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  • Raphaël Brunschwig : «Je tiens toujours un journal intime vers la fin du festival»

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    brunschwig.jpegLe 74e Locarno Film Festival s’achève ce soir et il est temps de boucler la boucle de mes interviews cash, qui ont été publiées quotidiennement sur mon blog durant ces onze derniers jours. Comme j’ai commencé cette série avec le directeur artistique du festival, Giona A. Nazzaro, il me semblait logique de terminer avec une autre personnalité du festival. Raphaël Brunschwig y officie à l’année comme «direttore operativo», ce qui peut se traduire par directeur des opérations ou plus simplement directeur administratif. Il est né à Zurich en 1984 mais a grandi et toujours vécu au Tessin. Rendez-vous est donc pris dans son bureau pour cette ultime interview cash locarnaise. Mais le format ne s’arrête pas pour autant.

    Tu occupes l’un des postes les plus importants du festival, tout en restant volontiers dans l’ombre. Cela ne te dérange pas ?

    Absolument pas. On travaille mieux ainsi. On peut se concentrer sur l’essentiel. Si mon équipe et moi travaillons bien, cela veut dire aussi que nous devons rester invisibles. La visibilité est vraiment la dernière de mes priorités.

    Pourrais-tu ou voudrais-tu occuper un poste encore plus important ?

    Je n’en ai pas du tout les compétences. D’ailleurs ma passion, c’est la littérature. Marco Solari utilise souvent une expression qui dit qu’un cardinal doit rester un cardinal. Je pense que chacun doit rester à sa place. Le directeur artistique peut se concentrer à 100% sur les contenus.

    Avec combien de directeurs artistiques as-tu déjà travaillé ?

    Trois. Carlo Chatrian, Lili Hinstin et aujourd’hui Giona A. Nazzaro.

    Qu'est-ce qui est le plus difficile au Locarno Film Festival ?

    Réussir à prendre des décisions qui tiennent compte de tous les paramètres. Maintenir l’équilibre. Locarno, c’est un triangle avec le public, l’argent et les films en guise de pointes. Si un seul des trois ne va pas, c’est l’ensemble qui s’effondre.

    Qu’est-ce qui te plaît le plus ici ?

    Le fait que le projet soit aussi relevant pour autant de personnes. Le festival, c’est une école de vie continue. Et un privilège, également. Et tout cela évolue continuellement.

    Et qu’est-ce qui te plaît le moins ?

    Je suis quelqu’un d’un peu introverti, même si cela ne se voit pas. Je me recharge au contact des autres. Et parfois, ce n’est pas évident.

    Dans une interview que tu avais accordée à un confrère, tu évoquais une sorte de baby blues, des symptômes de dépression post festival, ce qui est à mon sens parfaitement logique. C’est toujours le cas ?

    Cela va mieux d’année en année. Je tiens toujours un journal intime, vers la fin du festival, et cela m’aide beaucoup. Et puis ces symptômes dépressifs durent de moins en moins longtemps chaque année.

    A présent, une question posée par ma précédente invitée, sans savoir qu’elle s’adresserait à toi. Il s'agit de la comédienne Agathe Bonitzer, qui est jurée pour Cinéastes du présent. Si tu avais une baguette magique, où souhaiterais-tu aller, là, maintenant?

    A Eranos, qui est tout près d’ici, vers Ascona (ndla : le cercle d’Eranos a été conçu en 1933 à Ascona) mais en retournant dans le passé, dans les années durant lesquelles Carl Gustav Jung fréquentait cet endroit.

    Et quelle question poses-tu à mon prochain invité ?

    Si tu pouvais revenir à l’âge de tes 18 ans, quel enseignement te donnerais-tu à toi-même ?

  • Agathe Bonitzer: "Le cinéma s'arrêtera peut-être un jour mais il y aura toujours des films"

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    bonitzer.jpgElle tourne depuis l'âge de six ans. Des films de son père, Pascal Bonitzer, ou de sa mère, Sophie Fillières, à ceux de Jacques Doillon, Christophe Honoré, Agnès Jaoui, Jeanne Labrune ou Guillaume Nicloux, sa filmographie reflète un parcours très arty. Au printemps dernier, j'avais prévu de faire une interview cash d'Agathe Bonitzer à Genève, lorsqu'elle était venue pour la promo des "Enfants d'Isadora". Mais ça ne s'est pas fait, pour des questions de planning. Sa présence à Locarno au sein du jury des Cinéastes du présent me donnait l'occasion de me rattraper.

    On s'était ratés à Genève, où tu étais venue faire la promo des "Enfants d'Isadora" de Damien Manivel. En fait, on s'était croisés dans les bureaux de Sister Distribution. As-tu des attaches avec la Suisse?

    Non, j'étais juste allée présenter le film à Genève, Lausanne, Neuchâtel, Vevey. J'étais très contente de passer cette semaine en Suisse. On y respirait alors mieux qu'en France. Les terrasses étaient à nouveau ouvertes, les magasins un peu aussi.

    Lorsqu'on parcourt ta filmographie, on réalise qu'elle est très cohérente, et quelque part sans concessions. Te reflète-t-elle entièrement?

    Je n'en ai aucune idée. Je ne fais pas de choix de carrière. Ce sont tous des films qu'on m'a proposés et qui pour la plupart, voyagent beaucoup dans les festivals. Dans la majorité des cas, je passe des essais. Et si l'écriture ne m'intéresse pas, je refuse le rôle. Mais c'est assez rare.

    Peux-tu défendre tous tes films?

    Oui, j'assume tout ce que j'ai fait. Même ceux où ça se passe moins bien.

    Tu es la fille du cinéaste et scénariste Pascal Bonitzer et de la cinéaste Sophie Fillières. Mais on ne te reproche jamais, contrairement à d'autres, d'être une fille de... Comment l'expliques-tu?

    C'est parce que mes parents sont moins connus. Ce n'est pas comme Laura Smet, qui est la fille de deux stars. Les gens ne savent pas forcément qui est ma mère, par exemple.

    Cela te facilite quand même les choses, non?

    Un peu, forcément. Disons que c'est plus dur pour quelqu'un qui vient de province, qui ne connaît personne et n'a pas beaucoup d'argent. Aujourd'hui, ce qui a changé, c'est que pas mal de réalisateurs font leur casting sur les réseaux sociaux.

    Toi-même, sur quels réseaux es-tu?

    Aucun. J'ai un fake sur Instagram et c'est très énervant, car les gens m'ajoutent en pensant que c'est moi. J'ai demandé qu'on le supprime mais je n'ai pas de réponse.

    As-tu peur que le cinéma s'arrête un jour, que ce soit pour toi ou pour le monde?

    Les deux. Mais je ne pense pas qu'il s'arrêtera. Du moins pas de mon vivant. Avec le développement des plateformes et tout ce qui est en train de se passer, j'ai bien peur qu'il s'arrête un jour. Cela dit, il y aura toujours des films.

    Tu es jurée au festival. C'est un rôle qui te plaît?

    Oui, et je l'ai fait beaucoup de fois. J'aime bien, surtout dans un cadre comme celui de Locarno. En plus, nous sommes trois, les délibérations ne seront pas trop longues.

    A présent, une question posée par ma précédente invitée, sans savoir qu’elle s’adresserait à toi. Il s'agit de la productrice Marie-Pierre Macia, qui officie dans un autre jury à Locarno. Sa question: Est-ce que tu connais Panos H. Koutras?

    Non, je ne le connais pas.

    C'est un cinéaste grec. Essaie de chercher ses films et des infos sur lui (ndla: je lui écris son nom sur un bout de papier).

    Ah, c'est marrant, je vais tourner en Grèce, là. Un film d'Angela Schanelec.

    Et quelle question poses-tu à mon prochain invité ?

    Si tu avais une baguette magique, où souhaiterais-tu aller, là, maintenant?

