce qui corse sacrément l’exercice) de la capacité, de notre capacité à ne plus discerner la part d’illusion dans ce qu’on expérimente. Tout comme les spectateurs de 1895 s’enfuyant en courant parce qu’un train leur fonce dessus – en fait, la représentation d’un train, son image, donc l’illusion d’une menace – l’effroi face à VRtigo est similaire, alors qu’on sait pertinemment que tout est faux, qu’il suffirait de fermer les yeux pour que tout s’estompe et que seul notre cerveau et notre corps ne semblent plus répondre à la logique cognitive de ce qu’on vit. Dès le 3e niveau, l’expérience se traduisit chez moi par l’impossibilité physique de remonter sur le petit escabeau (haut d’à peine un centimètre) et par une sorte de paralysie correspondant à l’irrationnalité que le sentiment du vertige communique. Au départ du 4e niveau, j’ai demandé à stopper le processus, ne le supportant plus. Ce qui est d’autant plus étonnant qu’au cinéma, je supporte à peu près tout. Sauf que la VR, ce n’est pas du cinéma, ni même du cinéma élargi ou augmenté. Il s’agit juste d’un nouveau format, n’ayant en commun avec le cinéma que l’utilisation d’images. Lorsque la VR devient expérience et que le spectateur volontaire se transforme en cobaye, le spectacle se mue en transcendance. Les sens s’estompent et ce type de mise à l’épreuve, paradoxalement jouissive – je suis prêt à retenter des expériences identiques tous les jours s’il le faut -, correspond à un niveau d’exploration inédit de notre aptitude à digérer, appréhender, ou plutôt vivre tel ou tel «spectacle». C’est en cela que les VR, donc la VR, est très souvent passionnante, stimulante ou enrichissante. Parfois dérangeante, ce que peut être VRtigo. Et c’est personnellement ce que je cherche, vous l’aurez compris.

16:58 Publié dans Réalité virtuelle | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |