07/03/2015

Vol MH 370, d'une réalité l'autre

MH370.jpgLes commémorations étant obsessionnelles dans les médias, le monde entier reparle depuis quelques heures et jours, après plusieurs mois d'indifférence suspecte, de la disparition du vol Malaysia Airlines MH 370. C'était le 8 mars 2014 et vous trouverez sans peine la chronologie des événements, comme la liste plus ou moins complète des différentes hypothèses émises pour tenter d'expliquer l'inexplicable, sur moult sites bien documentés (encore qu'ils ne soient pas légion à mon sens à le faire convenablement). Mais aujourd'hui, douze mois plus tard, nous ne sommes guère plus avancés et le mystère est à peu près aussi total qu'au lendemain du drame. Accident en plein vol, détournement, atterrissage forcé sur un lieu inconnu, enlèvement par un OVNI, passage dans un trou noir? Des plus probables aux plus irrationnelles, toutes les explications sont in fine recevables, à défaut d'être plausibles. Car rien ne saurait les étayer ni les infirmer.

A l'instar de la lettre e dans un célèbre roman de Georges Perec, ce mystère - fascinant, troublant, dérangeant - du vol MH 370 est en effet fondé sur l'absence. D'épave, de débris, de signaux, de données, de revendication, de témoignages, et même d'éléments comparatifs. Hormis quelques déclarations gouvernementales (on croit savoir, on pense savoir, on affabule, on nous cache tout, on nous dit rien) et le déroulé des faits, bourré de contradictions, au point de déjouer toutes les hypothèses, il n'y a que cette absence, signifiante pour quelques-uns, absurde pour la plupart des autres. Pourtant, en toute logique, l'avion est forcément, soit quelque part (en mille morceaux, ou en un seul au fond d'un océan, ou intact dans un lieu secret, etc.), soit nulle part.

Car contrairement au chat de Schrödinger (même si la comparaison est je l'avoue un peu tirée par les cheveux), il ne peut pas en même temps être et ne pas être. Dans la première occurrence, il (tout du moins un élément de l'avion) finira tôt ou tard par réapparaître. Tôt ou tard, c'est-à-dire dans six mois ou dans 1537 ans. Voire plus. Dans le second cas, le mystère demeurera éternel et le drame deviendra un mythe, une légende que les générations futures commenteront à la lueur d'éventuelles évolutions technologiques ou avancées scientifiques, avec même peut-être à la clé une explication ad hoc et en tout cas des retombées fictionnelles aussi diverses que variées. Comme celle qui laisse penser que l'avion, englouti dans un trou de ver, tel un photon égaré, vole peut-être en ce moment dans un espace-temps parallèle au nôtre, et que ses passagers sont persuadés qu'ils n'ont décollé que depuis une heure. Même si la probabilité de cette hypothèse est proche de zéro, elle n'en demeure pas moins l'une des plus heureuses.

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15/12/2014

A Sydney, l'angoisse derrière une vitre de chocolatier

sydney.jpgIl n'y a pas de sens caché(s) dans cette image. Juste le reflet d'une tragédie survenue la nuit dernière - de jour pour ce côté de la planète - à Sydney (Australie) et abondamment commentée par des médias rompus à l'usage du conditionnel présent. Pas de sens caché mais des juxtapositions. Côte à côte, ou plutôt l'un au-dessus de l'autre, on peut lire, de bas en haut:

1) L'une des expressions les plus connues du monde, de celles qu'on souhaite imperturbablement chaque année le jour de Noël, et même durant tout le mois.

2) Le nom d'une célèbre famille de chocolatiers suisse dont le commerce éponyme existe depuis 1845 et dont le siège social se situe à Kilchberg, commune du canton de Zurich.

3) Des mots en arabe, à demi-visibles en bas d'une banderole. Il s'agit de la shahada, profession de foi musulmane, comme on l'apprendra peu après.

Des deux femmes (prises en otages) derrière la vitre, on voit à peine les visages, cachés à la fois par la banderole et par l'angle de prise de vues. C'est par ce seul biais, ces visages à demi-masqués, les yeux mi-clos, et ces mains appuyées (désespérément) contre la vitre, que l'horreur et l'angoisse peuvent se dessiner. C'est peu, et, au-delà des entrechocs sémantiques que peut suggérer ce cliché, cela devrait suffire, même si je ne suis hélas pas sûr que cette image, hors-contexte et dans quelques mois, ait autant de lisibilité qu'aujourd'hui.

A 19 heures 42 (15 décembre 2014), on apprenait que la prise d'otages avait fait au moins trois morts et quatre blessés.

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