  • Marie-Pierre Macia: "Il y a quelques années, j'ai été approchée pour diriger Locarno"

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    macia.jpgAu sein de mes interviews cash, j'avais très envie d'interroger un producteur ou une productrice. Marie-Pierre Macia, qui a entre autres produit Béla Tarr, Lucrecia Martel, programmé le festival de San Francisco puis dirigé la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, était cette année au jury des Pardi di domani locarnais. L'occasion de la retrouver pour évoquer notre passion commune, le cinéma.

    De Béla Tarr à Lucrecia Martel, la plupart des films que tu as produits, même si je ne les ai pas tous vus, reflètent une cohérence éditoriale très forte. Faut-il du flair ou du goût pour faire ce métier comme tu le fais?

    Les deux. Le goût vient de l'expérience, des années, de la diversification des activités. J'ai fait mes débuts à la Cinémathèque française, avec Mary Meerson (ndla: collaboratrice de Henri Langlois, fondateur de l'institution). J'ai commencé là-bas avec un job d'étudiante. Mes goûts se sont ainsi peu à peu formés. Le flair, c'est pareil. En travaillant durant dix années à la programmation du Festival de San Francisco, il s'affine. Ce qui m'a permis de faire partie d'un milieu du cinéma très généreux. Le flair consiste aussi à aimer tel projet ou tel film. En cinq minutes, je suis généralement fixée.

    Pourrais-tu un jour produire un film plus commercial?

    J'aimerais bien, mais pas n'importe quoi non plus.

    Des grosses productions du type Gaumont?

    Non, celles-là, je serais bien incapable de les produire. En ce moment, je produis un cinéaste grec qui s'appelle Panos H. Koutras. Je ne sais pas si tu le connais. Son film sera un concentré loufoque du genre "The Party" de Blake Edwards. On va commencer le montage à Paris.

    De lui, j'avais vu "Xenia" à Cannes en 2014, qui était très bien.

    Tous ses films sont très bien, il faut tâcher de les voir.

    Quelle est ta définition de la production?

    60% de psychanalyse, 10% de babysitting, et les 30% restants pour le film. C'est marrant, parce que la productrice américaine Gale Anne Hurd, qui a quand même financé "Terminator", "Aliens le retour" ou "Armageddon", et qui est venue l'autre soir à Locarno, a raconté, dans une interview parue ici, qu'elle conseillait à tous les producteurs d'avoir un autre métier à côté. Je crois que c'est vrai à tous les échelons.

    Comment passe-t-on de la programmation d'un festival, ou d'une section parallèle cannoise comme la Quinzaine des réalisateurs, que tu as dirigée plusieurs années, à la production?

    Naturellement. Quand je vais dans des festivals, je retrouve mon côté boulimique de programmatrice. J'essaie de voir un maximum de films. C'est d'ailleurs Béla Tarr qui m'a poussée à faire de la production.

    Etre jurée dans un festival, c'est reposant?

    Non, mais c'est excitant.

    Il y a quelques années, des rumeurs affirmaient que tu avais postulé pour diriger le festival de Locarno. Qu'en est-il?

    On m'avait contacté et on me l'avait proposé. C'était après le départ d'Irene Bignardi. Mais à l'époque, mes parents étaient très malades et je ne voulais pas quitter la France. C'est pour ça que j'ai décliné.

    A présent, une question posée par ma précédente invitée, sans savoir qu’elle s’adresserait à toi. Il s'agit de la comédienne Maud Wyler, qui demande: Est-ce que tu m'aimes?

    Attends, je regarde si je la connais. (ndla: elle consulte son smartphone). Ah oui, je vois bien. Alors j'aimerais bien l'aimer mais je ne la connais pas suffisamment pour l'affirmer.

    Et quelle question poses-tu à mon prochain invité ?

    Est-ce que tu connais Panos H. Koutras? Comme ça, si la personne ne le connaît pas, ce qui est probable, elle devra chercher qui il est et cela permettra de transmettre une information.